Aïe, Dalaï!
Je me demande autour de quelle lointaine planète flotte le Dalaï Lama...
S'agit-il d'une stratégie de com, ou croit-il sincèrement à ses prises de position?
Tiens, la démocratie en Chine, par exemple. Faisons
un petit,
un gros, un énorme effort d'imagination et projetons-nous dans une Chine que les J.O auraient ouvert au monde en précipitant l'avènement d'un régime démocratique. Les opposants sont libérés, la censure abolie, c'est la teuf à la place Tien Anmen, où une foule en délire improvise une rave-party libertaire. Et à Lhassa? Bah toujours les mêmes chars et les mêmes militaires. Comme à Alger sous la IVe république. Comme à Dublin ou à Belfast, à quelques centaines de kilomètres à peine de la plus vieille et respectable démocratie du monde. Comme dans les camps de Gaza, commandés par la très démocratique Knesset. Mieux encore, et beaucoup plus proche de ce que pourrait devenir la Chine : prenez la Turquie (même culte au Père de la patrie, mêmes nationalisme, rôle de l'armée, révolution culturelle, etc.). Ils suffit de voir comment on y parle des kurdes pour comprendre que la démocratie, à l'Est d'Ankara, ils en connaissent pas trop l'odeur...
Autre dada du Dalaï Lama, le régime d'autonomie. J'y crois moyen. Pour qu'une autonomie fonctionne vraiment, il faut qu'elle soit, d'un point de vue économique, social, intellectuel, etc., sur un pied d'égalité avec le pouvoir central. Il faut que des élites existent pour rentrer dans un rapport de forces équilibré avec ce dernier. C'est le cas en Catalogne, au Québec, ou dans les provinces flammandes. Mais je tente de trouver une autonomie dans une région pauvre et périphérique, qui ait bien marché un jour dans l'histoire, et je n'y arrive pas. Quoi de moins étonnant? La morgue et le mépris infinis d'un pouvoir central, quel qu'il soit, face à ce type de revendications peuvent se résumer en une seule question :
Mais qu'est-ce qu'ils viennent nous faire chier ces crétins endogames des montagnes, ces péquenots analphabètes en haillons qui n'y connaissent rien aux subtilités du jeu politique et des équilibres macro-économiques? Après il est facile de l'enrober avec des beaux mots sur l'unité et l'égalité indestructibles du territoire, la base émotionnelle de la pensée reste l'incompréhension hautaine.
La non-violence, enfin. Comment être contre? Et c'est non seulement beau, noble et juste, mais en plus ça marche : regardez sinon Gandhi, il n'est pas arrivé à ses fins politiques, lui? La Dalaï Lama se verrait donc bien en nouveau Gandhi. Sauf qu'avec la pression démographique de l'Inde, c'était facile d'être non-violent. Les indiens décidaient d'une action commune (grève, boycott, etc.), et l'Empire Britannique tremblait. Qu'en est-il de l'autre côté de l'Himalaya? Tant que l'acte de résistance suprême des tibétains sera la prière bouddhiste, l'économie chinoise continuera d'exulter de façon insultante. Si j'étais leur spin-docteur, je leur conseillerais plutôt de prendre exemple sur leurs voisins afghans et de demander aux américains quelques
missiles sol-air Fim-92 Stinger pour commencer à
vraiment faire chier les chinois.
10/04/08 - 20:05
Le dalaï lama, c'est mon opinion, ne réfléchit pas, comme nous avons fort l'habitude de le faire, à une deux ou même trois générations.
Son seul objectif - presque incompréhensible à nos yeux - n'est pas de faire triompher une fin, mais un moyen. Ou plus justement : l'ordre des fins n'est pas politique, mais _avant tout_ spirituel.
Peut-être est-ce inefficace, et peut-être un autre que le dalaï lama parviendrait à de meilleurs résultats. Mais si on veut comprendre ce que fait le bonhomme, il faut partir de là. Ce qui peut en effet heurter notre conception de ce qu'est un chef politique.
kliban