Perseverare diabolicum
Elle n'est pas belle ma première carte d'électeur? Et encore, vous n'avez pas vu le dos, avec la signature de notre maire en sursis et un cachet que l'on dirait dessiné par un enfant de 8 ans...
Sinon, hier, pour faire plaisir à mon homme, j'ai participé à un acte de campagne, le seul pour ces élections. Et je l'ai revue,
Elle, l'avant-garde de la révolution socialiste en marche, la passionaria française, celle qui nous a si courageusement guidé pendant la bataille des présidentielle. Je vais être honnête : si on ne peut pas dire qu'elle ait vraiment enflammé la salle à son arrivée, je dois avouer qu'une bonne moitié du public était visiblement émue (la vieille à coté de moi frétillait de bonheur). Du coup, je me suis dit, Asbel, oublie tes vieilles rancœurs, la haine et la soif de vengeance n'ont jamais engendré que le malheur des peuples, si elle est capable de produire chez ta voisine la sensation la plus proche de l'orgasme qu'elle ait eu en vingt ans, c'est qu'elle dégage quelque chose cette femme. Aujourd'hui, tu vas regarder Ségolène Royal, avec des nouveaux yeux, avec des yeux d'enfant, vierges de toute mauvaise intention, et il est connu que la vérité sort de la bouche des enfants.
Les premiers couteaux chauffent la salle, dont Jean-Michel Baylet, président des radicaux, qui à lui tout seul serait capable de me dégoûter à vie de la politique tellement l'écart entre ses actes et son discours est manifeste. Puis elle monte sur la scène. Allez, Asbel, ce soir tu vas l'aimer, tu vas communier avec le public et te laisser toucher par sa grâce. Regarde son sourire. Il n'est pas beau son sourire? Elle a l'air vraiment heureuse d'être avec nous. Après tout, on est ses enfants, et elle nous aime. Premières phrases prononcées. "le vote de dimanche, est un vote moral!!!" Cette référence à la moralité, tellement éculée en politique, qui sonne tellement hypocrite chez les autres, rend un son plus vrai quand elle sort de ses lèvres. Pas étonnant, vu que la quasi totalité de ses efforts l'année dernière ont porté sur la construction de ce personnage de mère-autorité morale ..
Malheureusement pour elle, on ne tient pas un discours entier sur ce seul sujet. Or il faut qu'elle occupe bien l'espace verbal, sa survie politique dépend de cette campagne municipale. Son discours est donc péniblement long. Et creux. Et chiant. Mon Dieu, j'avais oublié à quel point elle pouvait être chiante. La piqûre de rappel n'en a été que plus douloureuse. Sa litanie plaintive et monocorde, qu'elle égraine pendant plusieurs dizaines de minutes, m'assoupit et me plonge dans des interrogations sur les différences structurelles entre mon cerveau et celui de ma voisine. Cette dernière ne voit-elle pas à quel point Ségolène est chiante ??? Ou peut-être, telle la madeleine de Proust, retrouve-t-elle dans ces meetings quelque chose des dimanches de son enfance, quand la messe était en latin, et qu'écouter ce que disait le prêtre officiant n'était pas réellement important...
En tout cas, si le fait qu'on puisse encore écouter cette femme reste pour moi une énigme insondable, je suis bien content de voir que je ne suis pas le seul. Au fond de la scène, parmi les colistiers de Cohen, Gerard Onesta, membre des verts, vice-président du parlement européen, et qui pourtant avait copieusement léché le cul à notre invitée pendant son discours d'ouverture, profite de certaines longueurs pour roupiller. Il me tarde de pouvoir faire la même chose, dans mon lit, et ne plus jamais m'occuper de politique...
06/03/08 - 12:33
« et un cachet que l'on dirait dessiné par un enfant de 8 ans... »
Je me suis fait la même réflexion ^^
Bien vu pour Elle, Asbel. Je suis toujours troublé de voir l'effet que peut faire cette parole raide, scolaire et monocorde, le degré zéro de l'éloquence politique (mais enfin à ce rayon il y a de la concurrence…)
Plutôt que la nostalgie de la messe en latin, je pensais plutôt au souvenir d'une institutrice qui martelle lentement par habitude.
hercule