Chroniques de la guerre quotidienne, épisode 1/2
Ne jamais faire confiance. L'ennemi guette dans l'ombre. Rester sur ses gardes.
La journée d'aujourd'hui s'annonçait pourtant sans complications. Il faisait beau, le cour s'était bien passé : une journée de plus sur le front, sans qu'on ait à déplorer des pertes. Mais la routine, c'est vraiment le pire ennemi du soldat. Je me disposais à quitter le champ de bataille, quand je suis tombé dans une embuscade. Trop confiant. C'est connu, les accidents, c'est souvent en bout de trajet.
- Tiens, Asbel, c'est justement toi que je cherchais.
La bibliothécaire se tient en face de moi, un gros sourire aux lèvres en guise d'arme offensive et défensive. Elle me cherche, ce qui est rarement bon signe.
- Tu te souviens quand tu faisais les recherches sur l'exil?
L'exil? Moi?
- Tu n'aurais pas pris la liste que j'avais dressée des maîtrise traitant du sujet?
Je sens l'étau se serrer autour de moi. La stratégie de l'ennemi est simple et basique : un document a été égaré, il faut accuser quelqu'un d'autre et, si possible, quelqu'un d'extérieur à son corps professionnel. Je peux apparemment faire figure d'accusé, puisqu'il est vrai qu'il y a six ans (et ce n'est pas une hyperbole) j'ai aidé à ranger des papiers sur l'exil. Et six ans, dans cette dimension parallèle qu'est mon université, c'est comme la semaine dernière dans notre monde. On notera au passage l'habileté rhétorique de cette bibliothécaire qui en une seule phrase a transformé l'aide que je leur avais fournie (acte désintéressé) en une recherche personnelle (acte égoïste et carriériste).
Moins rodé à la stratégie militaire que cette femme à deux ans de la retraite, je me défends piteusement. J'arbore mon plus gros sourire, et je tente une sortie :
- Une liste? Non, ça me dis pas grande chose, peut-être... si tu veux, je peux chercher dans les papiers que j'avais rangé.
Erreur de débutant. Offrir son aide, c'est admettre implicitement que l'on est en tort. J'aurais du me contenter de nier en bloc et la laisser se noyer dans sa merde. Trop tard! désormais, je lui ai donné l'arme pour m'abattre. On croise des gens qu'elle connaît. Elle s'empresse à me présenter, avec une sollicitude trop appuyée pour être innocente.
-Vous connaissez Asbel? c'est un ancien vacataire. Il travaillait sur l'exil (mais je t'ai pourtant expliqué que non, connasse!) et
il a pris la liste que
j'avais établie.
Salope! Salope!
Voilà comment un conditionnel devient indicatif. Je devrais donner cet exemple en cours de grammaire.
Salope! Salope! Salope!
Tous ces cafés que l'on avait l'habitude de prendre tout en couvrant des livres, toutes ces conversations complices sur Barcelone,
toutes ces fois où je t'ai pris fougueusement contre le rayon du fond avec les grands formats, tous cela n'a plus aucune valeur à tes yeux dès qu'il s'agit de sauver ton cul?
Ah!!! Homo Homini lupus!
Elle m'abandonne devant l'armoire aux documents, qui, tel Ripley dans alien, semble avoir été criogénisée il y a six ans : je la retrouve dans le même état que je l'avais laissé, prouvant s'il le fallait encore que le temps dans ma fac est élastique.
Je ne trouverai pas le document égaré, je le sais. Je suis seul devant l'échaffaud, et rien ne semble pouvoir me sauver. Sauf, peut être....
21/02/08 - 14:41
toute la question est : que risques-tu dans cette histoire ? Là franchement je vois pas. Si elle a établi une liste, elle n'a qu'à retrouver le document informatique (elle l'a pas tapé à la main tout de même nan ?)
tuonela