De la productivité des garçons de café
C'était prévisible. Tant que la droite espagnole était occupée à taper sur catalans et basques, elle laissait tranquilles les immigrés. On sentait bien que ça la démangeait, mais elle n'osait pas encore ouvrir la boîte de pandore. Problème, son ancien fond de commerce électoral tourne un peu à vide en ce moment. Les catalans sont certes éminemment antipathiques et méprisables, mais avec leur boboïsation avancée, ils sont peu crédibles comme incarnation de l'antéchrist sur terre. Quant à la question basque, ils ont obtenu satisfaction. Sous la pression de l'opposition et de la rue (et aussi parce que l'ETA a été assez idiote pour ne pas saisir l'opportunité), les négociations avec la bande terroriste ont cessé, la trêve a donc été levée, une centaine de membres de la bande arrêtés et, ultime preuve de fermeté du gouvernement : la semaine dernière les deux derniers partis écran du bras politique de la bande terroriste ont été illégalisés. Mais que demande de plus le peuple?
Mauvaise nouvelle que cette illégalisation pour le Parti Populaire. Que faire désormais? Vers où diriger une campagne qui bat son plein? Je les imagine bien en cellule de crise à la calle Génova, en pleine séance de brainstorming. Aguirre propose de se faire les porte-drapeaux des valeurs familiales, Acebes fustige la laïcisation forcée de la société, mais Rajoy sent bien que ces sujets sont casse-gueule. Et comme l'imagination n'a jamais été la qualité première de la classe politique en général et de la droite espagnole en particulier, le bureau national du PP décide finalement de faire ce qu'on a tous fait quant on ne connaissait pas notre leçon, à savoir tricher et regarder sur la feuille de notre camarade. La droite espagnole reprend donc des thèmes familiers pour quiconque vit de ce côté là des Pyrénées. Il est notamment question d'immigrés qui profitent du système de santé, qui font augmenter les chiffres de la délinquance, et qui font descendre la qualité du service. Ils vont même plus loin : en lieu et place du test de langue, ils proposent un Contrat de bonne conduite. Cerise sur le gâteau, ils enrobent l'ensemble d'un discours mielleux sur le bon vieux temps. Arias Cañete nous livre ainsi cette évocation émouvante des cafés d'antan,
"... avec ces serveurs qu'on avait alors, et à qui l'on demandait un café noisette, du pain grillé, au beurre, ou à la graisse de porc, et des anchois au vinaigre, et ils amenaient le tout avec une efficacité exemplaire..."
et c'est là que j'éclate de rire, et avec moi, je l'espère, tout espagnol doté d'au moins deux neurones.
Efficacité exemplaire!!!!!
On parle bien du même pays? Ce pays qui depuis trente ans fait figure de lanterne rouge dans les classement européens pour la productivité au travail?
Ce pays, où, ne pouvant pas adopter les 35 heures et le "travaillons moins pour travailler tous", on a préféré le "travaillons mal pour travailler tous" (admirablement épaulés par des entreprises qui n'ont pas investi un rond en formation et qui ont abusé au delà de toute limite de l'intérim et des CDD)?
Bref, quand je pense aux serveurs d'antan, le qualificatif "efficacité exemplaire" n'est pas le premier qui me vient à l'esprit. Et c'est là, je pense, que le Parti Populaire fait fausse route. Malgré les relents chauvins que l'on respire de plus en plus dans la péninsule, On reste un peuple ultra-critique, avec une conscience aiguë de nos défauts et nos bassesses, dans lesquels on aime se vautrer allègrement. Et l'inefficacité chronique en fait partie.
07/02/08 - 20:04
*soupir*
gawoul