Texte?
Elle chante le nom qu'elle aime bien,
qui est long et beau,
qui dit seulement :
Méditerra-né-é-e

22/01/2008

22/01/08 - 21:23

Sur l'androphobie militante, la politique cassoulet, et les avocats dans le vent


Gros carton hier soir pour l'association Arc-en-ciel : une salle pleine à craquer, les principaux aspirants au fauteuil de maire qui ont répondu présent, et la fierté d'avoir donné le coup d'envoi de la campagne municipale toulousaine sur des questions LGBT.
Toulouse, n'en déplaise à Paco-sisquet, commence timidement à s'éloigner de la Politique-Cassoulet, du moins dans les formes : Cohen, Moudenc et Cie semblaient relativement à l'aise hier, et même passablement formés sur ces problématiques, alors que j'ose à peine imaginer la bonne vieille (et moins vieille) garde des politiciens 100 % Sud-Ouest assistant à une telle réunion. Le choc des civilisations!

J'avoue avoir été assez émoustillé, en syntonie avec l'atmosphère générale, où, malgré des débats sur le fond médiocres, régnait cette excitation propre aux grandes Premières. Avec un zeste de tension. Moudenc craignait de tomber dans un guet-apens gauchiste. Sans aller jusque-là, le terrain, de toute évidence, ne lui était pas favorable, et il a été souvent déstabilisé. Face aux interpellations directes qui n'ont pas manqué, il avait pourtant des cartes à jouer, et il a bien tenté d'en placer quelques unes. Celle d'être un pédé notoire lui-même. Celle de la politesse et du sang froid, face aux agressions trop appuyées. Celle aussi d'un certain courage dont il a fait preuve en acceptant de se déplacer en terrain miné. Celle enfin d'un bilan mitigé mais pas entièrement catastrophique envers les assoces LGBT. Mais le pauvre, il a bien mal commencé. En croyant bien faire, il ouvre sa première intervention par un accord enthousiaste à la création d'une Maison des Homosexualités, "à condition que ça ne devienne pas un outil de prosélytisme". Murmures indignés dans la salle. Chassez le naturel, il revient au galop : voilà un beau relent de la rhétorique Vanesto-Bushienne. C'est bien connu, on ne souhaite le centre que pour pouvoir mieux "convertir" des pauvres ados désorientés à notre "choix de vie"...

Sa bourde, ainsi que son emploi répété du mot "tolérance", moins grave, mais sentant bon la condescendance rance (il a même osé le grotesque "dans mes proches collaborateurs et mes amis il y en a!"), a été la faille dans laquelle les nombreux militants politiques de la salle se sont engouffrés. Dommage! Si étant de gauche, je ne peux que me féliciter de le voir en difficulté, en tant qu'homo, je souhaite par contre que la droite s'empare aussi des dossiers LGBT, et donc que lynchage soit limité...

Mais assez parlé de Moudenc! C'était certes la vedette, puisque la présence de la droite dans ces réunions est pour le moins exceptionnelle, mais les autres rôles étaient aussi savoureux. Après tirage au sort la tête de liste de Lutte Ouvrière a eu le privilège d'ouvrir la réunion. Assez mignonne, un peu timide, elle commence mal aussi (elle s'améliorera par la site), en déballant académiquement la théorie LO : défense des travailleurs, le reste suivra. Une seule grille de lecture, en gros, pour tout expliquer. Hum. En parlant de grilles de lecture uniques, je remarque amèrement l'absence dans la salle des deux-trois associations lesbiennes non-mixtes de la ville. Il y a des filles, mais qui viennent d'autres structures : les associations phares du mouvement féministe-lesbien ne se sont pas déplacées. Assister à un événement organisé par des homosexuels sexistes phallocrates, beurk!

Il y a eu aussi Jean-Luc Forget, candidat Modem, dont j'ai enfin vu le visage. Le brûlot social-libéral à Joffrin Libération a adoré. Je reste plus mitigé. C'était l'avocat classique (je l'imaginait presque au barreau), ce qui veut dire que, niveau forme, ses interventions avaient quelque part de la gueule, tout en frisant dangereusement avec cette affectation un tantinet ridicule des juristes. Ce qui veut dire aussi que, niveau fond, c'était passionnant lorsqu'il parlait de Droit, et ça devenait pompeux et obscur lorsqu'il parlait d'autre chose.

Je passe sur l'"autre liste" de François Simon, dont j'ai du mal à comprendre l'utilité, et à cerner l'espace politique. Je la soupçonne fortement de n'être que l'expression de l'égo de Simon, et lui souhaite en conséquence un bel 1 %.

Myriam Martin de la LCR-Motivé-e-s, est, à son habitude, très bien. Mon homme ne cesse de me répéter, lorsqu'il est question de la LCR, que c'est trop facile, qu'ils ont le beau rôle, que la posture de "perpétuel indigné" c'est la plus confortable. Je ne le pense plus. Être constamment en colère, ce n'est pas confortable, c'est au contraire extrêmement fatiguant. Moi qui n'arrive pas à rester faché 10 minutes d'affilé sans être exténué, je ne peux qu'admirer. Et si vous en doutez encore, regardez les tristes mines des militants de LO ou du PCF, on dirait parfois qu'ils avancent en traînant des pieds... Et c'est non seulement fatiguant, mais c'est aussi ennuyeux. Une question de variation dans l'intensité : on ne peut rester branché en permanence sur une haute intensité émotionnelle, c'est physiquement impossible. Pourtant la LCR s'en sort bien, réussi à garder l'énergie, probablement grâce à quelques salutaires variations dans les différents registres de la contestation.

Reste enfin Pierre Cohen, tête de la liste d'Union de la Gauche. Mon candidat, donc. Actuellement, la position officielle des socialistes (et aussi celle des verts et du PCF) sur les questions LGBT, est, dans l'ensemble, difficile à critiquer. Restait malgré tout à voir comment le candidat faisait siennes les positions du parti, et quelle politique municipale il envisageait pour les mettre en pratique. Restait à convaincre quoi. Et ça a très mal commencé. Il paraît que Cohen a un mal fou à préparer à l'avance ses interventions, et qu'il n'est à l'aise que dans le vif du débat. Au vu de la réunion d'hier soir, je veux bien le croire. J'ai pensé qu'on courrait à la catastrophe, il était brouillon et déballait cet irritant blablatage socialiste qui sonne creux. Puis, miracle, les questions sont arrivées, il était plus décontracté et avait quelques coups à jouer, pouvant mettre en avant sa gestion à Ramonville avec les Pacs en Mairie ou ses déclarations publiques en tant que député, et se permettant même quelques effets de manche au succès assuré, comme l'annonce de l'accès à la place du Capitole pour le village associatif qui clôt la Marche...

À la sortie, tout le monde est content, tout le monde se sourit mais n'en pense pas moins, vite vite, le dernier métro va partir, la réunion a largement débordé les limites annoncées. On arrive heureusement à temps, et on se couche en pensant que, malgré la mesquinerie que l'on y observe souvent, participer à la vie de la cité peut parfois être drôle et excitant.

commentaires

22/01/08 - 21:48

Quoi qu'il en soit, cela sent bon ^^

Et très bonne analyse Asbel !

22/01/08 - 23:36

Mouais... Je la sens moyen l'election. Moudenc a un budget com impressionant, avec tout l'appareil logistique de la Mairie....

23/01/08 - 07:58

Ah oui, pour l'élection ça va sentir la merde... Mais en ce qui concerne les questions lgbt, je pense que l'on va avancer un petit peu... ^^

23/01/08 - 09:58

Je la soupçonne frotement

23/01/08 - 12:24

Moudenc ne change pas beaucoup par rapport à ses prédécesseurs: gestion de trouduc, un peu de frime et de com ajoutées à une base habituelle de clientélisme de petits notables et gros commerçants, c'est ça le cassoulet...
et l'étiquette peut aussi être rose : d'après ce que j'ai compris,si Cohen s'est imposé au sein du PS, c'est moins grâce au "débat d'idées" que par son poids de notable rose local, non? D'après son tract de campagne, il a la main sur le coeur: c'est bien beau mais ça ne fait pas franchement de différence avec le camp d'en face qui peut aussi la jouer généreux et social le temps de la parade électorale. Il ne dit surtout rien de concret. Sur airbus par exemple, y'aurait pas mal de choses à dire, sur Power 8, mais "motus", on va plutôt s'occuper des géraniums.

23/01/08 - 12:25

@ Gawoul : c'est dans ce sens! Bah alors on est d'accord..

@ XY : Il n'est pas joli mon anagramme? :P

23/01/08 - 12:44

Je ne suis d'accord ni sur ta vision de moudenc, ni sur celle de Cohen...

Moudenc à évidemment gardé sa base de clientélisme, mais cela ne suffit plus pour gagner Toulouse. Du coup il s'agite, alors que le bon politicien cassoulet reste "traaanquil" après les repas avec ses potes notables. Il s'agite tellement, qu'en trois ans je l'ai vu partout, tout le temps, (chez les républicains espagnols, chez les homos plusieurs fois, chez les cyclistes, chez les libre-penseurs, etc. etc.) alors que douste et Baudis je les avait jamais vu...

Quant à Cohen, c'est simple, il n'y a pas eu de débat d'idées au PS, pour la désignation interne. Faut dire que le parti était et est un peu en état avancé de déliquescence, donc c'est facile.
Mais ça m'a fait doucement rigoler quand la presse a attribué sa victoire à l'influence de l'appareil (encore une fois la tirade sur les éléphants, la rénovation, et toute cette merde dans laquelle la presse - et Ségolène- nous fait patauger), alors qu'une semaine avant, l'appareil lui était totalement défavorable, lui préférant un Malvy ou Arif...
Mais finalement il a eu personne en face, personne en tout cas avec un bilan comme le sien à la tête d'une municipalité. Il y a eu qu'une ex-rectrice arriviste, un avocat ado-attardé sorti de je ne sais pas où, et un vieux apparatchik NPS qui a tenté sa chance pour forcer sa place sur les listes...

23/01/08 - 13:00

C'est très intéressant de relater aussi précisément cette soirée de débat autour des questions LGBT !
Il est temps que ces questions trouvent une résonnance locale forte à l'occasion de ces élections municipales. Il est temps que de grandes villes comme Toulouse donnent, en quelque sorte, l'exemple sur ces questions - comme sur d'autres questions sociétales, souvent plus présentes dans le quotidien des citoyens qu'elles n'y paraissent.
Belle initiative de rassembler les candidats sur ce débat, dans l'écoute et le respect du positionnement de chacun - et les conséquences électorales que cela peut avoir pour les catégories concernées...

23/01/08 - 13:35

Bon ok.

La prochaine fois, on leur demande de parler de la lutte des classe, du logement social et du prix de l'immobilier en centre ville.

Est-ce qeu les temps auront changé là aussi?

23/01/08 - 13:45

Le logement social, en l'occurrence, a été évoqué plusieurs fois, notamment le logement pour les personnes en très grande précarité, noatmment les Trans ou les Séropositifs au chomage.
Le logement social est d'ailleurs une des priorités de Cohen (je sais, ça fait pamphlet, on se refait pas :http://) qui d'ailleurs a plus des 20 % des logement sociaux de rigueur à Ramonville. Et en général, je ne trouve pas mauvaise la politique socialiste "officielle" sur ce sujet. Après, evidement, il y a des maires PS qui sont de vraies crevures, tel celui de Balma, qui lui n'en a pas fait un seul...

23/01/08 - 13:46

Et pour ce qui est de la lutte des classes et de la révolution future? :p

23/01/08 - 14:03

La révolution national-socialiste, oui, peut-être, si ça continue comme ça...

et la lutte des classes sera alors remplacée par les guerres ethniques :P

23/01/08 - 14:26

bon, ben c'est engageant tout ça, Toulouse sera sans doute gérée d'une façon moins plouc, que ça soit les uns ou les autres...

23/01/08 - 18:56

- Sur le coeur du sujet : au niveau local on ne peut faire que de l'accompagnement. Et c'est ce qui est le plus gratifiant, il me semble. Alors cet accompagnement, on le fait avec plus ou moins de bonne volonté.
- Sur le contexte électoral. Je ne partage pas l'analyse sur la "base habituelle de clientélisme de petits notables et gros commerçants" forcément acquise à Moudenc. Bref le noyau dur de l'électorat UMP. A 13H le JT de TF1, qui est regardé par ces gens-là, leur a appris que la réforme leur arrivait en pleine gueule : notaire, coiffeur... Et ils réagissent mal à l'introduction de la concurrence : ils font devoir se serrer la ceinture. Ils vont poser des questions au maire actuel de Toulouse apparenté UMP.
Je n'ai pas le souvenir de Jacques Chirac s'attaquant de plein fouet aux commerçants et professions libérales à un moins d'un scrutin. Voilà pour les citadins, je passe aux ruraux. J'ai été voir le journal du syndicat agricole de droite FNSEA à propos du maïs OGM. Il titre "quand la France fuit ses responsabilités" sur la photo de Sarkozy et il en rajoute une louche : "une décision affligeante et politicienne". Là encore Jacques Chirac ne se mettait pas à dos la FNSEA à la veille des cantonales.

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