Sur l'androphobie militante, la politique cassoulet, et les avocats dans le vent
Gros carton hier soir pour l'association Arc-en-ciel : une salle pleine à craquer, les principaux aspirants au fauteuil de maire qui ont répondu présent, et la fierté d'avoir donné le coup d'envoi de la campagne municipale toulousaine sur des questions LGBT.
Toulouse, n'en déplaise à Paco-sisquet, commence timidement à s'éloigner de la Politique-Cassoulet, du moins dans les formes : Cohen, Moudenc et Cie semblaient
relativement à l'aise hier, et même passablement formés sur ces problématiques, alors que j'ose à peine imaginer la bonne vieille (et moins vieille) garde des politiciens 100 % Sud-Ouest assistant à une telle réunion. Le choc des civilisations!
J'avoue avoir été assez émoustillé, en syntonie avec l'atmosphère générale, où, malgré des débats sur le fond médiocres, régnait cette excitation propre aux grandes Premières. Avec un zeste de tension. Moudenc craignait de tomber dans un guet-apens gauchiste. Sans aller jusque-là, le terrain, de toute évidence, ne lui était pas favorable, et il a été souvent déstabilisé. Face aux interpellations directes qui n'ont pas manqué, il avait pourtant des cartes à jouer, et il a bien tenté d'en placer quelques unes.
Celle d'être un pédé notoire lui-même. Celle de la politesse et du sang froid, face aux agressions trop appuyées. Celle aussi d'un certain courage dont il a fait preuve en acceptant de se déplacer en terrain miné. Celle enfin d'un bilan mitigé mais pas entièrement catastrophique envers les assoces LGBT. Mais le pauvre, il a bien mal commencé. En croyant bien faire, il ouvre sa première intervention par un accord enthousiaste à la création d'une Maison des Homosexualités, "à condition que ça ne devienne pas un outil de prosélytisme". Murmures indignés dans la salle. Chassez le naturel, il revient au galop : voilà un beau relent de la rhétorique Vanesto-Bushienne. C'est bien connu, on ne souhaite le centre que pour pouvoir mieux "convertir" des pauvres ados désorientés à notre "choix de vie"...
Sa bourde, ainsi que son emploi répété du mot "tolérance", moins grave, mais sentant bon la condescendance rance (il a même osé le grotesque "dans mes proches collaborateurs et mes amis il y en a!"), a été la faille dans laquelle les nombreux militants politiques de la salle se sont engouffrés. Dommage! Si étant de gauche, je ne peux que me féliciter de le voir en difficulté, en tant qu'homo, je souhaite par contre que la droite s'empare aussi des dossiers LGBT, et donc que lynchage soit limité...
Mais assez parlé de Moudenc! C'était certes la vedette, puisque la présence de la droite dans ces réunions est pour le moins exceptionnelle, mais les autres rôles étaient aussi savoureux. Après tirage au sort la tête de liste de Lutte Ouvrière a eu le privilège d'ouvrir la réunion. Assez mignonne, un peu timide, elle commence mal aussi (elle s'améliorera par la site), en déballant académiquement la théorie LO : défense des travailleurs, le reste suivra. Une seule grille de lecture, en gros, pour tout expliquer. Hum. En parlant de grilles de lecture uniques, je remarque amèrement l'absence dans la salle des deux-trois associations lesbiennes non-mixtes de la ville. Il y a des filles, mais qui viennent d'autres structures : les associations phares du mouvement féministe-lesbien ne se sont pas déplacées. Assister à un événement organisé par des homosexuels sexistes phallocrates, beurk!
Il y a eu aussi Jean-Luc Forget, candidat Modem, dont j'ai enfin vu le visage.
Le brûlot social-libéral à Joffrin Libération a adoré. Je reste plus mitigé. C'était l'avocat classique (je l'imaginait presque au barreau), ce qui veut dire que, niveau forme, ses interventions avaient quelque part de la gueule, tout en frisant dangereusement avec cette affectation un tantinet ridicule des juristes. Ce qui veut dire aussi que, niveau fond, c'était passionnant lorsqu'il parlait de Droit, et ça devenait pompeux et obscur lorsqu'il parlait d'autre chose.
Je passe sur l'"autre liste" de François Simon, dont j'ai du mal à comprendre l'utilité, et à cerner l'espace politique. Je la soupçonne fortement de n'être que l'expression de l'égo de Simon, et lui souhaite en conséquence un bel 1 %.
Myriam Martin de la LCR-Motivé-e-s, est, à son habitude, très bien. Mon homme ne cesse de me répéter, lorsqu'il est question de la LCR, que c'est trop facile, qu'ils ont le beau rôle, que la posture de "perpétuel indigné" c'est la plus confortable. Je ne le pense plus. Être constamment en colère, ce n'est pas confortable, c'est au contraire extrêmement fatiguant. Moi qui n'arrive pas à rester faché 10 minutes d'affilé sans être exténué, je ne peux qu'admirer. Et si vous en doutez encore, regardez les tristes mines des militants de LO ou du PCF, on dirait parfois qu'ils avancent en traînant des pieds... Et c'est non seulement fatiguant, mais c'est aussi ennuyeux. Une question de variation dans l'intensité : on ne peut rester branché en permanence sur une haute intensité émotionnelle, c'est physiquement impossible. Pourtant la LCR s'en sort bien, réussi à garder l'énergie, probablement grâce à quelques salutaires variations dans les différents registres de la contestation.
Reste enfin Pierre Cohen, tête de la liste d'Union de la Gauche. Mon candidat, donc. Actuellement, la position officielle des socialistes (et aussi celle des verts et du PCF) sur les questions LGBT, est, dans l'ensemble, difficile à critiquer. Restait malgré tout à voir comment le candidat faisait siennes les positions du parti, et quelle politique municipale il envisageait pour les mettre en pratique. Restait à convaincre quoi. Et ça a très mal commencé. Il paraît que Cohen a un mal fou à préparer à l'avance ses interventions, et qu'il n'est à l'aise que dans le vif du débat. Au vu de la réunion d'hier soir, je veux bien le croire. J'ai pensé qu'on courrait à la catastrophe, il était brouillon et déballait cet irritant blablatage socialiste qui sonne creux. Puis, miracle, les questions sont arrivées, il était plus décontracté et avait quelques coups à jouer, pouvant mettre en avant sa gestion à Ramonville avec les Pacs en Mairie ou ses déclarations publiques en tant que député, et se permettant même quelques effets de manche au succès assuré, comme l'annonce de l'accès à la place du Capitole pour le village associatif qui clôt la Marche...
À la sortie, tout le monde est content, tout le monde se sourit mais n'en pense pas moins, vite vite, le dernier métro va partir, la réunion a largement débordé les limites annoncées. On arrive heureusement à temps, et on se couche en pensant que, malgré la mesquinerie que l'on y observe souvent, participer à la vie de la cité peut parfois être drôle et excitant.
22/01/08 - 21:48
Quoi qu'il en soit, cela sent bon ^^
Et très bonne analyse Asbel !
gawoul