Neurologie empirique
Le moindre élément sortant de l'ordinaire est susceptible de court-circuiter les connections synaptique, de bloquer les processus neuronaux et d'amener le cerveau au bord du collapse. Ainsi, pour la plupart des français, mon passeport a un effet hypnotique provoquant une régression mentale immédiate : le fait d'avoir deux noms de famille et un seul prénom, s'avère plus difficile à concevoir que les liens entre l'énergie, la matière et le temps en astrophysique (il est vrai que disposer de trois prénoms dont deux parfaitement inutiles est bien plus naturel...). Ça n'a donc pas manqué, hier, lorsque je me suis inscrit à la médiathèque. Pourtant la jeune fille avait l'air intelligente. Malgré cela, en tendant mon passeport, j'ai vu la lumière quitter son regard et un vent de panique la saisir. Je comprendrais encore si le document était écrit dans une obscure langue slave. Or s'agissant d'un passeport européen, tous les titres sont traduits en anglais et français. Il suffit donc de comprendre que sous la ligne "Apellidos/Surname/Nom", on trouvera mon nom de famille, et sous la ligne "Nombre/Given Names/Prénoms", vous avez vu juste, il y aura mon prénom. C'est sans compter sur l'effet inhibitoire de l'inconnu : les déductions les plus simples deviennent alors des équations à 30 inconnues. Habitué à provoquer cet effet, je tente d'aider la malheureuse par un timide "C'est Monsieur C.". Je lis sur son visage un sursaut de fierté. Oui, oui, elle sait bien! Bah non non, elle ne sait pas, et finit prévisiblement par tout inverser. Je souris et préfère me taire plutôt que d'allonger encore les démarches. Je ne devrais pas : pour moins que ça, des pauvres immigrés ont perdu leur retraite ou leur pension de guerre...
21/01/08 - 16:00
Encore une qui a eu le mauvais goût de faire allemand en seconde langue...
gawoul