Close encouters of the third kind
Les univers parallèles qui se croisent, ça déstabilise toujours un peu l'ordre des choses. Les protocoles d'action qui règlent le train train quotidien de nos vies ne contemplent pas cette possibilité, ou la contemplent imparfaitement, d'où un savoureux flou anxiogène.
Ceci est particulièrement vrai lorsque c'est des institutions parallèles qui se croisent. Parce que les individus, on commence à être habitués à nager dans plusieurs fleuves en même temps. La montée des communautarismes, la balkanisation de la France, le repli identitaire, je n'y crois que très moyennement. Nos modes de vie limitent le repli : les problèmes sont plutôt dûs aux grands écarts et aux contradictions internes que suppose la superposition de systèmes de valeurs en théorie incompatibles et en pratique rafistolés. C'est Marc Renton qui le disait déjà en 95 :
soon there won't be skins, or punks, or pakis, only jerks. Ou un truc comme ça.
Par contre, les institutions, elles, ont un marge de manoeuvre bien plus limité. Aujourd'hui on démarchait pour la gay pride auprès de nouveaux partenaires. À l'assoce, le mot d'ordre depuis plusieurs mois, c'est ouverture : fini de faire les choses entre pédés et guouines, faut intégrer des acteurs extérieurs. Et pas seulement les cinémas Utopia, la librairie Ombres Blanches, la médiathèque, et telle galerie d'art branchouille, un public que l'on sait déjà a priori sensibilisé. Donc au programme, aujourd'hui, une médiathèque asociative tendance rock crasseux et cheveux longs, et un magasin de bombes et matériel de taggeurs dans l'espoir d'associer quelques graffistes pour un performance life. "Bonjour on est une association LGBT, nous venons voir si on peut établir des partenariats pour la Gay Pride et le festival qui l'entoure". Silence poli mais circonspect. À la médiathèque, le jeune grungy derrière le comptoir décide de nous faire visiter les lieux. Hum. Je me demande comment va réagir l'homo pomponné et parfumé dans un endroit décoré de planches de Crumb, Shelton et Burns. Va pas falloir rater ça. Au magasin de graff, la réaction est un peu plus froide, du moins au début. Le vendeur a du mal à cerner notre projet, qui, avouons-le, est assez flou. On lui montre les programmes des autres années, il jette un coup d'oeil et s'empresse de tourner les pages un peu olé olé avec les pubs des services de rencontre. Il n'arrête pas de demander des précisions sur le contenu du graff à faire, je suppose que pour être rassuré. De quoi a-t-il peur? D'un truc trop culcul la praline du style faut-s'aimer-les-uns-les-autres-et-être-gentils? Ou alors de devoir dessiner deux hommes entrain de s'embrasser? Problème, on était plutôt partis sur une sorte de carte blanche à l'artiste, concept qui ne semble pas le séduire des masses. On se quitte cordialement, promesses de se recontacter, affaire à suivre.
23/11/07 - 18:18
C'est drôlement bien de faire ce type de démarche !
D'un côté ça peut participer à ouvrir des personnes peu sensibles à ces questions à d'autres personnalités que celles de leur milieu de prédilection, de l'autre, pour le magasin de graff, vous n'allez pas trop dans le vide, puisqu'il y avait une proposition (même floue).
Après, faut voir ce que ça donne et ce que, passé la première rencontre assez "circonspecte" (comme tu disais), ils trouveront d'intérêt à s'associer à la manifestation...
fabulous