Et sinon, à part la défaite du XV de France?
Je discutais à l'instant sur la grève des internes avec ma femme de ménage (Oui, bon, épargnez-moi vos sarcasmes du genre horrible-patron-bientôt-tu-voteras-à-droite, à chacun ses priorités, et je suis prêt à me nourrir exclusivement de pates au ketchup pour me payer ce petit confort). Donc je discutais avec elle, puisqu'elle venait de se faire tendre un tract par les grévistes mais avait néanmoins refusé de signer leur pétition. Elle ne comprends pas tous les enjeux, donc préfère s'abstenir, et me demande ce que j'en pense.
De mon côté, je ne peux que ressentir de l'empathie envers ces internes. Je suis sensible au discours préconisant des mesures incitatives plutôt que coercitives, et à la dénonciation du désengagement de l'État. Dans un terrain similaire, j'ai toujours pensé que les système de mutations de l'Éducation Nationale était injuste et cruel, une épouvantable machine bureaucratique stalinienne broyeuse de vies, de couples et de familles (vas-y Manu, j'attends ton couplet sur la nécessité d'assurer l'égalité sur tout le territoire), en partie responsable du fait que les profs sommes les meilleurs clients des H.P et de l'industrie pharmaceutique. Je ne peux donc que souhaiter aux internes en médecine d'être épargnés de ce destin.
Je tente de lui expliquer ma position, mais je finis par constater l'ampleur de la Sarkosysation des esprits. Elle commence par me rétorquer que bon, elle, elle préfère être
pour que
contre, et qu'elle a l'impression que ces gens là sont
contre. Peu importe le complément prépositionnel qui suit, l'essentiel est donc d'être
pour : la préposition se transforme en adjectif qualificatif rassembleur.
Je retourne donc le problème et lui montre, tract à l'appui, qu'ils ont aussi de nombreuses propositions, qu'eux aussi c'est des gens pour, donc des gens bien. "Boudu, ça va coûter cher tout ça! Vous imaginez, toutes ces dépenses!". Et je me dis qu'à ce niveau là d'endoctrinement, c'est foutu. Qu'une personne dans une situation vraisemblablement précaire, qui de toute évidence n'arrive pas aux revenus minimums pour être imposable, et qui dépend donc absolument de l'État pour les questions de santé et de retraites, puisse évoquer le problème des dépenses publiques face aux coups portés au système de santé, ça me dépasse. Puis je comprends. Elle finit par me demander, en effet, si ces dépenses, c'est nous, ou si c'est l'État qui les prend en charge. Je suis désarmé face à une telle candeur, mais je comprends. C'est juste ce mot, dépense. Il fait peur, il touche à l'intime, il évoque bien davantage les factures en retard que les réalités complexes qui président aux choix budgétaires du gouvernement. Et les humains nous fonctionnons comme ça, par cristallisation d'angoisses autour de certains mots.
17/10/07 - 15:50
Horrible patron ! Bientôt, tu voteras à droite !
jeuneparisien1978