Mode misanthrope [on]
Voilà, c'est fait, je suis inscrit sur les listes électorales pour les municipales toulousaines.
Paradoxalement, je décide de participer à la vie citoyenne française à un moment de ma vie où je ne cesse de caresser l'idée d'un retour à Barcelone.
Outre les raisons objectives de cette nouvelle lubie (au bout de presque 10 ans, je commence à me sentir à l'étroit à Toulouse, mais je n'ai aucune envie d'aller vivre à Paris), une raison plus profonde m'est apparue.
J'ai peur de devenir un vieil émigré aigri.
Je ne les comprenais avant, les vieux exilés républicains et les moins vieux, et même les carrément jeunes embauchés par Airbus, qui tout en habitant Toulouse, continuaient à vivre espagnol, manger espagnol, sortir espagnol et penser espagnol. La nostalgie, très peu pour moi.
Maeren
affirmait, il y a quelques jours, qu'il ne se sentait pas citoyen du monde, ni même européen, qu'il était simplement français, que la culture française avait imprimé sa marque indélébile sur tous ses schémas de pensée. Je tente le même exercice d'introspection, mais en vain. Je n'arrive pas à définir quels sont mes schémas du monde, ni ma représentation du réel, tellement elle est fluctuante. Impossible donc d'établir s'ils sont plutôt franco-compatibles ou hispano-compatibles. Déjà faudrait pouvoir la définir, l'isoler, cette culture française ou espagnole pour savoir si je m'y reconnais. Mais intuitivement, j'arrive à cette conclusion : au-delà de la reconnaissance ou de l'identification, concepts très souvent répétés mais qui continuent à m'être étrangers, je réalise que je suis infiniment plus indulgent avec ce qui relève de l'hispanité.
C'est peut-être ça, le sentiment national, l'indulgence, au sens où malgré tous ses défauts, on sera toujours indulgents avec sa famille, parce que quelque part, c'est aussi être indulgent avec soi-même.
Les espagnols sont hystériques, polytoxicomanes, jemenfoutistes, et ont une facilité impressionnante pour se disputer entre eux et même pour s'entre-tuer sauvagement. Difficile de s'identifier. Mais j'ai grandi dedans, je sais gérer. Ces défauts, je les vois, je peux les analyser rationnellement, mais ils me touchent à peine. Au pire je pique une colère qui sera vite oubliée. Je suis indulgent.
Or si le sentiment national relève des relations familiales, la vie à l'étranger, comme le posait la très belle
métaphore de Satrapi, relève elle de la relation amoureuse. Avec tous ses stades : découverte, drague, passion, épanouissement, phase un peu plan-plan pépère, et enfin, irritation permanente. Les défauts qui au début faisaient les charmes de l'autre finissent par devenir insupportables. Rien de très grave, pourtant, mais la vie commune finit par leur octroyer des dimensions exagérées.
J'en suis pas à ce stade mais.... Il faut dire qu'il y a un peu de laisser aller dans l'air ces derniers temps, ce pays ne fait plus grande chose pour me séduire. Je subis le débordement dégoulinant de patriotisme depuis les présidentielles jusqu'à la coupe du monde de rugby comme une agression sans cesse renouvelée. Je n'y peux rien, c'est mes réflexes pavlov de catalan : impossible d'imaginer à Barcelone un tel étalement de drapeaux espagnols (déjà il faudrait que l'Espagne gagne quelque chose, et comme ça ne risque pas d'arriver...).
Le problème, au fond, c'est la possibilité de désolidarisation, bien plus difficile dans sa terre natale : dès que ça tourne mal, on peut toujours se dire, cela ne me concerne pas, je ne suis pas français. Mais si ça ne me concerne pas, qu'est-ce que je fous ici?
08/10/07 - 17:51
Avant que Napi ne le fasse: c'est misanthrope.
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