Shakespeare, la victoire du grand mal, et le terrorisme sentimental
Lundi, c'est caprice et consommation débridée, histoire de participer un peu à ce type de bonheur qu'il paraît va bientôt submerger les Français. En rentrant de la fac, je repense à la troublante représentation du Roi Lear de la semaine dernière, et je m'arrête chez Ombres blanches Virgin, d'où je ressort avec l'intégrale des éditions et de la critique contemporaine de Shakespeare une niaiserie qui m'avait bien plu à sa sortie en salles, Shakespeare in Love.
Le soir, j'impose ça à mon homme, à qui j'ai interdit tout visionnage de chaînes d'information continue en ma présence depuis la victoire de l'autre con (loin des yeux loin du coeur), et nous voilà partis en voyage pour une heure et demi dans un monde sarkofree, politiquefree, et bonssentimentsfull. J'adore! Petit clin d'oeil à la communauté homo que je n'avais pas repéré la première fois, Cristopher Marlowe est interprété par Rupper Everett, association improbable entre le paradigme de l'homosexuel ténébreux et canaille comme on les aime, à fin tragique, et le gay gendre idéal propre sur lui.
Bref, passons. Le film reste absolument efficace. Pourtant, il fait constamment appel à la technique la plus grossière du cinéma américain : l'apparition dans la fiction d'un public qui est censé montré aux vrais spectateurs comment réagir à chaque scène. Je ne supporte pas qu'on me dise ce qu'il faut ressentir. Dans Spiderman 3, ces abrutis entrain de regarder les combats au lieu de s'enfuir comme tout être doté de raison et voulant persévérer dans son être, abrutis qui je suppose voulaient emporter mon adhésion et mon identification immédiate, avaient le don de m'irriter et d'instaurer une distance déplaisante entre moi et l'écran.
Dans Shakespeare in Love on retrouve les même premiers plans sur les visages émus des spectateurs, mais ça passe sous couvert d'exploration d'une thématique dont la simple évocation a le don de tout me faire pardonner : le pouvoir rédempteur des mots, de l'écriture, de l'art. Comment ne pas fondre à la vue de l'enthousiasme du mafieux devant la pièce qu'il décide finalement de financer? Ce n'est pas pour rien qu'un film aux effets aussi faciles que Cinema Paradiso a le don de me faire chialer comme une madeleine. Juste en écoutant la bande son je chiale, c'est dire. Une vrai midinette je vous dit.
22/05/07 - 16:03
J'aime bien ce film. C'est quand même pas un chef d'oeuvre.
Agréable à regarder et intéressant aussi de suivre une partie de la vie (certes romancée) du grand dramaturge.
On voit aussi les limites de ce genre de biographie romancée, quand on fait croire que tout le génie d'un auteur vient en fait de sa propre vie, qu'il n'a fait que retranscrire en oeuvre poétique/théâtrale (un peu comme dans les récents films sur Molière ou La Fontaine, aussi).
fabulous