Asbel n'aime pas la modernité

Le prochain qui me parle de modernité et de rénovation, ou, ce qui revient au même, de has been et de ringard, je lui colle mon poing dans le nez. Existe-t-il en effet de concept plus vaseux que celui de modernité?
C'est comme ces ados que je regarde passer Rue Saint Rome à longueur de journée. Pantalons étroits, coupes longues, t-shirt larges pour les filles, omniprésence du rose et du noir. Il sont revenus 25 ans en arrière et ils se prennent pour le comble de l'avant-garde.
De même, il paraît que Sarkozy incarne la modernité, lui qui, comme le rapelle tous les jours une certaine mémère, a gagné sur un vieux programme des années 80 ("la liberté de travailler" c'était pas le refrain de la ridicule chanson de campagne de Chirac en 81? le mouton dans la baignoire, c'est pas un peu comme le bruit et l'odeur?)
Mais comme les malheurs n'arrivent jamais tout seuls, cette plaie touche aujourd'hui le PS. Le plus-à-gauche-que-moi-tu-meurs post 21 avril s'est tranformé en plus-rénovateur-que-moi-il-y-a-pas. A commencer par les très antipathyques montebourgeois de Renover Maintenant dont on a enfin compris que pour eux, être moderne et rénovateur signifie ne pas avoir d'idées et se mettre derrière le plus fort aux sondages. Mais comment peuvent-ils être encore crédibles, ceux qui voilà deux ans me traitaient de socio-libéral et qui aujourd'hui me réservent le gentil sobriquet d'intellectuel-gauchiste-loin-des-réalités? Pour les ségolénistes, par contre, être moderne signifie apparemment cracher à longueur de journée sur le PS, insulter les éléphants, accuser les vieux cadres de tous les torts de la terre, ne pas avoir d'idéologie non plus (beurk! le gros mot!) mais de la "réactivité" (la solution miracle à tous les problèmes), tellement de réactivité qu'à la fin on sait plus où ils sont. Quant aux Strauss-khaniens, bon, ils ont pour eux, au moins, d'avoir une ligne cohérente et parfaitement lisible. En ces temps de flou idéologique, je leur en suis reconnaissant. Mais comme l'écrivait François Mitterrand sur son blog posthume à propos de DSK, "Cassius sortant du sénat romain et couvert du sang de Jules César devait voir l’air moins félon que lui". Pendant cinq ans, conscients d'être en minorité, ils ont refusé d'aller au front et voilà qu'aujourd'hui ils se sentent en force, il sortent les couteaux...
Qu'on ne me parle donc plus de modernes et de ringards! Désormais, c'est décidé, je cultive ma ringardise comme le bien le plus précieux.
12/05/07 - 14:42
Ne lisez pas cette tation-ci !
jeuneparisien1978