Asbel n'aime pas les gens sérieux
Mercredi soir, AG de section au parti, prévisiblement assez agitée. À la sortie, on traîne, on décompresse, et on finit par récapituler les (très) petits dysfonctionnements auxquels on a assisté lors des différents dépouillages. Il est ainsi arrivé exceptionnellement dans certains scrutins de rajouter ou d'enlever un vote blanc à un bureau pour que les comptes tombent juste. Scandale! De fil en aiguille, la conversation débouche sur le caractère sacré ou pas du vote. Je me méfie spontanément de l'adjectif sacré, et de son corollaire, le sérieux, qui bien souvent ne sont que des cache-misère à de réalités bien moins reluisantes. Mais L n'en démord pas. Il a vu des magouilles en Israël à te glacer le sang, désormais le vote c'est sacré de chez sacré. Même si on lui donnait une procuration pour aller voter Le Pen, il s'exécuterait religieusement. Ce dernier adjectif me fait forte impression. Je pense à ce magnifique épisode de la série Rome, où Marc Antoine demande au doyen du Sénat d'argüer un vice de procédure pour annuler un vote, et ce dernier rétorque au jeune général fougueux (et beauuuuu) qu'il ne s'agit pas de politique, qu'il s'agit de religion.
En rentrant, je continue de cogiter, Je repense à G, qui m'avait avoué il y a quelques années ne pas avoir voté à l'occasion parce qu'il ne se sentait pas à la hauteur, parce qu'il sentait le poids de la responsabilité du vote l'écraser, parce qu'il se sentait con ou pas assez intelligent en tout cas pour faire face à quelque chose de si sérieux. Je revois aussi les 6 millions de nouveaux électeurs de cette présidentielle, immédiatement repérables dès qu'on rentrait dans un bureau de vote : maladroits, craintifs, dépassés par l'ampleur de la tâche. Je revois tous ces jeunes banlieusards qui se promènent Rue saint Rome avec insouciance et que toute la légalité protocolaire qui entoure l'exercice de la citoyenneté rebute inéluctablement. Et je comprends. Le sérieux, le sacré, restent encore aujourd'hui la forme ultime d'exclusion sociale. Le privilège que depuis des millénaires s'octroient les institutions politiques et religieuses pour se légitimer. La façon la plus sûre d'écarter de l'exercice du pouvoir tous ceux qui n'ont pas reçu les codes pour le décrypter, tous ceux à qui on n'a pas appris dès leur enfance qu'ils ont la chance d'appartenir à la sphère du sérieux. Le sérieux, c'est l'apparence de la respectabilité, la notion la plus aristocratique et la moins démocratique qu'il existe.
Dimanche 6 Mai donc, n'hésitez pas, allez exercer vos devoirs citoyens, mais si possible, n'oubliez pas de péter un bon coup dès l'entrée au bureau de vote!
27/04/07 - 11:27
Personnellement, mais c'est sans doute lié à mon habitude et au quartier dans lequel je vote, mais je trouve l'ambiance des bureaux de vote assez neutre et détendu dans l'ensemble. Avec l'impression que les gens sont là pour faire ce qu'ils ont à faire mais détachés de l'enjeu essentiel qu'ils sont pourtant en train de faire.
Ca m'a toujours donné cette impression. je ne peux pas ne pas y avoir une forme de poétique et d'esthétique citoyenne égalitaire...
Oui, bon...je sais asbel...
manu (visiteur - site web)