Sur l'enseignement d'Aristote, les fous rires, et les prostituées thaïlandaises
Depuis que je suis prof, j'ai eu deux crises de fou rire en cours.
La première, c'était au tout début, et c'était touchant de candeur. j'avais proposé en traduction un extrait des Pájaros de Bangkok, de Vázquez Montalbán, où il est à un moment question d'une prostituée thaïlandaise qui projette des balles de ping pong avec la chatte (je sais, je suis très vicieux dans le choix de mes textes, hé hé). Je choisis donc une étudiante au hasard.
"Pouvez-vous me lire la phrase en espagnol, Mademoiselle?"
Elle commence à lire en voix haute, puis soudain elle devient toute rouge et trébuche sur le mot fatal.
"Euhhh.... por el coññññ.... el cccc.... el cccc...... " Rien à faire. Au début, je suis passablement irrité par tant de pudibonderie. Je lâche séchement :
"Allez, vous pouvez y arriver quand même!!".
Grosse erreur!!! La classe, qui se retenait aux prix de gros efforts de concentration, éclate dans une fou rire général et franc. Je ne tarde pas à les rejoindre, et décide, face à l'impossibilité de finir la lecture de la phrase maudite, de passer à la suivante.
La deuxième crise de fou rire c'était ce matin, et contrairement à l'antérieure, elle m'a laissé un petit arrière-goût amer. Je faisais un nouveau texte de civi XVIII siècle. L'auteur y regrettait l'influence de la vieille méthode d'apprentissage scolastique dans les facs espagnoles, où l'on n'enseignait qu'Aristote et on ignorait toujours Newton. Pour faire passer le message, de temps en temps je change de niveau de langue : "Autrement dit, l'auteur pense qu'il y en a marre de ces vieux profs qui font chier". Petit problème, au premier rang, toujours présent, toujours attentif, un vieux prof du secondaire à la retraite, que je regardais justement quand j'ai lâché le mot vieux. Mon visage se décompose pendant une fraction de seconde, avant de retrouver l'applomb nécessaire pour poursuivre. Trop tard! Les filles derrière ont tout de suite saisi ce qui se passait et sont mortes de rire. Ah, ça, pour ce genre de détails elles sont fortes. Si seulement elles affichaient le même sens de l'observation pour tout! Je tente de continuer malgré tout. " Et quelles méthodes propose l'auteur pour sortir les universités espagnoles de leur retard?? Bah il argumente que de toute façon, ils vont bientôt mourir les vi.. les anci... les universitaires." Je deviens livide en comprenant le sens de ce que j'ai dit. La classe n'arrive plus à se retenir. Je commence à mon tour à rire nerveusement et ne parviens plus à m'arrêter. Tierra trágame. Sol, avale-moi.
18/01/07 - 18:06
Seulement deux fous-rire en quatre ans d'exercice?
Moi je dois en être à 4 en 5 mois d'ancienneté!
manu (visiteur - site web)