Réforme ou révolution?
Tout compte fait, faut avouer que donner des cours c'est rigolo. Surtout les cours d'histoire (Ok, Manu, je l'admets, cette matière est supérieure à toutes le autres sciences humaines, satisfait?)
Je finis aujourd'hui le TD sur le XVIII siècle espagnol. Les deux derniers textes ont été particulièrement beaux, même si bizarrement, lorsque j'ai fait cette remarque aux étudiants, ils n'avaient pas l'air entièrement d'accord. La semaine dernière, c'était un texte de 1792. Un économiste espagnol commençait par disserter longtemps sur les réformes politiques à poursuivre dans le pays, relancer la croissance, modifier le régime de propriété, rééquilibrer la pression fiscale entre ville et campagne, faire un toilettage du code de commerce etc.
Soudain, il s'arrête, et doute de l'efficacité de ces rafistolages des l'Ancien Régime. Peut-il y avoir du progrès social tant qu'on ne s'est pas attaqué aux structures mêmes de la société? Tant que l'injustice sera institutionnelle par l'existence de la noblesse? Tant que l'on n'aura pas fait la révolution?
Il finit par baisser les bras, convaincu de la futilité de combattre contre une institution aussi éternelle que la noblesse.
Dans le texte d'aujourd'hui, un autre économiste arrive à des conclusions opposées. On est 1794, et au vu de l'anarchie dans laquelle est plongée la France, l'auteur prône l'abandon de toute velléité révolutionnaire, et la poursuite sur la voie réformiste, qui est certes lente, dont on ne voit pas toujours les fruits, mais qui est la seule efficace.
Je n'ai pas osé faire un comparatif avec le débat politique actuel. Je ne me sentirais vraiment pas à l'aise sur ce terrain. Du coup, je suppose que la plupart des étudiants ont du trouver les textes barbants : en quoi ça pourrait les concerner, un truc aussi vieux? Un jeune babos au premier rang, assez bon élève, fait figure d'exception. Il n'a pas l'air content de la condamnation sans appel de la voie révolutionnaire et me demande si dans un commentaire on peut critiquer ce qu'avance l'auteur. Avant de répondre, je jette un coup d'oeil à son classeur, où l'on peut voir deux gros autio-collants de la LCR et de Besancenot. Je finis par assumer le rôle de censeur de tout éducateur en lui recommandant de la prudence, tout en étant, je l'avoue, assez attendri.
15/01/07 - 12:37
Tu te laisses même pas avoir par les anarchistes ?...
fabulous