Texte?
Elle chante le nom qu'elle aime bien,
qui est long et beau,
qui dit seulement :
Méditerra-né-é-e

15/01/2007

15/01/07 - 12:16

Réforme ou révolution?


Tout compte fait, faut avouer que donner des cours c'est rigolo. Surtout les cours d'histoire (Ok, Manu, je l'admets, cette matière est supérieure à toutes le autres sciences humaines, satisfait?)
Je finis aujourd'hui le TD sur le XVIII siècle espagnol. Les deux derniers textes ont été particulièrement beaux, même si bizarrement, lorsque j'ai fait cette remarque aux étudiants, ils n'avaient pas l'air entièrement d'accord. La semaine dernière, c'était un texte de 1792. Un économiste espagnol commençait par disserter longtemps sur les réformes politiques à poursuivre dans le pays, relancer la croissance, modifier le régime de propriété, rééquilibrer la pression fiscale entre ville et campagne, faire un toilettage du code de commerce etc.
Soudain, il s'arrête, et doute de l'efficacité de ces rafistolages des l'Ancien Régime. Peut-il y avoir du progrès social tant qu'on ne s'est pas attaqué aux structures mêmes de la société? Tant que l'injustice sera institutionnelle par l'existence de la noblesse? Tant que l'on n'aura pas fait la révolution?
Il finit par baisser les bras, convaincu de la futilité de combattre contre une institution aussi éternelle que la noblesse.
Dans le texte d'aujourd'hui, un autre économiste arrive à des conclusions opposées. On est 1794, et au vu de l'anarchie dans laquelle est plongée la France, l'auteur prône l'abandon de toute velléité révolutionnaire, et la poursuite sur la voie réformiste, qui est certes lente, dont on ne voit pas toujours les fruits, mais qui est la seule efficace.
Je n'ai pas osé faire un comparatif avec le débat politique actuel. Je ne me sentirais vraiment pas à l'aise sur ce terrain. Du coup, je suppose que la plupart des étudiants ont du trouver les textes barbants : en quoi ça pourrait les concerner, un truc aussi vieux? Un jeune babos au premier rang, assez bon élève, fait figure d'exception. Il n'a pas l'air content de la condamnation sans appel de la voie révolutionnaire et me demande si dans un commentaire on peut critiquer ce qu'avance l'auteur. Avant de répondre, je jette un coup d'oeil à son classeur, où l'on peut voir deux gros autio-collants de la LCR et de Besancenot. Je finis par assumer le rôle de censeur de tout éducateur en lui recommandant de la prudence, tout en étant, je l'avoue, assez attendri.

commentaires

15/01/07 - 12:37

Tu te laisses même pas avoir par les anarchistes ?...

15/01/07 - 18:59

Sinon un commentaire personnel! Révolution ou réforme?

15/01/07 - 19:53

He he !!!!
Je suis pour la révolution progressive et pour le réformisme radical :P

15/01/07 - 20:34

Lol, je vois, encore des oxymores. Finalement tu maîtrises bien la langue de bois politque. Es-tu pour la rupture tranquille?

16/01/07 - 13:26

Ouais ouais, il s'en sort bien le père asbel.

Tu aurais quand même pu -mais sans doute l'a du fait - noter que ces deux types sont quand même tributaire d'informations pour le moins biaisées pour faire leur commentaire.

Ainsi "l'état d'anarchie dans lequel se trouve la France en 1794" ça reste à voir. Terreur, autoritarisme, violence, troubles, révoltes locales, certes mais anarchie, ça reste à discuter, au moins au sens premier du terme.

En plus, attribuer l'état de la France à la révolution proprement dite - c'est à dire au changement de base de la société - c'est déjà un parti pris contre-révolutionnaire asbel!

Mais enfin, je suppose que tu seras d'accord avec moi.

Quant au dilemne il peut aussi se solutionner facilement en montrant qu'une révolution, certes ces violents, comme l'est la réaction et la répression, mais ce n'est pas forcément effusion de sang.

Changer de constitution ( ce qui règlerait beaucoup de problèmes dans le système politique français) par exemple, est-ce un acte de réformisme ou un acte révolutionnaire au vu du chamboulement qu'il introduirait sur la pratique politique de deux grands partis qui, il faut bien le dire, en profitent bien et ont tout intérêt au statu quo?

16/01/07 - 14:36

Le deuxième auteur écrit en avril 94, juste après l'execution de Danton qui l'a légitimement traumatisé, et ne condamne la France révolutionnaire que de Septembre 92 jusqu'au moment où il écrit sa lettre.
C'est un très belle lettre, où il finit par conclure qu'au nom de la liberté de pensée, s'il devait choisir entre l'insupportable repression menée par le Vatican et l'insupportable répression menée par la France républicaine, il choisissait encore la première. Je pense que je suis d'accord.

16/01/07 - 14:40

Oui, encore un "libéral" que la destitution du roi et la mise en place d'une république a choqué! Un centriste. D'accord pour les droits civils et politiques mais surtout pas pour le peuple!
Un mou quoi!
Alors que la république tout est là! Enfin le dépassement des contradictions d'une monarchie parlementaire impossible!

16/01/07 - 14:52

Bizarrement il ne parle pas une seule fois du Roi de France, dont il devait se fouttre royalement.
C'est un espagnol, Manu, donc il n'est pas pris dans le même impératif "avec ou contre nous" des révolutionnaires français. Il peut se permettre la distance, donc la nuance. Mais apparament, la nuance tu connais pas...

16/01/07 - 17:41

Oh là là! Quelle attaque facile!

Bon, je reconnais avoir été simpliste, mais si tu me dis qu'il condamne la révolution à partir de septembre 1792, c'est qu'il condamne la mise en place de la République (21 septembre 1792). D'où le fait que je le rattache intellectuellement au camp des libéraux modérés pour qui la révolution doit s'arrêter ( c'était le but de la majorité des députés de la COnstituante de 1789 à 1791, finir la révolution alors que les faits démentaient leurs intentions...passons).

Certes il est espagnol.
Que le point de vue extérieur lui donne du recul peut être mais on ne peut pas raisonner pour la fin du XVIIIe comme on pourrait le faire actuellement. La circulation de l'information est difficile et plus on s'éloigne du centre de la Révolution( en l'occurrence Paris) plus on a des nouvelles tardives et éventuellement déformées. Certes on peut avoir un recul intellectuel sur sa compréhension des évènements mais si cela se fait avec des nouvelles tronquées. D'autant que si j'ai bonne mémoire, l'Espagne a été un pays littéralement coupés des nouvelles provenant de France. Si j'en crois Jacques Godechot, Les révolutions 1770-1799, PUF, 1986, le gouvernement espagnol a dès 89 eut la volonté de rendre le pays hermétique aux éventuelles influences venant de France ( avec l'aide de l'Inquisition) mais je ne dois rien t'apprendre et il est possible que ma source bibliographique soit un peu datée.
Ton auteur, sans aucune doute de bonne foi, n'a donc qu'une partie des informations disponibles sous sa main ( peut être en plus diffusées par le biais des émigrés français dont on ne peut pas dire qu'ils soit des fervents partisans de la République,surtout s'ils vont en Espagne plutôt qu'en Angleterre) et son statut, voire son environnement intellectuel, économique et social ne peuvent que difficilement lui faire comprendre les évènements et les forces agissantes en France à la même époque. Soit dit sans aucune volonté de dénigrer un retard ou une arriération. Mais un décalage sûrement. Je doute qu'on trouve en Espagne à la même époque l'équivalent politique du club des Cordeliers et des montagnards mais peut être pourras-tu m'éclairer à ce sujet.
Alors, condition différente certes, autre regard certes, mais peut être impossibilité à comprendre quelque chose de lointain.


Ce que je voulais dire en somme,c'est que son point de vue, en tout cas tel que tu me le retranscris, n'est absolument pas un point de vue nuancé et non-partisan, il ressemble beaucoup à ce que beaucoup de nobles éclairés et de modérés de 89 pensaient.


Je me permets donc de nuancer ton propos et de prendre bêtement parti effectivement mais plus par taquinerie que par méchanceté bien entendu.

16/01/07 - 19:53

Bon...
Alors effectivement, dès 89, le comte de Floridablanca ferme les frontières et procède à une épuration de tous les anciens ministres et secrétaires de feu Charles III (le monarqie éclairé) jugés trop tendres avec la révolution et trop réformistes.
(Premier effet super positif de la révolution : la naissance partout en Europe de la réaction hardcore)
Mon auteur, ancien ministre, échappe à la prison mais se retrouve donc en "vacances forcées" en PRovince à Gijon, un port dans le nord de l'Espagne qui présente l'avantage de permettre la contrebande avec français et anglais. Il est donc assez bien renseigné (il connaît l'execution de Danton quelques jours après) et a priori favorable ce qui se passe en France.
En plus il entretient une correspondance avec tous ses anciens amis et les ambassadeurs étrangers. Son environnement intellectuel reste donc "éclairé". la lettre que j'ai travaillé avec mes étudiants, en particulier, est une lettre à un consul anglais, qui lui, justifie toutes les exactions en France au nom de la Rébelion indispensable. Il lui adresse donc une réponse argumentée. Qu'est qu'il dit en somme?
Il ne condamne pas les mesures sociales ou économiques de la République. Il ne condamne pas l'execution du Roi. Il ne fait que déplorer les violences croissantes dans le pays voisin (alors je suppose que tu vas me relativiser ça, avec ta mauvaise foi républicaine), le fait que la révolution prend une tournure de plus en plus inquiétante, et qu'elle s'éloigne de plus en plus de l'idéal de liberté qui était à l'origine.
Tu trouves ça mou. Je le trouve émouvant. Oui je préfère mon auteur à Robespierre. Il s'est engagé toute sa vie pour faire rentrer les lumières en ESpagne, au péril de sa situation quand il ouvrait des librairies avec des livres interdits. Robespierre a tranché des têtes. Celles de ses amis qui plue est. TU préfères le révolutionnaire, je préfère le réformiste. Honnêtement, les critiques de mollesse, ça me laisse de plus en plus indifférent. Donc arrêtons de discuter sur les détails sur l'accès à l'information, ou l'ampleur des violences en France, alors que déjà à la base on n'est pas d'accord.

16/01/07 - 21:30

Ne t'énerves pas Asbel, les informations complémentaires que tu me donnes sur ce texte et son auteur me conduise à relativiser ma première analyse. J'ai reconnu dès le départ que je manquais d'information, que ma biblio était un peu datée, et que je raisonnais "a priori" sur la base des seules informations que tu as livré dans ton billet.
Maintenant que tu éclaires la biographie de l'auteur, je comprends mieux ton point de vue et infirme en partie le mien.
Je n'avias même pas lu le texte!
Non je ne vais pas défendre les exactions de la Terreur, bien sûr que non.

Reste que le point de vue révolutionnaire doit forcément envisager la question de la violence.

Et qu'il faudrait arrêter avec cette alternative stérile entre réforme et révolution; où s'arrête la réforme et où commence la révolution? A quel moment on dit "stop"? C'est trop facile! Et c'est parfaitement malhonnête intellectuellement autant que facile "moralement" et "éthiquement" pour ceux qui veulent toujours se situer en deça de la barrière de la violence dont ils donnent une explication parfois un peu trop réductrice ( la limitant souvent à la violence populaire, la peur des pauvres stimulant souvent cette réflexion).

La révolution française est un moment parfait pour étudier ça!
Le cercle vicieux de la violence et le caractère intrinsèquement violent - et donc criminel ( raccourci déjà trop facile)- d'une révolution, en particulier celle de 1789, est peut être le sujet uqi a fait coulé le plus d'encre aau XXe siècle.
Une première interprétation a consisté à dire que cette violence révolutionnaire trouvait ses causes dans les menaces qui pesaient sur la révolution et étaient en effet vus comme un "mal nécessaire". La violence est la question des circonstances qui ont poussé les révolutionnaires à agir dans une situation de guerre extérieure et civile. Cette conception était plutôt de gauche et marxiste.
Une deuxième, révisionniste a consisté à dire que toute révolution est fondamentalement violente dès son origine (intellectuelle en particulier) et qu'elle ne peut conduire ( fort déterminisme dans cette vision) qu'aux massacres voire au génocide ( on pourrait discuter de la question de la Vendée à foison ou de la transposition de l'analyse vers la goulag). Poussée à son terme cette conception des choses ( Furet et cie) a conduit à rejeter par principe toute idée de révolution et à proner le "réformisme" dans une conception politique très centriste voire de droite( je n'invente rien).
La troisième, qui se développe plutôt actuellement constitue une sorte de synthèse révisée des deux autres. Oui, il est indéniable que les circonstances jouent et que la guerre extérieure, les peurs, les menaces, jouent un rôle considérable. Mais elles n'excusent rien et on peut effectivement accepter l'idée qu'à partir d'un mouvement violent, il peut ( il peut) y avoir un engrenage, mais cela n'a rien d'obligatoire.
Cette conception a eu le soin de rappeler, en s'appuyant sur des analyses contextuelles précises, que la violence révolutionnaire est une question à étudier sous de multiples angles. Ils ont par exemple rappelés que les premières "atteintes" aux idéaux de la révolution étaient le fait de la majorité "modérée" qui se méfiait de la violence populaire. les premières idées de comité de salut public, de censure, de contrôle des gens viennent de la droite et du milieu de l'assemblée nationale qui craint le pire au moment de la fuite du roi à Varennes! Et notamment la pression du peuple ( alors on pourrait développer sur la violence populaire à l'époque moderne, le manque d'instruction, l'exclusion du corps social ( qui est une violence en elle même), la pauvreté, la volonté d'y rentrer etc. etc.)!

En gros, la violence révolutionnaire a en grande partie ses origins chez des gens qui voulaient achever la révolution et surtout conserver leur statut de classe et leur statut social face aux revendications populaires.

Personnellement c'est pour cela que je me méfie des centristes. Mais pas forcément des réformistes dont je partage bien des aspirations ( on pourrait parler de Jaurès qui refusait lui aussi la violence). Mais il n'empêche que le mouvement social doit se poser la question de la violence ou, au moins

Je suis un peu long, désolé asbel

16/01/07 - 21:32

**la fin de ma phrase"

...ou au moins la question de la sortie de la légalité ( cf. à quoi servent les grèves d'un jour? n'aurait-il pas fallu que lesprofs fassent péter le bac y'a deux ans etc. etc.)


Asbel je te recommande la lecture de Thimoty Tackett, Quand le roi s'enfuit, la Découverte, 2004. C'est brillant.

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