Celui qui a accouché le concept d'intérêt de classe pour expliquer le positionnement politique des gens n'habitait sûrement pas la France de 2007. Ou, en tout cas, il ne connaissait pas ma femme de ménage et mon couple d'épiciers.
La première est de droite. Enfin, il me semble, puisque son seul argument politique est celui de la dette et de la France en faillite, mais bon, la cohérence idéologique est la chose la moins répandue en ce monde donc qui sait ? Bref, admettons qu'elle soit de droite : elle serait aux antipodes de son intérêt. J'ai du mal à concevoir comment quelqu'un en voie de paupérisation accélérée depuis 6 ans, qui vraisemblablement aura un retraite à chier, qui ne pourra pas payer une mutuelle santé et dont le SMIC n'augmentera pas peut tenir un tel discours.
Puis il y a l'adorable jeune couple d'épiciers qui a repris le casino du coin au vieux couple aigri qui regardait en biais dès qu'un jeune banlieusard entrait. Je passe tout à l'heure acheter ma cannette de Coka quotidienne, ils attendaient dehors, tout excités parce que Jamel Debbouze venait de provoquer une hystérie collective en passant devant la Rue Saint Rome et en discutant avec les étudiants en grève sur le Capitole. Le mari, ou conjoint, ou Pacsé, ou concubin, ouvre la conversation, à mon plus grand malheur, puisque je suis un véritable handicapé social qui ne sait discuter avec les inconnus : "Il y a une manif, non, là, au Capitole? C'est contre quoi ? C’est les étudiants? ils sont nombreux? vous en faites partie?". Attention, terrain glissant. Le niveau de tension à ma fac est arrivé à de tels extrêmes, les deux parties en conflit sont dans une telle outrance, qu'en ce moment j'ai totalement suspendu mon jugement et mon positionnement politique se limite à rêver d’une vie dans une île semi-déserte tandis que le reste de l'humanité crève sous le feu nucléaire. Je répond donc, en m'embrouillant, un truc du genre "Oui, enfin... non, vous voyez, je suis pas étudiant, enfin... euh... sinon ils sont nombreux, oui, il y a le lycée St Sernin qui vient de les rejoindre, les facs ça se calmait un peu, mais si les lycéens se rajoutent, on verra ce que ça donne." Un gros sourire se dessine sur son visage, et sur celui de sa femme, ou conjointe, ou concubine, etc. "AH, c'est bien, c'est bien, comme ça il y aura le bordel partout, faut qu'il ya ait le bordel!" Pardon? Je fais un sourire parce que je ne suis pas sûr d'avoir bien compris. Je m'attendais, d'un des groupes sociaux qui risque d'être le plus chouchouté par Sarkozy, un discours plus proche du bande-de-fainéants-quand-est-ce-qu'ils-vont-se-mettre-travailler! Eh ben non, ils sont à gauche. Enfin, il me semble, mais bon, la cohérence idéologique, eh, c'est pas toujours ça.
Les univers parallèles qui se croisent, ça déstabilise toujours un peu l'ordre des choses. Les protocoles d'action qui règlent le train train quotidien de nos vies ne contemplent pas cette possibilité, ou la contemplent imparfaitement, d'où un savoureux flou anxiogène.
Ceci est particulièrement vrai lorsque c'est des institutions parallèles qui se croisent. Parce que les individus, on commence à être habitués à nager dans plusieurs fleuves en même temps. La montée des communautarismes, la balkanisation de la France, le repli identitaire, je n'y crois que très moyennement. Nos modes de vie limitent le repli : les problèmes sont plutôt dûs aux grands écarts et aux contradictions internes que suppose la superposition de systèmes de valeurs en théorie incompatibles et en pratique rafistolés. C'est Marc Renton qui le disait déjà en 95 : soon there won't be skins, or punks, or pakis, only jerks. Ou un truc comme ça.
Par contre, les institutions, elles, ont un marge de manoeuvre bien plus limité. Aujourd'hui on démarchait pour la gay pride auprès de nouveaux partenaires. À l'assoce, le mot d'ordre depuis plusieurs mois, c'est ouverture : fini de faire les choses entre pédés et guouines, faut intégrer des acteurs extérieurs. Et pas seulement les cinémas Utopia, la librairie Ombres Blanches, la médiathèque, et telle galerie d'art branchouille, un public que l'on sait déjà a priori sensibilisé. Donc au programme, aujourd'hui, une médiathèque asociative tendance rock crasseux et cheveux longs, et un magasin de bombes et matériel de taggeurs dans l'espoir d'associer quelques graffistes pour un performance life. "Bonjour on est une association LGBT, nous venons voir si on peut établir des partenariats pour la Gay Pride et le festival qui l'entoure". Silence poli mais circonspect. À la médiathèque, le jeune grungy derrière le comptoir décide de nous faire visiter les lieux. Hum. Je me demande comment va réagir l'homo pomponné et parfumé dans un endroit décoré de planches de Crumb, Shelton et Burns. Va pas falloir rater ça. Au magasin de graff, la réaction est un peu plus froide, du moins au début. Le vendeur a du mal à cerner notre projet, qui, avouons-le, est assez flou. On lui montre les programmes des autres années, il jette un coup d'oeil et s'empresse de tourner les pages un peu olé olé avec les pubs des services de rencontre. Il n'arrête pas de demander des précisions sur le contenu du graff à faire, je suppose que pour être rassuré. De quoi a-t-il peur? D'un truc trop culcul la praline du style faut-s'aimer-les-uns-les-autres-et-être-gentils? Ou alors de devoir dessiner deux hommes entrain de s'embrasser? Problème, on était plutôt partis sur une sorte de carte blanche à l'artiste, concept qui ne semble pas le séduire des masses. On se quitte cordialement, promesses de se recontacter, affaire à suivre.
Il y a deux mois, on discutait avec Napinapo, pour une fois assez calmement, des avantages fiscaux que deux "collocataires" comme Spirou et Fantasio, engagés dans un projet de vie commune à long terme (bientôt leurs noces de diamant!) gagneraient à se Pacser.
Désormais, avec la publication du "tombeau des Champignac" la relation est plus officielle. Non qu'ils aient signé un quelconque papier officiel, ou demandé l'exil en Espagne ou aux Pays Bas, nos deux héros ne croient à cette institution bourgeoise et liberticide qu'est le mariage. Mais ce n'est plus un secret pour personne que Fantasio est plus qu'un "collocataire" :
Faut apporter une petite nuance : il s'agit d'un one-shot, dans lequel on invite deux auteurs à exprimer leur "point de vue" sur le héros, et qui n'est donc pas contraignant pour la suite. C'est du Yann en plus, qui, avec Bob Marone, avait déjà fait un détournement en mode pédé du célèbre aventurier (à une époque où le sujet était bien moins banal), et dont les Innomables sont... waaaah... indiscriptiblement jouissifs. C'est d'ailleurs assez étrange de retrouver son style d'humour dans un album Spirou, je ne saurait dire si ça colle vraiment. Probablement le gag le plus réussi est un clin d'oeil dans lequel Fantasio, qui par l'angle de vue choisi semble être dans le même lit que spirou, entrain de s'écrier qu'il a oublié de mettre la capote (de la voiture, bande de petits pervers!) :
Le foyer familial immuable, repère solide, digue courageuse sur laquelle viennent se briser les vagues et les tempêtes de l'existence, je connais pas.
Chaque retour à Barcelone c'est le constat d'un changement. Dans ma famille, bien sûr, mais aussi dans la ville. Hier soir je descendais les Ramblas avec N, il n'était même pas 11 heures, mais toute la population nocturne du vieux centre était déjà sur place. Les bandes d'anglais torchés gueulaient, les prostituées blacks aguichaient, les vendeurs clandestins pakistanais se prommenaient avec leurs packs de bière ou se faisaient confisquer la marchandise par des policiers ravis d'avoir de l'alcool gratos.
Puis au milieu de ce petit monde plus que familier, une petite nouveauté vient s'immiscer. Devant nous, à quelques metres, trois pakistanais, plutôt bogosses, arrêtent deux jeunes anglaises bien rondes et de cette laideur extrême typiquement anglo-saxonne. Le plus osé prend la main de la plus grosse, lui lance un regard bambi et, d'une voix miéleuse, nuancée par son accent indien, il fait un "pleeeeease, i'm alone tonight, take me home with you, beautiful girl".
Et beh je comprends maintenant pourquoi autant d'anglaises organisent leur enterrement de vie de jeune fille ici. L'argument de l'alcool bon marché, souvent avancé, mais qui ne resiste pas une comparaison objective des prix, ne m'avait jamais convaincu.
Desormais je sais que les vieux espagnols vont à Cuba, les jeunes américains à Tijuana, les pervers à Bangkok, les homos à Mikonos ou Marrackech, et les anglaises laides à Barcelone.
Asbel, prince impérial de Péjite, qui le lui gentiment prêté.
Il fallait que le surnom renvoie à un des personnages qui ont bercé mes nuits d'ado et de jeune adulte.
Ça aurait pu être aussi :
L'Homo Asbelus a son Oueb-univers :
L'Homo Asbelus aime les statistiques :
Don JOSÉ MARÍA AZNAR LÓPEZ, retraité, ancien président du gouvernement, ancien inspecteur des impôts, légionnaire du Christ et dépositaire de la mémoire du Caudillo, emploie dorénavant son temps libre et ses dons en comptabilité à surveiller mes visiteurs :
Il profite aussi de sa retraite pour bûcher son anglais. Jugez-en vous même :
L'Homo Asbelus aime la musique :
Pochettes clickables...
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"E'pain is different" (dixit Manuel Fraga, un jour où il était inspiré.)