Alléluia! Que les Dieux soient loués! Que le champagne et la coke coule à flot! Défilé de putes et de chaperos à la maison!
Hier matin, 9 h 30, après une nuit blanche à rentrer les dernières corrections, vérifier toutes les mises en pages et terminer tous les index, j'ai déposé le fichier thèse_définitive.pdf à la reprographie.
Une page de la vie du Asbel est en train de se tourner, un exercice d'introspection s'impose, c'est l'heure du bilan. Quelle expérience enrichissante que de faire une thèse! Que de nouvelles compétences acquises! Quel apprentissage intellectuel!
Quatre ans et une infinité d'heures enfermé dans une chambre, devant un écran, me séparent de cet être, dans lequel je ne peux désormais me reconnaître, qu'était Asbel le jour où il s'est inscrit en Doctorat.
Et dire qu'à l'époque, en 2003, je n'avais pas d'ordinateur, je savais vaguement qu'il existait un truc appelé internet, et les nouvelle technologies ne m'intéressaient guère (pour tout dire, je n'avais même pas de téléphone portable) !
J'étais perdu, un marginal hors de la société, mais grâce à la thèse, j'ai retrouvé le chemin du XXIème siècle. En effet pendant ces quatre ans, j'ai pu :
1) Devenir un pro-du free-cell. Je vous nique tous, quand vous voulez, où vous voulez. La dernière fois que j'ai dû perdre une partie, Villepin allait redorer le blason du chiraquisme.
2) Devenir, depuis que j'ai Vista, un pro du Mah-jong. Pour être sincères, le processus n'est pas achevé, quelques subtilités m'échappent encore. Dommage, une année ou deux de thèse en plus et je vous niquais tous.
3) Tenir un blog (sauf ces derniers mois, où c'était un peu plus tendu du sgueg) et bidouiller du HTML.
4) Finir 598ème au jeu en ligne Travian.
5) Devenir un branleur, au sens littéral du terme. La pédépornosphère n'a désormais plus de secrets pour moi.
Je peux donc tourner cette page avec la satisfaction du travail bien accompli. Nulle doute que mes futurs employeurs sauront apprécier à sa juste valeur ces compétences laborieusement acquises.
Vous aussi, gens de gauche, gens de droite, mais surtout français, soucieux que le navire-patrie tienne le cap dans cet océan débridé qu'est ce début de siècle, pouvez aider notre bien aimé grand timonier dans les moments difficiles qu'il traverse, en participant à ce sondage (c'est sur la colonne de droite) qui ne manquera pas de l'aiguiller.
J-134 avant les elections générales en Espagne.
Trop bien! Après avoir anxiogénisé à fond pendant 5 mois l'année dernière, Présidentielles obligent, je pourrai à nouveau me remettre à carburer à l'angoisse! Parce que y a pas à dire, m'imaginer une seule seconde que la Parti Populaire puisse retourner aux manettes, suffit à me filer un stress monstre.
Pourtant, je ne sais plus qui a dit que le stress et l'angoisse, c'est la peur de l'inconnu, de l'incertain. Or je peux prédire étape par étape comment va se dérouler cette campagne.
À droite, ça va commencer dur, en train de crier au complot rouge-séparatiste qui menace l'Espagne catholique éternelle. Enfin, peut-être pas dans ces termes (même si les plus hardcore ne se gêneront pas), mais, derrière les euphémismes, ça reste l'idée.
À gauche, ça va commencer mou (je sais, c'est presque un pléonasme pour les socialistes) : références à la pluralité de l'Espagne, au respect de la diversité, aimons-nous les uns les autres et faisons-nous pleins de calins.
Du moins en façade. Parce qu'au bout d'un moment, la bisounours attitude, ça va les mettre un peu en difficultés, et comme ils ont quand même pas envie de perdre, par-ci par-là ils commenceront à lâcher quelques tacles, du genre, rappeler l'intervention en Irak et les attentats du 14-M.
Scandale! Instrumentalisation des morts! Tout le monde prendra la mine la plus affectée et le ton le plus grave (le bal des faux-culs commence) pour parler de ce sujet sérieux. Il n'est pas beau ce thème de campagne? Intrumentalisation des morts. Offense à leur mémoire. Un thème bien porteur de pathos comme on les aime. Je suis sûr que Ségolène est verte de jalousie. Je l'entends déjà, "ces morts, je les ai là, chevillés au corps".... Et même Sarkozy, vous me direz, je l'imagine bien en train de simuler sa mine contrite des grandes occasions. À côté de ça, les enfants handicapés du débat télévisé, ça pèse pas lourd.
À ce niveau de la campagne, le débat idéologique sera aussi pauvre qu'en France l'année dernière, et la violence verbale, infiniment supérieure (si, si, je vous assure, c'est possible, pensez que nous on est allés jusqu'à s'étriper sauvagement). C'est là que, pour finir de décrisper l'atmosphère, les indépendantistes ou l'Église lâchent une bonne grosse connerie.
Puis on va voter.
Le pays est parfaitement divisé en deux, ça fait du 40 % pour les uns, 40 % pour les autres, mais comme la droite n'a pas d'amis parce qu'elle pue du cul, c'est les socialistes qui restent au pouvoir.
Et moi je peux arrêter d'anxiogéniser.
Je discutais à l'instant sur la grève des internes avec ma femme de ménage (Oui, bon, épargnez-moi vos sarcasmes du genre horrible-patron-bientôt-tu-voteras-à-droite, à chacun ses priorités, et je suis prêt à me nourrir exclusivement de pates au ketchup pour me payer ce petit confort). Donc je discutais avec elle, puisqu'elle venait de se faire tendre un tract par les grévistes mais avait néanmoins refusé de signer leur pétition. Elle ne comprends pas tous les enjeux, donc préfère s'abstenir, et me demande ce que j'en pense.
De mon côté, je ne peux que ressentir de l'empathie envers ces internes. Je suis sensible au discours préconisant des mesures incitatives plutôt que coercitives, et à la dénonciation du désengagement de l'État. Dans un terrain similaire, j'ai toujours pensé que les système de mutations de l'Éducation Nationale était injuste et cruel, une épouvantable machine bureaucratique stalinienne broyeuse de vies, de couples et de familles (vas-y Manu, j'attends ton couplet sur la nécessité d'assurer l'égalité sur tout le territoire), en partie responsable du fait que les profs sommes les meilleurs clients des H.P et de l'industrie pharmaceutique. Je ne peux donc que souhaiter aux internes en médecine d'être épargnés de ce destin.
Je tente de lui expliquer ma position, mais je finis par constater l'ampleur de la Sarkosysation des esprits. Elle commence par me rétorquer que bon, elle, elle préfère être pour que contre, et qu'elle a l'impression que ces gens là sont contre. Peu importe le complément prépositionnel qui suit, l'essentiel est donc d'être pour : la préposition se transforme en adjectif qualificatif rassembleur.
Je retourne donc le problème et lui montre, tract à l'appui, qu'ils ont aussi de nombreuses propositions, qu'eux aussi c'est des gens pour, donc des gens bien. "Boudu, ça va coûter cher tout ça! Vous imaginez, toutes ces dépenses!". Et je me dis qu'à ce niveau là d'endoctrinement, c'est foutu. Qu'une personne dans une situation vraisemblablement précaire, qui de toute évidence n'arrive pas aux revenus minimums pour être imposable, et qui dépend donc absolument de l'État pour les questions de santé et de retraites, puisse évoquer le problème des dépenses publiques face aux coups portés au système de santé, ça me dépasse. Puis je comprends. Elle finit par me demander, en effet, si ces dépenses, c'est nous, ou si c'est l'État qui les prend en charge. Je suis désarmé face à une telle candeur, mais je comprends. C'est juste ce mot, dépense. Il fait peur, il touche à l'intime, il évoque bien davantage les factures en retard que les réalités complexes qui président aux choix budgétaires du gouvernement. Et les humains nous fonctionnons comme ça, par cristallisation d'angoisses autour de certains mots.
Boudu les internes! Ça laisse songeur toute cette agitation... Ils ne sont pas en grève souvent, mais quand ils y sont, ça y va. Et voilà que je t'investis le capitole tous les jours, et voilà que je te lance mes plus belles filles distribuer des tracts, et que je te fais un footing, et que je te fais venir la camion du don du sang et que je m'agite dans tous les sens pour avoir l'air hyper-motivé.
Et je repense aux manifs anti-CPE, et à l'incapacité des profs de ma fac, tout au long de ces deux mois, à organiser UNE seule action. Alors que nous étions plusieurs centaines dans les AG du personnel à voter la grève. Et dans le secondaire, ce n'est guère plus reluisant. Mes amis dans les syndicats enseignants me racontent que le moindre tract, surtout s'il est unitaire, devient un casse-tête insurmontable.
On pourrait finir par une idiotie libérale du genre "force des structures nouvelles, inertie des vieux systèmes". Mais en fait non. C'est juste que les profs sommes des polyopathes de l'action. Des vrais. et que nous finirons tous en HP.
Voilà, c'est fait, je suis inscrit sur les listes électorales pour les municipales toulousaines.
Paradoxalement, je décide de participer à la vie citoyenne française à un moment de ma vie où je ne cesse de caresser l'idée d'un retour à Barcelone.
Outre les raisons objectives de cette nouvelle lubie (au bout de presque 10 ans, je commence à me sentir à l'étroit à Toulouse, mais je n'ai aucune envie d'aller vivre à Paris), une raison plus profonde m'est apparue.
J'ai peur de devenir un vieil émigré aigri.
Je ne les comprenais avant, les vieux exilés républicains et les moins vieux, et même les carrément jeunes embauchés par Airbus, qui tout en habitant Toulouse, continuaient à vivre espagnol, manger espagnol, sortir espagnol et penser espagnol. La nostalgie, très peu pour moi.
Maeren affirmait, il y a quelques jours, qu'il ne se sentait pas citoyen du monde, ni même européen, qu'il était simplement français, que la culture française avait imprimé sa marque indélébile sur tous ses schémas de pensée. Je tente le même exercice d'introspection, mais en vain. Je n'arrive pas à définir quels sont mes schémas du monde, ni ma représentation du réel, tellement elle est fluctuante. Impossible donc d'établir s'ils sont plutôt franco-compatibles ou hispano-compatibles. Déjà faudrait pouvoir la définir, l'isoler, cette culture française ou espagnole pour savoir si je m'y reconnais. Mais intuitivement, j'arrive à cette conclusion : au-delà de la reconnaissance ou de l'identification, concepts très souvent répétés mais qui continuent à m'être étrangers, je réalise que je suis infiniment plus indulgent avec ce qui relève de l'hispanité.
C'est peut-être ça, le sentiment national, l'indulgence, au sens où malgré tous ses défauts, on sera toujours indulgents avec sa famille, parce que quelque part, c'est aussi être indulgent avec soi-même.
Les espagnols sont hystériques, polytoxicomanes, jemenfoutistes, et ont une facilité impressionnante pour se disputer entre eux et même pour s'entre-tuer sauvagement. Difficile de s'identifier. Mais j'ai grandi dedans, je sais gérer. Ces défauts, je les vois, je peux les analyser rationnellement, mais ils me touchent à peine. Au pire je pique une colère qui sera vite oubliée. Je suis indulgent.
Or si le sentiment national relève des relations familiales, la vie à l'étranger, comme le posait la très belle métaphore de Satrapi, relève elle de la relation amoureuse. Avec tous ses stades : découverte, drague, passion, épanouissement, phase un peu plan-plan pépère, et enfin, irritation permanente. Les défauts qui au début faisaient les charmes de l'autre finissent par devenir insupportables. Rien de très grave, pourtant, mais la vie commune finit par leur octroyer des dimensions exagérées.
J'en suis pas à ce stade mais.... Il faut dire qu'il y a un peu de laisser aller dans l'air ces derniers temps, ce pays ne fait plus grande chose pour me séduire. Je subis le débordement dégoulinant de patriotisme depuis les présidentielles jusqu'à la coupe du monde de rugby comme une agression sans cesse renouvelée. Je n'y peux rien, c'est mes réflexes pavlov de catalan : impossible d'imaginer à Barcelone un tel étalement de drapeaux espagnols (déjà il faudrait que l'Espagne gagne quelque chose, et comme ça ne risque pas d'arriver...).
Le problème, au fond, c'est la possibilité de désolidarisation, bien plus difficile dans sa terre natale : dès que ça tourne mal, on peut toujours se dire, cela ne me concerne pas, je ne suis pas français. Mais si ça ne me concerne pas, qu'est-ce que je fous ici?
Asbel, prince impérial de Péjite, qui le lui gentiment prêté.
Il fallait que le surnom renvoie à un des personnages qui ont bercé mes nuits d'ado et de jeune adulte.
Ça aurait pu être aussi :
L'Homo Asbelus a son Oueb-univers :
L'Homo Asbelus aime les statistiques :
Don JOSÉ MARÍA AZNAR LÓPEZ, retraité, ancien président du gouvernement, ancien inspecteur des impôts, légionnaire du Christ et dépositaire de la mémoire du Caudillo, emploie dorénavant son temps libre et ses dons en comptabilité à surveiller mes visiteurs :
Il profite aussi de sa retraite pour bûcher son anglais. Jugez-en vous même :
L'Homo Asbelus aime la musique :
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"E'pain is different" (dixit Manuel Fraga, un jour où il était inspiré.)