Asbel aime les gens, la vie, la réfondation et le tajine agneau
Hier soir on avait rendez-vous chez l'avocat du diable pour s'exploser le bide entamer ce vaste chantier de reconstruction qui va nous mener, nous, peuple de gauche, vers des lendemains radieux.
On a ainsi beaucoup refondé autour de deux grosses assiettes de poissons frits. On a pas mal rebâti devant un délicieux tajine pruneaux (même si les dits fruits manquaient un peu de jus). On a renouvelé nos pratiques en partageant un clafoutis pomme-prunneau. La séquence d'auto-critique, par contre, ça sera pour une autre fois : tout était tellement bon qu'on n'a pu que se répandre en éloges devant une campagne de séduction de nos papilles gustatives aussi rondement menée.
PS : Trop de reconstruction tue la reconstruction. J'ai eu mal au bide toute la nuit.
Devant la tombe de ses parents, une jeune fille explique à un cadra les circontances de leur mort.
Avec ce ton inimitable des mangas d'aujourd'hui, qui réussit à allier dans la même voix candeur enfantine et blasage absolu, elle raconte que c'est l'armée qui les a tués, qu'elle connaît l'assassin, qu'il s'agit de quelqu'un de bien, et que c'est ça qui est triste : on ne peut rien faire.
Le cadra répète, sentencieux et blasé au delà de l'humainement concevable. C'est ça qui est triste. On ne peut rien faire. On ne peut rien faire. On ne peut rien faire.
L'inutilité de l'action est une nouvelle fois répété comme une litanie à des enfants japonais trop vieux dès leur naissance.
Significativement, c'est dans les mangas pour filles que cette soumission au destin est le plus lisible, mais elle semble contaminer lentement les productions destinées à un public plus masculin. Qu'on est loin de la hargne quasi malsaine d'un Olivier devant la cage aux buts ou de la parfaite adéquation entre pensée et action d'un Son Goku!
C'était les années 80, on pouvait encore changer la vie. Place aujourd'hui à la fatalité, au sentiment tragique de la vie, qui sied aussi bien au Japon qu'à notre Europe croulante, repliée et xénophobe.
Asbel aime les gens, la vie, le sordide et la truculence
Quant on n'habite pas dans le nombril du monde à Paris et qu'on a déjà fait et refait les musées et expos de sa ville, faut redoubler d'imagination pour trouver comment ne surtout pas travailler sur sa thèse de quoi occuper une morne après-midi de pentecôte. Avec D, on décide de s'inscrire à une visite guidée qui a pour titre alléchant "Toulouse à travers ses grandes affaires criminelles". Excellente idée. La guide, outre ses connaissances historiques solides et ses évidents talents d'oratrice, affiche un goût certain pour la truculence qui sied bien à la thématique de la visite. Il est surtout question d'assassinats, exécutions et tortures de protestants et protestants-friendly, la ville rose étant, je l'ai appris hier, un concentré de fanatiques catholiques bien au-delà des standards déjà assez hardcore de l'époque. Quelques pédés aussi, des sorcières et des maquerelles, et beaucoup d'histoires de famille, qui constituaient apparemment un tiers des affaires criminelles traînées en justice. Dans ce large clan qu'était la famille sous l'Ancien Régime, dès qu'un élément s'avérait menaçant, hop, bouillon de minuit et au fond de la Garonne. Parricides et infanticides à gogo. Alors que je nage en plein XVII siècle avec l'histoire de la très belle Violante dont les nombreux amants complotèrent pour supprimer l'encombrant mari, il se met à grêler, un bon orage de Mai comme on les aime. Tant mieux : il paraît que les savoir s'enregistrent mieux quand ils sont liés à une forte charge émotionnelle, et je ne suis pas prêt d'oublier ni la belle Violante, ni la grêle menaçante.
Grosse agitation aujourd'hui sur GA, autour de ce sujet éminemment polémique chez les homos qu'est la Gaypride. Post ultra-provocateurs d'un côté, du genre, "mais jusqu'à quand va-t-on laisser des follasses dégénérées décider de notre image face au reste de la société?", de l'autre côté, réactions indignées et appels à la tolérance. L'ensemble est très convenu, et manque cruellement d'originalité (enholio et Didou 91 croient-ils vraiment être entrain d'affirmer quelque chose de nouveau, de révolutionnaire?)
Au milieu de tous ces poncifs, un argument intéressant. Orfeo constate la façon dont la tranche d'âge dans laquelle on se situe semble influer sur les positions adoptées. Il en tire une sorte de querelle des anciens et des modernes : la nouvelle génération serait davantage désabusée, elle n'a pas connu autant de discrimination, elle aspire à un changement de moeurs.
Foutaises! En regardant l'histoire, on voit bien que ce mythe de la "nouvelle génération" n'est qu'une supercherie. Les ados, les très jeunes adultes, restent d'une navrante constance dans les comportements affichés. Sous leurs airs faussement rebelles, les ados sont les créatures les plus conformistes qui soient. Je l'étais il y a pas longtemps, je m'en souviens. Ils sont complètement obsédés par le regard que l'on porte sur eux (car c'est bien connu, le monde tourne autour de leur joli nombril). En manque d'affection depuis qu'ils ont commencé à couper le cordon ombilical, ils recherchent en permanence l'approbation d'autrui, et en premier lieu, évidemment, de leurs pairs. Leur sens du ridicule est hypertrophié, signal d'un narcissisme lui-même débordant.
Est-ce donc si surprenant qu'ils ne supportent pas l'image véhiculée par la Gay pride? Leur petit égo est menacé, leur relation névrotique au regard d'autrui mise en danger. Heureusement, le remède est simple. Avec l'âge, ils deviendront nuancés, et comprendront que le ridicule, finalement ça ne tue pas. Au contraire, la censure au nom du ridicule, c'est l'arme massive de soumission à l'ordre établi, donc soyons ridicules!
Annexes : le désabusé post de Matt, le beau post d'herminien, et le synthétique pheel.
En lisant le synopsis sur Allociné je me dis, tiens, une mère qui perd son fils, une histoire de deuil, bref, un Tout sur ma mère à la sauce française. Eh Beh non, en fait pas du tout, c'est plutôt l'inverse.
Déjà, et j'en suis grandement reconnaissant à Gael Morel, le fils en question il meurt tout de suite. On se gâche pas ainsi le premier quart d'heure du film en attendant la mort annoncée d'un des personnages.
Ensuite, finalement c'est plus d'un anti-deuil dont il s'agit ici. Autant Cecilia Roth commençait au fond du trou et se rétablissait le long du film, autant Catherine Deneuve, là, elle sombre lentement dans la folie. Peut être même que le thème principal du film ce n'est même pas le deuil, mais la folie. C'est en tout cas ce qui lui donne sa force dramatique, cette tension constante entre la volonté d'adéquation aux normes sociales (et Morel n'a pas chois une bourgeoise étriquée pour rien) et l'adoption progressive de comportements de plus en plus zarbis.
Sur ce point le film ne peut que me parler. Je n'ai que trop assisté dans ma vie et dans ma famille en particulier à ce genre de décalage, de grand-écart.
Asbel aime les gens, la vie, et Les chansons d'amour
Voici un film qui irritera sûrement Manu. Peut-être aussi El Pibe, bien que pour ce dernier, la supposition soit plus qu'hasardeuse. Il irritera en tout cas tous ceux que le nombrilisme parisien irrite, à savoir, un bon paquet de gens.
Mais pas moi. Le film, s’il ne m’a pas emporté, m'a du moins surpris. J'avoue, je ne m'attendais pas à ça. Avant de me plonger dans le noir de la salle, je n'avais rien lu, rien vu, rien entendu. Seul quelques vagues extraits à la télé m'avaient donné envie de me déplacer. J'imaginais déjà un film romantique, jouant essentiellement sur le registre de l'émotion, avec jeunes bobos en manteau noir et écharpe rouge, en plein spleen, qui verseraient de grosses larmes de désespoir le long des quais de la seine sous la grisaille parisienne. Un film où je pourrais pleurer du début jusqu'à la fin, à l'aide de chansons sadiquement placées pour souligner les moments dramatiques forts.
Et beh je l'ai eu dans mon cul, Lulu. Je comprends très vite que le ton, le diapason sur lequel on a accordé le film, c'est pas Love Story. Les sentiments n'y sont pas montrés, mais ils y sont verbalisés, par un discours qui se veut littéraire, donc doté d'une certaine opacité entraînant une distance réflexive. Pas d'adhésion immédiate, pas d'identification, mais une mise en perspective critique des faits racontés, d'autant plus surprenante qu'elle s'accompagne de musique, élément formel qui a priori n'incite pas vraiment à la réflexion. C'est ce qui donne au film cet air Nouvelle Vague. Les citations visuelles à Truffaut et à Demy sont tellement nombreuses et tellement évidentes que j'en relèverait juste une, ma préférée, le plan où Chiara Mastroiani, comme sa mère dans les Parapluies de Cherbourg, se coiffe négligemment d'une couronne en papier.
Or malgré cette mise à distance, j'arrive mal à cerner la direction que veut donner Cristophe Honoré à la réflexion. Je ne saurais même pas dire quel est le thème du film, qui change en fonction du personnage dont on adopte le point de vue. S’agit-il d’un film sur le deuil, et les façons de l’aborder ? Sur les chemins tortueux qui mènent à assumer sa sexualité ? Sur le contraste entre le délitescence amoureuse et la passion des premiers jours ? Ou tout à la fois ? La conclusion n’aide guère et se pose en dernier énigme : Aime moi moins mais aime moi longtemps.
Asbel aime les gens, la vie, l'alcool et les fleurs
Soirée d'anniversaire d'El Pibe et de Chiwalou, première fête dans la France de maintenant, première murge en honneur de notre fringant nouveau président. La présence de trois jeunes et affriolantes professionnelles de la santé déclenche l'ouverture du premier chantier du quinquennat : la soirée débute par un débat terminologique autour des connotations qui se dégagent de l'expression "gala d'infirmières". Le rapport détaillé devrait être rédigé dans les prochains jours. Les premiers éléments dont on dispose déjà laissent deviner une conclusion proche du "toutes des salopes". En tout cas, la discussion, qui réunissait des pôles de différentes sensibilités politiques, s'est vu privée de façon prématurée du seul représentant du Modem. En effet, P n'a pas réussi à passer le premier tour : aux alentours de minuit on l'a vu s'éclipser pour tenter de gérer ses 6 mg d'alcool dans le sang millions de voix. Sa réapparition, un quart d'heure après, voulue la plus digne possible, n'a pas fait diversion. Il n'était plus dans le coup, et a fini par s'effondrer sur un canapé se retirer pour entamer une longue traversée du désert.
Asbel aime les gens, la vie, les chats et les fleurs
Mode grognon : OFF
Mode zen : ON
Aussi facile que ça.
Sur le terreau de l'amertume et de l'inquiétude viennent de germer un optimisme et un complexe de supériorité indécrottables.
Exit la peur! C'est comme ça qu'ils nous ont eus. C'est la peur paralysante qui nous a fait investir Ségolène. C'est la peur qui a gonflé les voix de Bayrou.
Mais tout bon dramaturge vous le dira : il ne faut jamais trop faire monter les enchères, ça finit par un bide monstrueux, les attentes du spectateur sont forcément déçues. Ou alors on se la joue à la LOST, mais pour combien de saisons?
Bref, je ne comprends pas de quoi on avait peur. D'un président qui pour sa photo officielle a choisi le photographe de la Star AC? De son gouvernement, que les médias tentent de nous faire passer comme le nec plus ultra, mais qui est en fait d'une médiocrité affligeante? Fillon, malgré les nouvelles intonations qu'il a tentées hier, reste aussi chaleureux et inspire autant de confiance que Norman Bates ou Hanibal Lecter. Seul Juppé pourrait lui disputer le titre de l'approximation la plus réussie à l'état d'esprit d'un glaçon. Pour équilibrer, on nous refourre Kouchner et Rachida Dati, des hystériques et des mégalos notoires, la touche de couleur, de mélodrame (vivement les portes qui claquent et les psychodrames au 20h!). C'est sûr, il en fallait, car si on devait compter sur Hortefeux ou Darcos, avec leur regard de chien battu, pour nous faire vibrer...
Un exécutif quasi chiraquien en somme, il manque seulement Raffarin pour finir de lui ôter toute crédibilité.
Zen donc. C'est vraiment pas avec cette équipe qu'il va tenir quinze ans.
Des points communs entre les sites de rencontre et l'évaluation professionnelle
Après son collègue réac, ce soir c'est à mon tour de remplir un profil psychologique pour mon homme et son bilan de compétences. À la page "potentialités d'action", parmi une liste d'adjectifs (d'ailleurs je viens d'apprendre que les psys, comme mes étudiants, ne savent pas distinguer entre un adjectif, un nom et un verbe) je vois apparaître les choix actif/passif/versatile. Moment d'hésitation, puis confirmation : non, je ne suis pas sur RezoG.
Mon homme, comme tout être normalement constitué (c.a.d, pas de droite), n'aime pas vraiment travailler et c'est son droit. Pourtant, il s'exécute à la tâche consciencieusement, avec un sens aigu du devoir qui lui vient de sa stricte éducation protestante des hauts plateaux. Mais comme faut quand même explorer d'autres sentiers avant de se rendre compte qu'on est devenu vieux et aigri, il a décidé de se faire financer un long et méticuleux bilan de compétences. Je ne vais pas faire mon grognon et mon intolérant et me rabaisser à dire tout le mal que je pense de cette soupe psychologisante appliquée aujourd'hui avec passion au monde du travail. Loin de moi l'idée de qualifier tous les nouveaux services aux entreprises d'arnaque, de vent, de vide intersidéral. De toute façon, c'est pas mon homme qui paye, donc on prendra ce qui est prenable.
Bref, le bilan de compétences, pour ceux qui l'ignorent, consiste en une trentaine d'entrevues avec un psy spécialiste du monde du travail qui va vous aider à découvrir le boulot le plus en adéquation avec votre nature intérieure. Deviens ce que tu es, en résumé. De sa première entrevue mon homme à ramené quelques profils psychologiques à faire remplir par les proches. Il en a réservé un pour le collègue qui occupe le box voisin. Un mec de droite, qui aime les chats et les voitures, et croit fermement que la femme doit obéir à l'homme. J'ai hâte d'assister à la prochaine réunion d'entreprise où les épouses seront invitées pour faire la connaissance d'un si charmant individu.
Mon homme tente de me convaincre qu'il est gentil, je sais désormais qu'il est au moins sincère et pas hypocrite pour un sous. Le profil qu'il a rempli est un condensé désarmant de l'image qu'ont probablement de nous les mecs de droite. Devrait plus faire attention à son image extérieure, essaie trop souvent de s'imposer, cherche à dévaloriser ( il y en a un qui trop lu d'argumentaires sarkozystes avec leur histoire de gauche sectaire et intolérante), et le mieux pour la fin : tendance à appliquer une méthode du "je ne travaille pas plus, mais je veux gagner plus". Surpris, car connaissant le parcours professionnel de mon homme, je lui demande une explication. Il paraît que son collègue avait été choqué lorsque mon homme avait déclaré qu'il ne ferait jamais des heures sup non rétribuées. Injustifiable atteinte à l'ordre établi, au pouvoir de vie et de mort qu'ont sur nous, misérables pécheurs, les bienveillant et miséricordieux patrons. Bref, je confirme à nouveau, les gens de droite vivent dans la stratosphère, sur une autre planète, dans un autre système solaire, dans un autre univers.
Voilà, dernière surveillance, dernier paquet de copies récupéré. Maintenant, faut les corriger mon grand. Reste à savoir comment. Dans cette France d'après, cette France de la rupture, du renouveau, de la refondation, où toutes les vieilles pratiques, les vieux carcans vont être enterrés au profit d'une nouvelle façon de faire les choses, la question de la méthode de correction doit nécessairement être soulevée. Je ne vais quand même pas m'enfermer dans mon bureau avec un stylo rouge à la main, souligner les fautes, établir un barème, et mettre une note à fin! Ça serait tellement peu France d'après!
Alors j'hésite. Je me verrais bien apliquer des préceptes ultralibéraux et délocaliser ma correction en Chine. Avec le temps économisé, je m'offre volontaire pour davantage de corrections et je finis par monter une agence d'import / export d'examens. Pour éviter les protestation lors de la consultation des copies (Monsieur, mais pourquoi il y a des idéogrammes chinois dans la marge?), je monte les étudiants les uns contre les autres. Ceux qui ont le niveau le plus faible, je les rends responsables des résultats de l'ensemble. Après tout, ils ralentissent mes cours et m'empêchent de boucler le programme! Une fois que le lynchage des loosers aura calmé les esprits, je m'occupe des plus forts, je leur fait miroiter cette histoire débile du mérite, et je leur demande de préparer mes cours pour l'année prochaine. Alors qu'ils passent l'été dans des bibliothèques, je me la coule douce à Malte. Ça le fait, non?
Ou alors je me la joue rénovation socialiste. Je fais une correction participative. Je réunis la classe, je leur demande de commenter quelques copies, je les écoute, puis je rentre à la maison, et je mets des notes au piff, sans lire les copies, of course. S'ils protestent, je rétorque que je les ai écoutés, que je sais ce qu'ils veulent, que les notes attribuées correspondent bien à leurs désirs d'avenir. Et ceux qui ne sont pas contents (qui seront nombreux), ils n'ont qu'aller voir en face. S'ils pensent que les chinois vont être plus indulgents!
Sinon il y a la variante soc-dem aussi. Plus de barème (beurk, carcan, loi, caca!). Je passe des pactes avec mes étudiants. Je contractualise la correction. Je négocie. Je responsabilise les étudiants : la fac, ce n'est pas de l'assistanat! Mais comme les négociations tournent mal, et que malgré tout, c'est moi le prof, c'est moi le plus fort, c'est moi qui décide, faut pas déconner, je finis par leur mettre quand même des notes au piff. S'ils protestent, j'invoque une rupture de contrat. Ou un vice de procédure. Alors qu'ils passent leur été à se plaindre auprès des syndicats étudiants, je me la coule douce à Malte. Ça le fait aussi, non?
Shakespeare, la victoire du grand mal, et le terrorisme sentimental
Lundi, c'est caprice et consommation débridée, histoire de participer un peu à ce type de bonheur qu'il paraît va bientôt submerger les Français. En rentrant de la fac, je repense à la troublante représentation du Roi Lear de la semaine dernière, et je m'arrête chez Ombres blanches Virgin, d'où je ressort avec l'intégrale des éditions et de la critique contemporaine de Shakespeare une niaiserie qui m'avait bien plu à sa sortie en salles, Shakespeare in Love.
Le soir, j'impose ça à mon homme, à qui j'ai interdit tout visionnage de chaînes d'information continue en ma présence depuis la victoire de l'autre con (loin des yeux loin du coeur), et nous voilà partis en voyage pour une heure et demi dans un monde sarkofree, politiquefree, et bonssentimentsfull. J'adore! Petit clin d'oeil à la communauté homo que je n'avais pas repéré la première fois, Cristopher Marlowe est interprété par Rupper Everett, association improbable entre le paradigme de l'homosexuel ténébreux et canaille comme on les aime, à fin tragique, et le gay gendre idéal propre sur lui.
Bref, passons. Le film reste absolument efficace. Pourtant, il fait constamment appel à la technique la plus grossière du cinéma américain : l'apparition dans la fiction d'un public qui est censé montré aux vrais spectateurs comment réagir à chaque scène. Je ne supporte pas qu'on me dise ce qu'il faut ressentir. Dans Spiderman 3, ces abrutis entrain de regarder les combats au lieu de s'enfuir comme tout être doté de raison et voulant persévérer dans son être, abrutis qui je suppose voulaient emporter mon adhésion et mon identification immédiate, avaient le don de m'irriter et d'instaurer une distance déplaisante entre moi et l'écran.
Dans Shakespeare in Love on retrouve les même premiers plans sur les visages émus des spectateurs, mais ça passe sous couvert d'exploration d'une thématique dont la simple évocation a le don de tout me faire pardonner : le pouvoir rédempteur des mots, de l'écriture, de l'art. Comment ne pas fondre à la vue de l'enthousiasme du mafieux devant la pièce qu'il décide finalement de financer? Ce n'est pas pour rien qu'un film aux effets aussi faciles que Cinema Paradiso a le don de me faire chialer comme une madeleine. Juste en écoutant la bande son je chiale, c'est dire. Une vrai midinette je vous dit.
Tous à Barcelone m’ont présenté leurs plus sincères et chaleureuses condoléances. Faut dire que la campagne française a été suivie de près. Plus que d’habitude, et pourtant, la place qu’accordent les JT et la presse espagnols à l’International est déjà impressionnante à côté du nombrilisme des infos en France.
Du coup, c’est rigolo, on retrouve quelques éléments de la politique française dans notre campagne municipale. Pas au sommet des partis, à Madrid, où la droite tente d’imposer un référendum anti-socialiste. A les écouter, il paraît désormais qu’on est les esclaves dociles et soumis de l’ETA, que l’Espagne est dirigée par quelques encagoulés des montagnes basques, et qu’on a vendu notre âme au diable dans un pacte faustien. Face à ces attaques, les socialistes sont mauvais de chez mauvais, gênés, mal à l’aise, ils temporisent. C’est bien les socialistes ça, incapables d’assumer quand on fait des choses vraiment bien et vraiment à gauche, du style les 35 heures. Mais qu’est-ce qu’on attend pour leur dire que OUI on est en discussion avec l’ETA, OUI, c’est la seule façon de résoudre le conflit et que de toute façon, on est au gouvernement, donc fermez vos gueules, comme on l’a fait avant vous, car dans ce pays, depuis l’arrivée de la démocratie, il y avait un pacte tacite comme quoi on ne faisait pas de la polémique politicienne sur la lutte anti-terroriste ?
Mais les malheurs n’arrivent jamais tous seuls. Les nationalistes catalans, en perte de vitesse depuis une bonne dizaine d’années, ont décidé de se recentrer clairement à droite. Du coup les mots immigration et sécurité viennent de faire leur entrée dans le débat politique. Petit choc personnel, moi qui jusqu’à présent avait l’impression naïve que la Catalogne était un oasis préservé au milieu d’un désert hostile. Je savais les catalans passablement racistes, mais par je ne sais quel miracle, ce sentiment n’avait pas trouvé de traduction politique. Mais aujourd’hui Mas, chef de file des nationalistes, vient de prendre des notes auprès de Sarkozy. Il a décidé d’être sincère, de « briser la langue de bois politicienne » et d’appeler un chat un chat. Il paraît que Barcelone serait un nid de yihadistes, les troisième sommet d’un triangle Bagdad/Kaboul/Barcelone. Mais quand est-ce que la gauche va se décider d’une putain de fois à parler vrai elle aussi, à appeler un facho un facho et un fils de pute un fils de pute ?
Ce dérapage serait resté sans conséquences majeures après la prévisible déculottée que les nationalistes vont se prendre aux élections, si le débat n’avait pas pris. Les républicains catalans, qui ont confirmé leur statut de parti à gauche m’étant le moins sympathique, sont eux allés prendre des cours auprès de Ségolène, les malheureux. Leur slogan « pour un Barcelone plus juste et plus sûre » sent bon l’ordre juste de mes couilles, et « pour une Barcelone catalane et universelle » c’est encore de la triangulation de mes deux, du brouillage de pistes, du café pour tous. Tant mieux, une tentation en moins. J’ai encore une semaine pour décider si je vais mettre un bulletin communiste/vert ou un bulletin socialiste dans l’enveloppe.
En temps de disette, on prend ce qu'on a sous la dent. Eh oui je suis faible, je suis doté de la force de volonté d'un morse au soleil, j'ai fléchi, j'ai rechuté, j'ai rompu un serment sacré, je me suis vautré dans le mal : j'ai repris le train. Et comme il arrive dans ces cas là, les retrouvailles ont été glaciales. C'était purement utilitaire, une question d'hygiène. Ma haine envers les deux compagnies ferroviaires reste immaculée et resplendissante.
J'ai expié ma faute, d'ailleurs. Mon châtiment a été proportionnel à l'ampleur de celle-ci. Quand ce matin le réveil m'a douloureusement tiré de mes rêveries alcoolisées, la machine biologique n'a pu être mise en marche qu'au prix d'efforts inconcevables. Toute l'énergie consacrée à tenter de bouger mes jambes a été brutalement retirée à un appareil digestif qui lentement mais sûrement assimilait les litres de bière ingérés à peine deux heures avant. Erreur fatale. Sueurs froides. Alarme déclenchée. Pendant un moment qui me semblera une éternité, je vivrai avec la peur permanente de faire atterrir les deux derniers vodka citrons de l'Arena sur la jupe de la vieille dame assise en face de moi.
7 heures et cinq minutes après, nous voilà à Matabiau. À peine arrivés, et on se fait déjà agresser. Dans le hall, des énormes pubs avec la couverture du Point. "La vague Sarkozy". Arf. Quelqu'un pourrait me rappeler ce que je fous ici?
Suite à une très douloureuse rupture sentimentale, j'ai multiplié les expériences. J'ai ainsi fait dans le golden boy propriétaire de start up qui vient me chercher en gros 4 X 4 clinquant. J'ai aussi fait dans l'italienne extravertie qui me raconte sa vie en long et en travers. Hier, c'était le tour du catalan autiste qui n'ouvre pas la bouche du voyage. Bah s'il pense qu'il va l'emporter à ce petit jeu là! Pa' autista, su servidor! On ne m'appelait pas Otis au lycée pour rien...
Bref, j'attends toujours le riche héritier qui me lèguera sa fortune après un trajet où je me serai montré particulièrement brillant et charmant, le militaire en perm qui voudra s'arrêter sur une aire d'auteroute pour un quart d'heure torride, ou Roschdy Zemje veux ta bite en vacances au soleil.
NE SERAIT CE PAS MERVEILLEUX SI TOUT LE MONDE POUVAIT MOURIR (BIS)
Rahhh, les joies indicibles de la correction! Aujourd'hui, je devais noter des commentaires d'histoire. Il s'agissait d'un texte qui réagissait au coup d'état de Primo de Rivera qui instaura pour sept ans une première dictature militaire d'inspiration fascisante. Et bin le moins que je puisse dire c'est que les étudiants se sont lâchés dans leurs introductions. Première copie, première perle : "Avec son coup d'état, Primo de Rivera veut remettre de l'ordre en Espagne". Deuxième copie : "L'Espagne, entre 1917 et 1923, est un chaos avec beaucoup de grèves et de terrorisme. Pour permettre la croissance, il fallait rétablir l'ordre". Troisième copie : "Les professionnels de la politique étaient responsables de la décadence de l'Espagne, et donc Primo de Rivera décide de les écarter du pouvoir en 23".
...
Puis j'ai rangé le paquet de copies et je suis allé me recoucher. Vous me réveillerez quand le monde ira mieux. Quand le mot ordre aura disparu du dictionnaire, par exemple. Ou dans cinq ans, au choix.
En espagnol on ne fait pas la différence entre pigeon et colombe, les deux étant désignés par le générique paloma.
Enfant, ce mot désignait donc pour moi deux réalités opposées que j'avais du mal à concilier. D'un côté, il y avait la réalité, ce que l'expérience vécue m'avait appris de ces oiseaux. Il s'agissait de petits rats gris qui volaient et qui m'effrayaient déjà lorsqu'il fallait traverser la Plaça Catalunya. De l'autre, ce que l'imaginaire collectif m'avait transmis. Comme j'étais un enfant de la ville, je n'avais jamais vu de vraie colombe. Au même titre que l'unicorne ou que le dragon, la colombe était donc cet animal mythique à la blancheur immaculée, qui avait le pouvoir magique d'amener la paix dans le monde, et que je ne connaissais que par les reproductions des tableaux de Picasso qui ornaient toutes les chambres d'enfant espagnoles au début des années 80. Picasso avait justement appelé sa fille Paloma. Il en fit un célèbre portrait, avec une colombe dans les mains, que toutes les filles de ma classe au collège avaient collé sur leurs chemises.
Jeune adulte, le versant irréel du mot paloma s'enrichit de nouvelles connotations esthético-magiques, renvoyant à une des plus célèbre boîtes de nuit barcelonaises, que je fréquentais sinon assidûment, du moins avec une certaine fréquence. Il s'agissait d'une boîte absolument rococo, avec des angelots dorés sur le plafond et de grands et théâtraux rideaux rouges qui signifiaient l'entrée dans un univers plein de promesses. Après plus de 100 ans de bons et loyaux services à la ville, et une bataille sanglante auprès des tribunaux, des journaux, et de l'opinion publique, la Paloma a malheureusement succombé à l'européisation rapide de l'Espagne. Trop bruyante. Ce jour de l'an fut le dernier.
Aujourd'hui, les rêveries de l'enfance me semblent lointaines et les nuits blanches passées à danser et boire, finies à jamais. Désormais, paloma ne renverra plus qu'à la dure réalité des pigeons se dévorant entre eux, et de la staracadamésition rampante de la politique française, dirigée par un président qui fait du mauvais goût sa bannière.
Le prochain qui me parle de modernité et de rénovation, ou, ce qui revient au même, de has been et de ringard, je lui colle mon poing dans le nez. Existe-t-il en effet de concept plus vaseux que celui de modernité?
C'est comme ces ados que je regarde passer Rue Saint Rome à longueur de journée. Pantalons étroits, coupes longues, t-shirt larges pour les filles, omniprésence du rose et du noir. Il sont revenus 25 ans en arrière et ils se prennent pour le comble de l'avant-garde.
De même, il paraît que Sarkozy incarne la modernité, lui qui, comme le rapelle tous les jours une certaine mémère, a gagné sur un vieux programme des années 80 ("la liberté de travailler" c'était pas le refrain de la ridicule chanson de campagne de Chirac en 81? le mouton dans la baignoire, c'est pas un peu comme le bruit et l'odeur?)
Mais comme les malheurs n'arrivent jamais tout seuls, cette plaie touche aujourd'hui le PS. Le plus-à-gauche-que-moi-tu-meurs post 21 avril s'est tranformé en plus-rénovateur-que-moi-il-y-a-pas. A commencer par les très antipathyques montebourgeois de Renover Maintenant dont on a enfin compris que pour eux, être moderne et rénovateur signifie ne pas avoir d'idées et se mettre derrière le plus fort aux sondages. Mais comment peuvent-ils être encore crédibles, ceux qui voilà deux ans me traitaient de socio-libéral et qui aujourd'hui me réservent le gentil sobriquet d'intellectuel-gauchiste-loin-des-réalités? Pour les ségolénistes, par contre, être moderne signifie apparemment cracher à longueur de journée sur le PS, insulter les éléphants, accuser les vieux cadres de tous les torts de la terre, ne pas avoir d'idéologie non plus (beurk! le gros mot!) mais de la "réactivité" (la solution miracle à tous les problèmes), tellement de réactivité qu'à la fin on sait plus où ils sont. Quant aux Strauss-khaniens, bon, ils ont pour eux, au moins, d'avoir une ligne cohérente et parfaitement lisible. En ces temps de flou idéologique, je leur en suis reconnaissant. Mais comme l'écrivait François Mitterrand sur son blog posthume à propos de DSK, "Cassius sortant du sénat romain et couvert du sang de Jules César devait voir l’air moins félon que lui". Pendant cinq ans, conscients d'être en minorité, ils ont refusé d'aller au front et voilà qu'aujourd'hui ils se sentent en force, il sortent les couteaux...
Qu'on ne me parle donc plus de modernes et de ringards! Désormais, c'est décidé, je cultive ma ringardise comme le bien le plus précieux.
C'est arrivé! Après ce mois d'élections présidentielles où la jalousie me rongeait de l'intérieur, moi aussi, moi aussi je pourrai exercer mon devoir de citoyen. D'ailleurs, j'exige que cette fois quelqu'un m'accompagne à la poste et ponctue mon lâché de bulletin dans la boîte à lettres par un solennel "a voté", histoire de donner un peu plus de tenue à la chose.
Bon, c'est vrai qu'il ne s'agit que d'élections municipales. Pire, d'élections sans vrai suspens, et sur fond d'abstentionnisme et de perte d'intérêt pour la chose politique. Mes amis n'iront pas voter. Même mère n'ira pas voter! Pour la première fois de sa vie, elle qui quand ado je faisais mon apprenti anarchiste, elle me regardait avec tout le mépris du monde : "prends-toi 21 ans de dictature et tu verras si t'iras voter!".
Mais après 30 ans de regne, la popularité de la mairie socialiste à Barcelone est au plus bas. Et pourtant, ils renouvelleront, et largement : Les déçus préféreront aller à la plage plutôt que de se déplacer voter pour convergencia.
Cette démotivation ne touche évidemment que la politique catalono-catalane. Pour les élections espagnoles, on sait très bien qui est notre ennemi, et on se déplace en masse. D'ailleurs, le Parti Populaire risque de perdre plus d'une élection à cause de son déficit chronique de voix en Catalogne. Mais une fois entre nous, le danger du PP écarté, de qui avoir peur? Entre centre gauche fédéraliste et centre droit nationaliste, les nuances existent, mais ne sauraient pas enflammer les foules. Pour aller voter, il faut avoir peur, les présidentielles françaises, comme les élections espagnoles du 14-M l'ont bien démontré avec leur participation massive. Seul la peur peut faire bouger les masses, et en Catalogne, seul les législatives nous foutent vraiment, mais alors vraiment la trouille.
Dans quelques heures, ma fac sera selon toute vraisemblance bloquée.
Autant lundi matin l'ambiance y était crépusculaire, presque satinée, pas un bruit, quelques âmes en peine vaguant dans les couloirs, autant aujourd'hui régnait une fébrilité certaine.
Les anars ont senti un vent favorable. Quel culot! Mon admiration et la sympathie que m'inspireront toujours les mouvements libertaires n'a d'égal aujourd'hui que mon indignation et mon exaspération.
Tout le monde s'est moqué dimanche dernier des tentatives maladroites de DSK de s'imposer à gauche alors que le cadavre du PS était encore chaud. Mais apparemment ce n'est pas le seul à vouloir tirer la couverture vers lui.
On attendait les quartiers, on surveillait les cités, et c'est les anarchistes qui ont devancé tout le monde.
Le tract qu'on m'a tendu aujourd'hui à la sortie du métro est une petite merveille de stratégie politique. Et dire que dans notre imaginaire collectif les anars sont normalement assimilés à des utopistes un peu abrutis et naïfs, privés en tout cas de tout bon sens stratégique! L'erreur vient de cette insupportable condescendance, cet écrasant et aveuglant complexe de supériorité qu'entretient la majorité normative envers toute forme de marginalité.
Les anars (comme les militants du FN, par ailleurs) sont tout sauf bêtes. La gauche est aujourd'hui désemparée, sa jeunesse déboussolée. Peut-on rêver d'un meilleur terrain de chasse aux nouvelles têtes? C'est les seuls d'ailleurs qui ne sont pas concernés par la défaite électorale, ils n'ont jamais cru au vote. Les seuls à pouvoir s'en sortir la tête haute, au milieu de tous ces partis et syndicats qui ont participé à la mascarade, et ils ne se privent pas de leur tirer dessus :
"Ceux qui n'ont pas peur sont descendus spontanément dans la rue le dimanche soir pour qu'enfin une résistance conséquente s'organise. Une résistance débarrassée des illusions de la représentation, sans chien de garde syndical ou politique !"
Tremblez, LCR, PCF, Sud, et autres, Les anars chassent sur vos terres. Pas étonnant que Besancenot ait hier violemment dénoncé les débordements (malgré les mensonges éhontés d'Yves Jégo sur La Matinale, mais ça, va falloir s'y habituer aux manipulations de plus en plus grossières de la droite). Les anars ne sont pas partis dénoncer le scrutin électoral, comme les médias le prétendent. Ils ne sont pas partis en résistance, ni foutre le bordel. Ils sont simplement partis à la chasse à l'adhérent, au recrutement.
Hier, petite soirée chez D pour mater ensemble le reportage de Moati sur France 3, avant que l'épuration promise par Sarko ne décapite la direction de la seule chaîne regardable du PAF. Minuit, on traîne, avant de partir, on multiplie les effets d'annonce, on se rassoit finalement, on se relève aussitôt : le fascinant ballet du départ. On finit néanmoins par se retrouver sur le palier à échanger des politesses :
D : Ah, et n'oubliez pas d'aller manifester demain!
Moi : Le 8 mai, on manifeste pas, on dépose des gerbes.
D : Dans ce cas, n'oubliez pas d'aller gerber demain!
Ce n'est certainement pas l'envie qui me manque. Si seulement ça me permettait de me débarrasser de ce noeud à l'estomac qui ne me lâche plus depuis vendredi...
Ma mère est montée exprès ce week-end. Une élection présidentielle française, elle ne voulait rater ça pour rien au monde. Depuis toute petite qu'elle voit défiler les successeurs de De Gaulle, le moment est venu de voir ça de plus près, le tout avec ce mélange d'admiration et d'une pointe de complexe d'infériorité caractérisant le regard que continuent de porter les espagnols sur tout ce qui se passe au delà des Pyrénées, malgré les mutations spectaculaires de notre société.
Ma mère est ravie. En un week-end, je lui donne un cours intensif (et très objectif, of course) de politique française. Le grand moment arrive, c'est le compte à rebours final. Comme moi le soir du premier tour, elle hallucine devant cette mise en scène théâtrale de l'annonce des résultats, tellement plus spectaculaire que nos soirées électorales qui se réduisent à de très bandants camemberts qui se font et se défont à longueur de temps, à mesure que le dépouillage avance. Ségolène fait son coup de théâtre, elle parle juste après 20 h. Lors qu'elle finit, les yeux de ma mère pétillent : Je ne sais pas pourquoi tu n'aimes pas cette femme. Je n'ai jamais vu personne perdre avec autant de dignité. Elle est le comble de l'élégance, du chic français. C'est une battante forcenée et une grande dame.
Je tente de lui montrer les ficelles qui sous-tendent son discours. Peine perdue, elle m'écoute à peine. Puis c'est au tour de Sarkozy de parler. Ma mère est en transe, elle en baverait presque :
"Asbel, tu penseras ce que tu voudras, mais ce monsieur est un grand homme politique, un grand chef d'état. Vous avez de la chance en France d'avoir des politiciens de cette carrure, à côté de nos mesquines embrouilles ibériques"
Smurf! Je commence à m'énerver. Je lui apporte le maximum d'information pour qu'elle soit en mesure de décrypter ce qui se passe, mais c'est chaud, mon orientation politique marquée me décrédibilise. Lentement, néanmoins. l'information fait son petit chemin. Le déclic se fera lors qu'elle verra Sarkozy répéter à La Concorde les même banalités qu'il avait sorti quelques heures avant. Mais cet homme c'est un grand hypocrite en fait!. C'était temps, bordel! Le vérité fond sur elle à ce moment avec la force de l'incontestable. Elle image alors avec clarté Chirac, Miterrand, Giscard, Pompidou, De Gaulle, répéter devant la même foule les mêmes inepties creuses sur cet improbable grand rassemblement. Elle revoit cette comédie subtile sur les plateaux télé, la joie retenue de la Droite pour ne pas sembler trop triomphaliste, le jeu dangereux de DSK et Fabius qui tentent de lancer des piques à Ségolène mais ne peuvent pas montrer des divisions. Les pièces du puzzle s'assemblent rapidement, les différents discours, le manque constant de sincérité dans tous les camps, le compte à rebours, et même la violence inouïe du débat d'entre-deux-tours. Et ma mère arrive à la même conclusion à laquelle j'étais arrivé en début de semaine : la politique française est en pleine fuite en avant vers le théâtral et le spectaculaire. Dans ces conditions, ce n'est pas le plus compétent qui l'emporte, mais la plus grande diva, la plus grosse Drama Queen. On finit par se réjouir de notre petite monarchie parlementaire, qui nous semble mil fois préférable à une république présidentielle. Au moins ces élections auront eu ça de positif : je me suis découvert une âme monarchique. Quitte à avoir un grand messie thaumaturge qui se prend des bains de foules, au moins qu'il n'ait pas de couleur politique.
Je sens que je vais bien dormir ce soir avec les bruits des grenades lacrymos et ce putain d'hélicopter qui ne cesse pas de tourner juste au-dessus de chez-moi.
Cerise sur le gâteau, trois gamins de 14 ans ont réussi à rentrer dans l'immeuble et viennent de sonner à la porte pour me demander de l'eau : ils s'étaient pris une grenade lacrymogène en pleine gueule.
Bienvenue en Sarkoland.
I. Ça va.
Je vais surprenament bien. Zen.
Pourtant j'ai broyé du noir pendant 2 jours.
C'est comme quand on doit t'enlever une dent, ou te faire une prise de sang. Ou plutôt te faire engueuler par ton patron. Une fois la douleur passée, ça va de suite mieux.
II. J'adore Toulouse. Au moins ici, les droitiers seront privés de fête. J'entends d'ici les cris de "Resistance" qui arrivent du Capitole et les sirènes de police gronder. Pas étonnant, elle a fait 60 %.
III. Putain elle est forte, malgré tout. Elle m'a même impressionné. Comment qu'elle vient de griller DSK et Fabius! Je sens qu'on va en bouffer du Ségolène au PS les prochaines années.
IV. Rentrer? Peut-être. Ça commence de plus en plus à s'imposer comme une évidence. Volveeeeeer......
"Gods of the Junii, with this offering I ask you to summon Tyche, Megaera, and Nemesis so that they may witness this curse. By the spirits of my ancestors I curse Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa Gaius Julius Caesar. Let his penis wither. Let his bones crack. Let him see his legionnaires drown in their own blood. Gods of the Junii, I offer to you his limbs, his mouth, his breath, his speech, his hands, his heart, his stomach. Gods of the Inferno, let me see him suffer deeply, and I will rejoice and sacrifice to you."
Etude Ipsos du 27 avril, Intentions de vote pour Ségolène Royal au deuxième tour :
Total : 47,5%.
Par tranches d'âge :
* 18/24 ans 53%
* 25/34 ans 54%
* 35/49 ans 56%
* 50/64 ans 51%
* 65 ans et plus 25%
(Sondage détérré par kozlika)
Françaises, français, une seule solution s'impose donc d'ici aux législatives :
LE GÉRONTOCIDE FINAL!
Ou sa variante light : le jour du vote, enfermez votre mémé à double clé chez elle...
Bon, là, faut être réaliste, et bien évaluer les différentes stratégies de survie qui s'offrent à moi.
Le plan "j'ouvre une maison d'hôtes sur une île isolée de la méditerrané-é-é" ou sa variante "je pars vendre des coquillages sur les plages de Formentera", on va pour l'instant l'écarter. Déjà, bizarrement, mon homme n'est que très moyennement enthousiaste (salaud! brise-rêves!). Et il faudrait de surcroît qu'un jour je me décide à grandir dans ma tête.
Le plan "je quitte ce pays de merde et je rentre en Espagne", ne semble pas très intelligent non plus. Outre les difficultés pratiques que cela engage, mais qui devraient être dépassables avec un peu de volonté, l'idée est bancale à la base. Certes, la France d'aujourd'hui n'a plus grande chose à voir avec celle où j'ai débarqué voilà bientôt 10 ans, et je me suis fait grave rouler sur la marchandise. Bienheureux les jours insouciants de mes 18 ans, de la France de Jospin, et du monde avant le 11 septembre! N'empêche, c'est bien tout l'occident qui semble aujourd'hui pris d'une virulence ultra-réactionnaire, et je ne suis pas loin de penser que le jour où l'Iran et le Paquistan raseront Paris, Londres ou New York de la surface de la terre, on l'aura largement mérité. Bref, rentrer en Espagne ne me met pas à l'abri d'un retour aux affaires de la droite européenne la plus rance et immoral qui soit (si, si, plus que la française ou l'italienne, je vous assure!).
Or si l'exil à l'étranger n'est pas à l'ordre du jour, une dernière possibilité d'évasion s'offre encore à moi. Après un bilan rapide de mon rapport au politique pendant ma courte vie d'adulte, je réalise que j'étais bien plus zen quand je m'en foutais royalement. Ma rencontre décisive avec mon homme, qui m'a ouvert les portes du bonheur, m'a aussi mis en contact permanent avec une actualité que je ne suivais auparavant que d'un oeil distrait. Force est de constater que cela n'a pas contribué à mon apaisement. Une pollution sonore émanant des chaînes d'information que mon homme ingurgite en boucle entrave ma recherche de tranquillité. Si jusqu'à aujourd'hui j'ai respecté amoureusement son addiction, lundi ça va devenir au-dessus de mes forces. Naboléon nous a déjà annoncé son intention de communiquer en permanence avec la nation s'il est élu, et de ne pas se bunkériser à l'Élysée comme ses prédécesseurs. Ne se contentant pas de nous pourrir la vie, il poussera le sadisme jusqu'à remuer le couteau dans la plaie en continuant à nous montrer sa sale tronche de VRP aux infos après les élections. Lundi, il va donc y avoir de fortes chances pour que la télé finisse aux ordures.
PS : en attendant, je suis effectivement allé allumer un cierge à Notre Dame du Taur. J'ai réalisé à posteriori que je l'ai fait devant saint Antoine de Padoue, un franciscain, presque un socialiste donc, et qui de surcroît aime bien les enfants, comme Ségolène. Saint Antoine, tu ne peux donc qu'adhérer à notre cause et utiliser ton pouvoir d'intercession en notre faveur.
Je retire toutes les méchancetés que j'avais pu dire à l'encontre des adolescent suite à ma désagréable expérience de Vendredi dernier. En effet, bien que toujours aussi irritants à mes yeux, les ados n'en restent pas moins attendrissants, et leur culture fascinante. J'ai donc décidé hier de faire un grand bond arrière de dix ans et de me planter avec des potes à la première mondiale (waou!) de Spiderman 3, le tout arrosé de grands gobelets de pop corn et de coka. Et je n'ai pas été déçu, car peut-on faire quelque chose de plus ado que Spiderman? À côté de la perfection ennuyeuse et distante de Superman, et de l'esprit torturé et repoussant de Batman, les créateurs de l'homme araignée misaient dès le départ sur l'identification immédiate de son public, à qui on va apprendre à devenir des hommes adultes.
Les premiers volets de la trilogie insistaient ainsi sur la notion de responsabilité, (un aspect de la Mufasa attitude que Matoo n'a pas encore traité), les grands pouvoirs qui entraînent tout le bazar. Le moins que l'on puisse dire, c'est que malgré les tonnes de comic books que j'ai dévoré, ça n'a pas marché sur moi. Mais est-ce vraiment si étonnant? La fiction moralisatrice est en effet hautement paradoxale. Les pseudos-moralisateurs du XVII et XVIIIe étaient censés nous mettre en garde contre les horribles dangers de la passion amoureuse, mais décrivaient avec une précision maladive les voluptés de la chair. De même, du Roi Lion on retient davantage que c'est super cool de chanter Hakuna Matata avec Timon et Pumba dans la jungle que cette scène improbable où des nuages nous parlent de devenir adultes, et de Spiderman, on sort plutôt en kiffant les sauts prodigieux du super héros qu'en s'émouvant sur le terrible poids qui pèse sur ses épaules.
Mais je m'égare, car la responsabilité n'est pas du tout le thème central du troisième volet. Car ça y est, spiderman est presque un adulte, et il a obtenu ce que veulent tous les ados en manque d'affection : la ville entière l'adore. Mais son éducation n'est pas encore achevée, il doit apprendre les deux dernières leçons. D'abord, et c'est le thème central du film, souligné jusqu'à la lourdeur, il doit apprendre à pardonner. Le symbiote extra-terrestre est bien la matérialisation de ce désir de vengeance qui ronge Parker et qui va finir par emporter Eddie Brook, le parfait négatif du héros. Outre ce méchant photographe sans scrupules, tout le monde finit par pardonner tout le monde dans le film, les meilleurs amis/ennemis se réconcilient après plusieurs bastons (que celui qui ne s'est jamais disputé violemment avec son meilleur ami du Lycée jette la première pierre), et on verse une petite larme. Mais au milieu de cette grande orgie de miséricorde, Parker apprend une deuxième leçon, un peu plus subtile (mais pas trop, eh, on est à Hollywood quand même) : il apprend à s'ouvrir aux autres. MJ l'avait pourtant prévenu au début, on a tous besoin d'aide, mais le solitaire Spiderman persistait à se barricader dans son appart miteux, projection de son intimité soigneusement protégée, dont la porte d'entrée coince systématiquement. Mais voilà, la vie nous donne des coups, les charnières de la porte finissent par rouiller, et Spiderman par demander de l'aide à ses amis. Puis je me réveille après 2 h 30 (quand même!) de film, et commence la longue digestion de cette overdose de bon sentiments qui a du mal à passer.
Plus je m'interesse à la politique française, et moins je la comprends, à tel point que je me demande si le comble de la francitude pour un étranger, à savoir, le très respectable général De Gaule, n'a pas fait un tort irréparable à ce pays en instaurant un régime présidentiel avec élection du président au suffrage universel direct, et en ancrant par là durablement dans la conscience des français le mythe ridicule du grand rassemblement derrière un home.
N'ayant jamais vécu d'entre-deux tours, je découvre aujourd'hui l'ampleur de la schizophrénie des français. Il me semble hautement paradoxal que le pays européen avec le clivage gauche/droite le plus virulent, où le mot consensus a disparu de tous les dictionnaires, soit en ce moment-même le théâtre d'appels incantatoires au grand rassemblement, par-delà les clivages, et ce dans les deux camps.
L'Espagne est était un pays de consensus (avant que l'incapacité de la droite à digérer sa défaite de 2004 et son obstination à mener une opposition infecte le fasse voler en éclats), bâti sous le spectre menaçant de la guerre civile. Or même dans un pays à la tradition consensuelle comme le mien, j'imagine mal Felipe, ou Aznar ou Zapatero nous servir un discours où ils se présenteraient en présidents de TOUS les espagnols sans distinction, des espagnols de droite comme des espagnols de gauche, en rassembleurs de tous les camps. J'imagine à quel point se couvrirait de ridicule celui qui tenterait de faire gober à l'opinion publique une niaiserie pareille. Et je ne comprends pas comment Sarkozy peut présenter tout fier à la presse la création d'un "pôle de gauche" (sic) dans son équipe de campagne, sans qu'on lui rit franchement au nez. J'ai l'impression que la France nage dans une joyeuse confusion idéologique que cette élection n'aura sans doute pas aidé à éclaircir.
Manif du premier Mai un peu tristounette. Marcher dans le froid et la pluie après ces quelques semaines de grand soleil, évidemment, ça n'enflamme pas les foules. Et Toulouse c'est tellement moche quand il fait pas beau! A l'inverse de la capitale, seule un belle lumière dorée sait mettre en valeur le rose des briques.
Heureusement, le rose des panthères n'a pas besoin de soleil pour briller. Toujours au pied du canon, fidèles au Rendez-vous militants, elles nous ont gâté cette fois avec une nouvelle brochette de slogans. Que les Dieux me maudissent, je n'avait pas sur moi l'appareil. Je me permet donc de recycler cette vieille vidéo des manifs anti CPE (argh, le beau temps!), où leur membre le plus médiatique brode autour des relations complexes entre érotisme et argent :
Pour renforcer le parallélisme structurel, le deuxième couplet à été remplacé aujourd'hui par un plus percutent "je préfère lécher le minou, qu'être une machine à sous!". Mais nos esprits assoiffés de nouveauté ne pouvaient pas se contenter de cette simple réécriture. Place donc aux slogans deuxième génération, avec en tête cet appel du pied au 1.4 % de Voynet :
De l'énergie solaire
et pas du nucléaire
pour nos godemichés
le très hédonistement pansexuel :
On peut tout faire au lit,
mais pas avec Sarkozy!
et ce comble du dégoût homosexuel :
Je préfère le clito et le vagin
à Sarkozy et ses homme de main
Asbel, prince impérial de Péjite, qui le lui gentiment prêté.
Il fallait que le surnom renvoie à un des personnages qui ont bercé mes nuits d'ado et de jeune adulte.
Ça aurait pu être aussi :
L'Homo Asbelus a son Oueb-univers :
L'Homo Asbelus aime les statistiques :
Don JOSÉ MARÍA AZNAR LÓPEZ, retraité, ancien président du gouvernement, ancien inspecteur des impôts, légionnaire du Christ et dépositaire de la mémoire du Caudillo, emploie dorénavant son temps libre et ses dons en comptabilité à surveiller mes visiteurs :
Il profite aussi de sa retraite pour bûcher son anglais. Jugez-en vous même :
L'Homo Asbelus aime la musique :
Pochettes clickables...
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"E'pain is different" (dixit Manuel Fraga, un jour où il était inspiré.)