Peut être que c'est vrai qu'en Espagne il fait toujours beau.
Pourtant, c'était pas gagné quand on s'est arrêté mettre de l'essence à La Jonquera, à peine franchis les Pyrénées. Un petit déluge qui nous oblige à trouver refuge à la cafétéria.
Je suis en voiture avec S, charmante italienne un peu fofolle que j'ai connue sur un site Internet (de covoiturage, gros obsédés). Pendant qu'elle parle, dans une longue logorrhée que je ne ponctue qu'occasionnellement, je me demande, en pensant à Lorenza, si italienne et un peu fofolle n'est pas un pléonasme.
Comme moi, S a quitté depuis bientôt 8 ans l'Italie pour s'installer en France. Elle sort d'une grande école de commerce, a fait son MBA et son chais pluquoi, mais de sensibilité plutôt à gauche, elle refuse des postes dans le privé et préfère un travail moins bien payé mais plus confortable à la SNCF. Elle a besoin de vacances pour sillonner l'Amérique Latine en routarde. Son copain, d'ailleurs, a soudainement lâché son poste dans un cabinet d'audit pour faire la route de la soie en vélo, et passer quelques jours, au passage, dans des montagnes afghanes en guerre.
La crise des cadres, des cols blancs? Je ne peux que penser à C, cette gamine que je connais depuis qu'elle est née, une amie de la famille. Au grand dam de ses parents, elle vient de refuser un poste tout prêt à la City à faire circuler de l'argent, pour aller travailler pour le gouvernement du Mozambique, et l'aider à développer le pays.
Tout espoir n'est pas perdu donc?
Les tunnels de Vallvidriera traversés, nous arrivons sur la Ronda de dalt, qui surplombe Barcelone. Je vois enfin ma mer, ma ville, sous un grand soleil. Je viens de prendre 10 degrés dans la gueule. Je tente de me rappeler qu'est ce qui m'a poussé à partir. Quelle est cette envie qui nous pousse à partir loin des siens? Cette question m'obsède de plus en plus, à mesure que je vois la belle société française s'aigrir, les tensions sociales monter progressivement dans l'hexagone. Rentrer? Peut-être… Un beau Sarko-Le pen au deuxième tour, et comme les rats, je quitte définitivement le bateau qui coule.
Manu, avait lancé l'idée... mais l'avait enterrée avant d'arriver à des résultats concluants.
Je pompe éhontément, et suis fier de présenter le sondage ultime, celui qui déterminera avec parfaite scientificité, s'appuyant sur les travaux des célèbres politopsychanalystes Bitalurn et Veautocu, la répartition du vote gay pour les prochaines présidentielles.
Nuestras vidas son los ríos
que van a dar en la mar,
que es el morir
Bachelard avait raison, les images les plus évocatrices puisent leur force poétique dans un des quatre éléments, et il y en a toujours un qui nous parle davantage. Dans mon cas, comme pour Gael Morel, c'est sans doute l'eau.
L'eau du petit ruisseau, tout près de la source, sur les rives duquel Hicham et Olivier filent le parfait amour, le premier, le plus fort.
L'eau de l'écluse, dans laquelle Olivier et son frère jettent les cendres de leur mère, pour qu'elle rejoigne enfin la méditerrané-é-e.
Et entre le ruisseau et l'écluse, les eaux du lac, omniprésent.
Les eaux du lac dont Olivier fixe avec persistance la surface, comme pour en percer le secret, pour découvrir ce que cachent les profondeurs.
Les eaux dormantes et boueuses du lac, verdâtres comme les murs de l'appartement familial.
Peut-être qu'elle est là l'erreur d'Hicham. Aimer trop près du lac. Rien d'étonnant par ailleurs, après tout, n'est t-il pas un ami de la famille? Olivier et Hicham se rencontrent donc sur les digues, et baisent dans les cabanons à la plage (Arf. Je ne m'en remettrai pas de cette scène).
Pourtant ils tentent bien de s'en éloigner. Ils feront du parapente, il s'envoleront dans les cieux. L'image est un peu vieillote, mais habilement exploitée. Dans le centre de parapente, Olivier a peur. Le moniteur le rassure : "c'est toujours comme ça, la première fois, mais ton copain là, il est doué" (au vu du corps de Salim Kechiouche, je veux bien le croire). Il poursuit. "Je parie que tu vas adorer, que tu reviendras, et c'est moi qui t'offrira ton deuxième vol". Petit coquin va!
Dernière scène, tout dernier plan : du haut de la montagne, Olivier fixe une dernière fois le lac, avant de se retourner vers le moniteur qui l'appelle, et qui nous fait comprendre que ce n'est pas en parapente qu'il va lui faire découvrir à notre héros le septième ciel.
Si vous ajoutez à cela les paillettes et le strass, eh bien l'hétéro français...
Mutatis mutandis, la "compréhension" que nous demande Bayrou envers ces pauvres petits hétéros pour qui "le mot mariage signifie quelque chose de très important", envers "ces millions d'hommes et de femmes qui investissent dans l'idée de mariage quelque chose d'infiniment précieux" (sous-entendu, qui ne doit pas être sali, par qui? suivez mon regard), cette compréhension n'est pas si différente de la compassion que voulait susciter Chirac pour ce pauvre travailleur français incommodé par le bruit et l'odeur de voisins pas trop de chez nous.
Arc-en-ciel avait réussi à réunir hier quelques candidats locaux aux législatives, de plusieurs forces politiques, pour qu'ils s'expriment sur les questions LGBT. Sans surprise, les partis de droite n'avaient ni répondu à l'invitation, ni renvoyé le questionnaire adjoint. Mais voilà, 2007, c'est pas une éléction comme les autres. Soudain, une jolie bourgoise lève la main au fond de la salle pour nous informer que la droite n'est peut-être pas présente, mais que le centre lance officiellement l'OPA sur le vote gay toulousain. Si si. Mme la présidente du groupe local UDF en personne. Quels gue-dins ces centristes! Déjà Bayrou a réussi le tour de force d'avoir une image gay-friendly alors que les députés et le élus de son parti ont pour la plupart signé le manifeste de ce triste maire dont je ne me rappelle pas le nom contre le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels. Bon, il a encore du chemin a parcourir Bayrou. Ainsi, dans l'excellent interview de TÊTU, il nous demande de la "compréhension pour les gens de l'autre rive", pour ces "hétérosexuels pour qui le mariage c'est quelque chose d'important". J'en ris encore. Mais alors Mme la présidente hier présente, waouh! Si ça tenait à elle, elle nous accorderait tout tout de suite. Une vraie libertaire. A l'entendre, je l'imagine partir chaque week end dans un rave hardtech, débarassée de ses fringues de bourge symbolisant la pression sociale qu'elle est obligée de subir pendant la semaine. Quand on lui fait comprendre que ce ne sont pas exactement les positions de son parti, blam, boulevard : faut changer la façon de faire de la politiques, se débarasser des idées préconçues, les partis changent, les lignes et les clivages évoluent, et ma soeur elle pisse. Je suis admiratif. Si Ségo et Sarko pratiquent à leur échelle la triangulation, l'UDF, eux, c'est le billard à trente bandes.
Bilan de la soirée pour les centristes : opération séduction moyennement réussie. A la fin de la réunion, néanmoins, les représentants de l'Autre Cercle échangent avec elle des cartes de visite et papotent. Rhaaaa, il sont aux anges! Enfin des interlocuteurs respectables, et pas ces associations et partis gauchistes! Laissons-les, l'espoir fait vivre, même s'ils risquent de vite déchanter le jour où Bayrou sera effectivement aux manettes.
(Promis, c'est la dernière, après ça sera à nouveau Go Go Sego)
Lundi, heure de la sieste, pendant que mes étudiants composent, je corrige d'autres devoirs. En l'occurrence, un commentaire d'histoire sur le manifeste du gouvernement provisoire après la "glorieuse révolution" qui mis fin, au XIXème siècle, à la derive autoritariste de la monarchie d'Isabelle II. Comme dans tout manifeste, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas tendre avec le regime renversé. Ce qu'une étudiante explique ainsi : "peut-être que l'auteur se sent menacé parce qu'Isabelle II était une femme". Arf. Je dois avoure que je n'avais pas vu la chose sous cet angle. Voilà qui augure une future grande chercheuse en gender studies.
II. "Peut être que les homos et les hétéros ne sont pas faits pour vivre ensemble", balance un Michel Blanc aigri à une Émmanuelle Béart radieuse. Hum. Je continue à me poser la même question, sur un plan strictement théorique, of course, vu que jamais dans ma vie je n'ai agi ni agirai en me fondant un système éthique ou un projet de vie quelconque. Mais, peut être... peut être que par le passé, certains choix, sous couvert de refuser le repli identitaire, n'étaient au fond que lâcheté.
III. "L'ambiance 1984, à commencer par la coupe de Béart, n'est pas très réussie", m'avait prévenu Charlotte. En effet, première scène, Manu arrive à Paris, et derrière, une belle agence du Crédit Lyonnais, avec le nouveau design 2005. M. téchiné, peut-être devriez-vous revoir votre direction artistique.
IV. Sandra danse sur Marcia baila. Tchak, au montage, on coupe juste avant le refrain :
C'est comme une chose impossible
Pour toi
Qui est la vie même, Marcia
Et même à toi
Qui est forte comme une fusée
C'est la mort
Qui t'a emmenée
Marcia ...
C'etait peut-être trop évident, et Téchiné est bien trop pudique.
Dans son dernier comentaire, Fabulous tente de me faire revenir à de meilleurs sentiments envers la candidate que mon parti a investi. Chiche! Aujourd'hui, Asbel devient le parfait petit militant ségoléniste.
Il paraît que désormais, pour être un bon socialiste, il faut être fier du drapeau tricolore. À l'image de Lancelot donc, je choisis de l'afficher patriotiquement sur mon blog, et de fêter ainsi le glorieux anniversaire de la glorieuse paix d'Amiens conclue entre la glorieuse France Napoléonienne et les réactionnaires et obscurantistes forces de la deuxième coalition.
Il paraît aussi que désormais, chanter la marseillaise est un acte de gauche, car il s'agit d'un chant révolutionnaire, le chant scandé par ces valeureux soldats qui devaient défendre la République et ses éternelles valeurs de Liberté, Égalité, et Fraternité. J'étouffe ainsi cette petite voix qui me rappelle que le sens d'un message est aussi élastique que l'idéologie de Chirac, qu'il n'est pas à chercher dans les mots qui le composent mais dans son contexte de production et de réception, que chanter la Marseillaise en 1792 n'a pas le même sens qu'en 2007, j'étouffe donc ces pensées anti-socialistes et anti-patriotiques, et je visionne avec recueillement la seule Marseillaise qui à ce jour avait réussi à m'émouvoir :
Puis je me réveille et je comprends que c'est peine perdue, que ce qui fait justement la grandeur de cet extrait n'est pas l'hymne en soi, mais le contexte où il est chanté, au cours d'une scène d'un bon film américain (et pas français, ce qui le vide ainsi de tout soupçon de débordement nationaliste) et qui plus est, d'un bon film américain de 1942, alors que la France était au fond du trou, (ce qui le vide de tout soupçon d'arrogance) et que ces deux conditions, l'absence de débordement nationaliste et l'absence d'arrogance, ne me semblent pas aujourd'hui réunies pour redonner à la Marseillaise sa pureté d'origine.
Qui a osé dire que cette campagne présidentielle était merdique?
Certes, l'autre illuminée mystique, que désormais, malgré toute ma bonne volonté, je ne supporte plus, veut nous faire chanter la marseillaise et décorer nos balcons avec des zolis drapeaux tricolores. Certes, l'autre ptit facho aigri menace explicitement tout journaliste dont les courbettes ne seront pas assez démostratives. Certes, la seule candidate pour laquelle je garde un minimum de sympathie peine à dépasser 1% des intentions de vote. Certes, tout me pousse à penser que la France et par delà l'Europe sont condamnées au naufrage des valeurs et à l'aigrissement progressif des relations humaines, que le salut collectif n'est pas possible, et que je ferais mieux de plier bagages et de me trouver une jolie île en méditerrané-é-e où mon seul souci serait de bien doser mon ouzo en regardant des jolis garçons sauter des rochers.
Heureusement, quand tout va mal, et que l'évasion physique est difficilement réalisable à court terme, il reste toujours les livres, et la ludopathie sauvage, et à l'occasion de cette présidentielle, c'est pas les jeux rigolos qui manquent sur internet. Ségolène, Sarko Bayrou, et les autres, ne seront plus désormais pour moi ces êtres décevants ou anxiogènes que je dois subir tous les jours à la télé, mais des petites actions à acheter ou à vendre sur Présibourse :
Napinapo tente de me convaincre de rester en France malgré la dérive réactionnaire qui gagne ce pays : La France serait le plus beau pays du monde, la peuve, elle reste toujours la première destination touristique avec 80 millions de visiteurs annuels.
Ha!
Seul un droitier peut croire sincèrement que le succès commercial est un gage de la qualité de l'offre, car dans un système avec concurrence libre et non faussée, le meilleur produit doit nécessairement s'imposer.
Pour me convaincre que ce dogme est infondé il me suffit de longer quelques kilomètres vers le Sud la côte espagnole : le littoral valencien est probablement la région la plus touristique au monde, et pourtant, mon Dieu ce que ça peut être moche et déprimant! Une démostration par la preuve que les promoteurs immobiliers espagnols ont le même souci philanthropique que l'armée rouge en prenant Berlin.
PS : Sinon Napi, ton film préféré c'est quoi, Taxi 1 et 2 ?
Certains, devant la catastrophe électorale qui se dessine, ont déjà commencé à mettre en oeuvre les grands moyens.
À mon tour désemparé, avançant dan les ténèbres, dans une France qui s'apprête à élire, avec toute la tranquilité du monde, un p'tit facho aigri qui nous parle d'identité nationale et refuse les débats contradictoires, je tente de me remémorer les moments où dans ma vie la réalité a fini par défier tous les pronostics, toutes les lois naturelles de cause et conséquence.
Et je trouve.
C'était en 2002. Contre toute attente, en travaillant à l'arrache les dernières semaines, et sans grande foi, j'ai eu la surprise d'être reçu, du premier coup, à l'agrégation. Un vrai miracle.
Quelques jours avant les écrits, la mère de mon ex avait allumé un cierge à l'église et avait prié ardemment pour ma réussite. Quelle sainte femme! Je ne pourrai jamais la remercier assez...
La situation est-elle aujourd'hui aussi désespérée? Je ne le crois pas, mais on n'est jamais assez prudent, et je n'écarterai aucun moyen éventuel, aucun schéma d'action. Je sais donc ce qu'il me reste à faire.
Si toi non plus tu ne souhaites pas
le couronnement de l'autre petit nabot en mai prochain,
N'HÉSITE PAS À SUIVRE
CETTE PETITE DAME
QUI RENTRE DANS L'ÉGLISE
Où Asbel constate que le pouvoir, très peu pour lui
Depuis que quelque part dans mes années collège on m'a brutalement fait comprendre à coup de maquettes d'orientation assomantes qu'en fait, ce qu'on apprenait, c'était pas pour le plaisir de la connaissance, et encore moins pour faire plaisir à ses parents et à leur substitut, l'enseignant, je crois que je déteste le monde du travail.
Dès lors, je me suis soigneusement appliqué à choisir le travail que je pensais allait impliquer le moins d'emmerdements. Fonctionnaire, voilà mon destin. Et fonctionnaire de l'État français, ça pète encore plus, donc prépare tes valises, Asbel. Je compatissais à chaque fois que j'entendais des nouvelles de cette terra incognita qu'est la vie en entreprise. Je raillais ces téméraires qui avaient cette incompréhensible aspiration à monter sa boîte et à ne plus recevoir d'ordres. Putain, mais je ne demandais que ça, recevoir des ordres sans réfléchir.
L'atterrissage n'en a été que plus douloureux. Le service public n'est pas ce corps de travailleurs dévoués au bien collectif, loin des logiques marchandes. Je comprends aujourd'hui, que là où il y a assemblée d'hommes, il y a pouvoir à prendre, aussi infime soit-il. Là où il y a assemblée d'hommes, il y a une hiérarchie à établir, où, d'après le principe bien connu, « tout employé tendra à s'élever à son niveau d'incompétence», et « avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité ».
Sarkozy risque de gagner cette élection en faisant croire à quelques malheureux que c'est en se levant tôt qu'ils pourront améliorer leur sort, et mon décalage avec les valeurs de notre société se creusera encore un petit peu.
A moi le prix nobel!
Après 9 ans de recherches intensives, faits de succès et de revers, de joies et de découragements, ma quête semble toucher à sa fin.
Tel Archimède dans sa baignoire ou Flemming avec ses champignons, ma découverte doit énormément au hasard, à l'inspiration soudaine.
Je lisais en effet hier soir tranquilement une BD mélant nazis, espions français, russes, américains et républiques bananières, lors que je tombe, dans une case à plan général, sur ce panneau : "Bienvenidos en Costa Negra". Hum. Une seule phrase en espagnol dans la BD, pas particulièrement dure de surcroît, mais toujours cette inévitable faute de langue. Et d'un coup, je comprends. Toutes les pièces du puzzle s'assemblent parfaitement dans ma petite tête. Je revois les messages en espagnol sur les portes du métro de Paris du week-end dernier. Je revois les incomptables feuillets explicatifs des musées et des monuments de l'héxagone horriblement traduits. Je revois cet écriteau d'un magazin chic place Saint George qui m'éreinte la vue à chaque fois que j'y passe. Je revois les tags révolutio-chéguévaristes qui couvrent les murs de ma fac. Je réentends les chansons aux refrains je suppose exotiques (estoy una mujer calieeente, Argh!). Et je conçois clairement, distinctement, cette Vérité première, que l'on peut formuler en deux axiomes indiscutables :
- Par nature, un français est inévitablement et inexplicablement poussé à la faute dès qu'il décide de s'exprimer en espagnol, tout contexte communicatif confondu.
Et son corollaire :
- Par nature, un français refusera de consulter un hispanophone ou du moins un enseignant d'espagnol pour qu'il corrige son texte, tenant à montrer, même dans les contextes les plus officiels et publics, sa piètre maîtrise de cette langue.
Muchos años después, frente al pelotón de fusilamiento...
Bien des années plus tard, je n'ai pas de glace à me souvenir, ni de péloton à défier, mais je relis avidement les Cent ans de solitude, et je me souviens.
C'était quand déjà? Je devais avoir 13 ans, j'étais en 4ème, j'avais fièrement rendu une fiche de lecture à une prof remplaçante. C'est que le petit Asbel ne lisait plus des livres pour enfants et tenait à le montrer! Elle a du bien rigoler la prof, car à 13 ans on n'a pas froid aux yeux, et je m'étais improvisé critique littéraire, en expliquant que le livre était mal écrit car avec tous ces générations d'Aurelianos et Arcadios, à la fin on perdait le fil.
Bref, je n'avais rien compris au livre, ni à sa portée. Mais peut-on dire pour autant que j'en ai rien tiré? J'en doute. En le relisant aujourd'hui, 15 ans plus tard, je réalise à quel point j'en gardait un souvenir assez fidèle, et à quel point les histoires magiques de Macondo ont façonné mon imaginaire d'adolescent.
Toutes les scènes érotiques en particulier (non, pas toutes, le premier inceste entre Amaranta et son neveu a subi la loi impitoyable du sur-moi) m'avaient suffisament marqué à l'époque pour qu'elles restent gravées dans le partie la plus dure de mon cerveau. Surtout cette jeune fille, prostituée, dont le lit a vu passer en une nuit tellement d'hommes que la sueur dégouline sur les draps et qui préfigure déjà des fantasmes à venir.
À la même époque, un autre livre que je n'ai évidemment pas compris non plus participait aussi à fixer mon imaginaire érotique. De La Peste de Camus, j'en garde qu'une seul souvenir, mon premier émoi homosexuel : deux hommes, deux docteurs épuisés, quittent Oran quelques heures et dans une crique reculée et déserte se déshabillent et profitent d'un évocateur bain de nuit dans la Méditerrané-é-e...
Loin des chemins tout tracés, des voies royales, des carrières prévisibles, les profs latinoaméricains de mon département affichent souvent un cursus pour le moins surprenant.
J'avais déjà évoqué ma stupeur en apprenant lors d'un trajet commun que mon interlocuteur avait été sorti in extremis de l'Estadio Nacional de Santiago quelques jours après le 11 septembre 73.
Ce Lundi, Je bavarde à la pause midi avec un autre enseignant. Je sais vaguement par un de ses doctorants qu'il travaille sur la Colombie actuelle, les agissement de la CIA. Un énième gaucho, j'imagine, dans une fac pas vraiment conservatrice. Mais ce soir, il présente son travail sur l'enseignement des jésuites au XVI. Ah bon? Je cache mal ma surprise et ma curiosité. Tu te demandes d'où je sais tout ça? En effet. Puis il m'apprend qu'il fut dans son temps jésuite, que ses premiers cours, c'est au séminaire qu'il les assura, et sur la pédagogie justement.
Je l'observe plus attentivement. Son regard, son sourire, sa façon de se tenir. C'est clair, c'est limpide : il y a quelque chose de l'homme dÉglise. Ou est-ce moi qui ne peut m'empêcher de chercher des signes là où il n'y a que réalité brute?
Où, comme d'habitude, Asbel retombe amoureux de cette ville
Bordel, à chaque fois que je passe un week end à Paris je réalise à quel point la grande ville, la très grande ville me manque. Sentiment parfaitement irrationnel, que pourrait objectivement m'apporter la capitale, à part des emmerdements? Mais il y a quelque chose de rassurant à se laisser déborder par la densité urbaine. On se refait pas, j'ai grandi sur une grande artère, les bruits des voitures ont accompagné mes nuits et chassé les démons de mon enfance. A l'opposé, il y a quelque chose de lugubre dans le vide des faubourgs toulousains, que je crains au point de circonscrire ma vie dans ce tout petit périmètre qu'est l'hypercentre...
Paris. Premier voyage dont j'ai souvenir, première découverte de la magie de l'aillleurs. Et mon imaginaire d'enfant qui reste durablement marqué par l'Eglise de la Madelaine, allez savoir pourquoi. Puis le Paris de mon adolescence, parfaitement délimité géographiquement aussi, quelques mètres carrés autour du croisement des boulevards Saint Germain et Saint Michel. A peine débarqué, une seule obsession : m'enfermer rapidement dans un magasin de BD, et ne plus en sortir jusqu'à ce que mes profs ou mes parents exaspérés pètent un plomb. La première fois que je suis rentré chez boulinier, j'étais aussi heureux qu'Ali Baba dans sa caverne. Qu'elles étaient belles les BD en France, en comparaison avec nos pauvres comic books espagnols... Depuis, j'y ai habité, et je ne compte plus le nombre de fois où j'y suis retourné, mais n'empêche, la même excitation me prend toujous en arrivant à Orly, à Montparnasse, à Austerlitz, la même excitation probablement que ressentaient mes parents en travessant la frontière, en quittant pour quelques heures sur les terrasses de perpignan le régime Franquiste. "Comme tu me fatigues, terre triste et abimée, et comme j'aimerais m'éloigner vers le nord, Nord enllà".
Finalement, ce que je prenais pour un fantasme masturbatoire n'est peut-être pas si faux que ça, et il existe vraiment une exception française.
En tout cas, cette campagne présidentielle ne ressemble pas à celles de chez nous. Faut dire que choisir un Président de la République Française, ça en jette. Brrrrrr, Président de la République Française : dix sillabes qui font passer mon petit roi pour le dernier des roturiers...
On a tenté de vous imiter pourtant. C'était en 1996, et un page de l'histoire de l'Espagne était entrain de se tourner. J'avais 16, la tête dans les nuages, et la politique, c'était pas vraiment le premier sujet de conversation dans la cour du lycée, et la dernière de mes préocupations par ailleurs. Un soir, à quelques jours des élections générales, je descends pépère les escaliers, et je tombe sur la dernière tentative d'un gouvernement socialiste complètement usé par 14 ans ininterrompus de pouvoir pour grapiller quelques points dans un scrutin qui s'annonçait peu favorable. Sur un panneau publicitaire, un seul slogan : Y tú, qué prefieres, Felipe o Aznar? Vous préferez qui, Felipe (Gonzalez) ou Aznar? Certes, Aznar doit être une des personnes suscitant le plus d'antipathie sur cette terre, et seul quelqu'un d'anormalement constitué pourrait prétendre le contraire. Felipe, par contre, avec son sourire et son adorable accent andalous charmait toutes les ménagères de moins de 40 ans. Malgré celà, malgré mon coeur déjà à gauche, malgré ma complète ignorance de la politique politique, je suis déçu et frappé par ce slogan démagogique. Le procédé est gros. La fausse connivence recherchée par l'emploi du prénom, repoussante. Les idées, absentes. Et la personnalisation de la politique, ça pue
La victoire de la droite à ces élections à au moins eu cela de positif : elle a sanctionné une campagne indigne. Bon, il est vrai que le débat politique espagnol reste souvent au ras des paquerettes, et que les coups les plus bas restent aussi à l'ordre du jour. Mais au moins, on a depuis échappé à toutes ces discussions insupportables sur "les compétences" du candidat, sa "stature de présidentiable", son "charisme", sa "capacité à diriger le bateau France" (idées qui m'échappent encore), et on s'est concentré sur les programmes et les bilans.
Par les furies et sur la pierre de Jupiter je te maudis, D3log, de m'avoir prêté une série aussi addictive. En effet, comment ne pas tomber sous le charme de Rome, avec tous ces hommes, qui, comme le remarque si bien Williamsauron, restent des mâles en toutes circonstances, même avec une jupette et des sandalettes en cuir! Avec toutes ces femmes, ces patriciennes qui feraient pâlir Catherine de Medicis, Margaret Tatcher et la belle-mère de Blancheneige elles-mêmes!
Seul César sait être aussi pute qu'elles, Raison d'État oblige. Quel beau personnage nous ont concocté les scénaristes américains! Bon, faut avouer qu'on a parfois l'impression qu'il gouverne Rome de la même façon qu'un Chef d'État moderne. Il est convenablement entouré d'un spin doctor habile, cette éminence grise qu'est l'esclave grec Posca, et d'un vice-président un peu fougueux mais parfaitement fidèle (du moins jusque là, avec ces romains on ne sait jamais), Marc-Antoine. Et il prend ses décisions politiques en s'appuyant sur les modèles de "décision-taking" conçues par les universités américaines : évaluation des coûts des mesures, évaluation de l'impact sur l'opinon publique, évaluation de l'efficacité, et prise finale de la décision, toujours dans une parfaite réactivité.
Quelqu'un s'en étonne-t-il? On sait depuis belle lurette que les historiens ne nous parlent pas vraiment d'histoire mais d'eux-mêmes, et que chaque époque se construit une historiographie à la mesure de ses inquiétudes et de ses centres d'intérêts. Et quoi de plus naturel que les américains s'intéressent à l'histoire d'une jeune nation montante, aux traditions républicaines solidement ancrées, au moment où elle connaît la tentation de l'Empire?
Désormais, je sais que je ferais le président le plus populaire de l'histoire avec 98 % d'opinions favorables, que j'aurais réussi à réduire à 0 MG tonnes les émissions de gaz carbonnique en 2100, mais que malheureusement, je laisserais un pays à l'économie exsangue.
Le bilan est toujours meilleur qu'à ma deuxième partie, où en appliquant les politiques libérales je me suis fait jarter du pouvoir dès le deuxième tour...
Où Asbel se souvient de la première fois qu'il a entendu le mot communisme
C'était en cinquième, en cours d'histoire-géo. Un élève plus intelligent que la moyenne avait du poser une question gênante, ou peut-être avait-elle besoin de s'exprimer sur ce point, je ne m'en souviens plus. Le fait est que la prof avait soudain adopté une attitude solennelle, comme pour signifier que là, c'était plus de la rigolade, qu'elle nous parlait en adultes, en complices presque, car elle se disposait à briser la règle qui veut qu'à l'école, on ne parle pas politique. Elle voulait nous expliquer l'échec de l'idéal communiste, ce qu'elle a fait en ayant recours au lieu commun le plus éculé, à savoir, que dans les sociétés communistes, on pouvait être ingénieur ou caissier, c'était presque pareil niveau salaire, et que celà ne motive pas vraiment les gens au travail.
Longtemps j'y ai cru dur comme fer. Surtout que ce début d'interprétation était efficacement relayé par des parents de centre-centre, à la valeur travail solidement ancrée. Je pense que même pendant mes quelques années vaguement rebelles je continuais à en être intimement persuadé. J'ai du en être persuadé jusqu'à mon entrée dans la vie active, c'est à dire dans le monde de l'enseignement. C'est alors que j'ai compris que l'argent, peut être qu'au fond on s'en fout, et qu'une société peut parfaitement fonctionner en ne lui accordant qu'une importance relative. Il suffit de le remplacer par des valeurs équivalentes comme l'honneur, le prestige, la carrière, tout ce qui peut flatter notre narcissisme, et le tour est joué, le dynamisme assuré.
J'étais vendredi dernier à une AG à la fac, et je tentais de comprendre les tenants et les aboutissements d'un conflit assez complexe. Soudain, je pense à ce film, la Vie des autres, sur l'Allemagne de l'Est, qui me travaille depuis quelques semaines. Et j'identifie les similitudes avec la situation que je vis. Dans les conflits qui traversent le film, le enjeux d'argent sont totalement absents. Ça n'empêche pas tous les personnages d'êtres des carrieristes chevronnés, des ambitieux attestés. Mais voilà, ce qui est proprement insupportable dans cette RDA communiste, outre le régime liberticide, c'est la façon dont ces carrières politiques, artistiques, ou professionnelles, se font et se défont. Les deux fondements d'une belle carrière dans tout système, à savoir, la valeur effective du travail fourni, et le calcul politique d'influences, se trouvent là dans un rapport totalement désequilibré en faveur du deuxième. Pour monter, faut siéger à tel conseil, bloquer telle information, être ami avec un tel, et faire un coup bien fourbe à tel adversaire. Domaines dans lesquelles je ne saurai malheureusement jamais exceller.
Où Asbel fait le bilan d'une semaine riche en émotions (ter)
Cerise sur le gateau
Depuis une semaine,
je déjeune au foie gras
je goût au jamón de bellota Pata Negra
et je dîne au Reserva Ribera dela Duero
Bonheur non-partagé n'étant qu'à moitié bonheur (surtout pour le jambon que mon époux ne touche pas), toute personne désirant nous accompagner dans nos repas est invitée à passer à la maison sans pré-avis.
Où Asbel fait le bilan d'une semaine riche en émotions (bis)
J -1,
Toulouse prise d'assaut par les hordes hispaniques.
Un coup de fil, deux, trois,
dix, vingt, cinquante, and so on... Allo? On est sur la route. On est à Narbonne. On arrive.
C'est où Jeanne d'Arc? C'est où la Médiathèque?
On fait quoi des caisses de vin? On mange où ce soir?
Alors que je traverse le canal, chargé comme une mule, grosse envie de vérifier si le portable continue de sonner sous l'eau.
J 0,
Jean Jaurès arriba, Jean Jaurès abajo.
Les poissons rouges n'aiment pas la voiture et nous le font savoir en versant moulte eau sur nos cuisses. Sacrés rigolos, cet Aristophane et ce Ménandre!
Jean Jaurès pa'quí, Jean Jaurès pa'llá.
Puis, à notre plus grand étonnement, tout finit par sembler prêt. Ce long accouchement est terminé, j'ai limite le baby blues.
Petite sieste un peu trop longue, suivie d'habillage expres.
Putain putain putain putain putain.
Putain de noeud de cravate trop mal fait.
Putain de chaussures trop petites.
Putain de boutons de manchette de mon grand-père trop galère à mettre.
Putain que j'aime pas courrir dans la rue habillé comme un pingouin.
Et c'est le drame, invraissemblable de bannalité.
Les bagues sont restées sur le bureau. Les premiers invités arrivent : ma directrice de thèse et son mari. Impossible de partir donc.
Un coup de fil, deux, trois..
Personne... Allo? Enfin!
C'est bon, c'est réglé.
Je vide une coupe de champagne d'un seul trait, je respire un gros coup, et je peux commencer à profiter, à être heureux.
Ça sera un peu plus long pour toi. Tu me réserves encore une dernière surprise qui te maintient sous tension.
"Mes mains, je les ai aussi retrouvées, c'est toi"
Et que la fête commence.
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PS : Avec tous ces préparatifs, je n'ai pas eu le temps d'envoyer l'e-card que JoelSud avait gentiment produite pour l'occasion. Les amateurs d'herméneutique pourront s'amuser à en décrypter les systèmes symboliques :)
Où Asbel fait le bilan d'une semaine riche en émotions
Samedi 24 Février 2007, 19 h, Salle de réception de la médiathèque José Cabannis"
"nous, Asbel et désormais son époux, sommes très heureux que vous soyez tous là... etc."
"Comblements : on ne les dit pas - en sorte que, faussement, la relation amoureuse paraît se réduire à une longue plainte. C'est que, s'il est inconséquent de mal de dire le malheur, en revanche, pour le bonheur, il paraîtrait coupable d'en abîmer l'expression : le moi ne discourt que blessé; lorsque je suis comblé ou me souviens l'avoir été, le langage me paraît pusillanime : je suis transporté, hors du langage, c'est à dire hors du médiocre, hors du général."
Asbel, prince impérial de Péjite, qui le lui gentiment prêté.
Il fallait que le surnom renvoie à un des personnages qui ont bercé mes nuits d'ado et de jeune adulte.
Ça aurait pu être aussi :
L'Homo Asbelus a son Oueb-univers :
L'Homo Asbelus aime les statistiques :
Don JOSÉ MARÍA AZNAR LÓPEZ, retraité, ancien président du gouvernement, ancien inspecteur des impôts, légionnaire du Christ et dépositaire de la mémoire du Caudillo, emploie dorénavant son temps libre et ses dons en comptabilité à surveiller mes visiteurs :
Il profite aussi de sa retraite pour bûcher son anglais. Jugez-en vous même :
L'Homo Asbelus aime la musique :
Pochettes clickables...
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"Wake up! Wake Up! On a saturday night!"
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"E'pain is different" (dixit Manuel Fraga, un jour où il était inspiré.)