Où Asbel comprend que la vie, c'est vraiment qu'une vallée de larmes
Voilà quelque mois Monsieur Griffin se lamentait amèrement, dans un post que je ne retrouve plus, du coup définitif que la chute d'une table avait porté à son petit Robert âgé de plus de vingt ans. À mon tour aujourd'hui de faire la veuve inconsolable, l'orphelin abandonné, le père anéanti devant le corps sans vie de son fils : la couverture de mon Larousse français/espagnol s'est inexplicablement déchirée en le soulevant. Force est de constater que je suis moins soigneux que Monsieur Griffin. Mon fidèle compagnon d'études n'aura pas connu sa dixième année : nos chemins s'étaient pour la première fois croisés dans un rayon du Gilbert Joseph sur le Boulevard Saint Michel, à l'automne 97.
Peut-être tenterai-je une opération de la dernière chance? Mon année de vacation à la bibliothèque (rhaaa, les temps heureux!) m'a appris toutes les astuces de la conservation des livres. Mais je suis contre l'acharnement thérapeutique...
Pour combler le tout, je n'ai même pas trouvé d'équivalent satisfaisant aux verbes délivrer et contourner. Je piétine dans la rédaction de mon article. Le monde est vraiment un endroit horrible.
Où des lectures motivantes encouragent Asbel à travailler davantage
Hier soir, petit dîner improvisé à la maison avec J, mon ex, et L, son nouveau petit ami, qui viennent d'arriver d'Istanbul où ils travaillent. Bizarre de l'avoir à la maison, lui qui a toujours su recevoir admirablement. On s'engueulait d'ailleurs souvent à ce sujet. Dès que les invités arrivaient, je décapsulait une bière et m'asseyait tranquilement avec eux dans le salon, abandonnant J à la cuisine, super stressé, et m'en voulant à mort. Les choses ont peu changé, il aura remarqué je suppose. Mon homme est resté la moitié de la nuit aux fourneaux, tandis que je descendais, presque à moi tout seul, la bouteille de vin qu'ils avaient amené.
J et L partent relativement tôt. Chouette, je vais lire un peu avant de me coucher. Je jette un coup d'oeil à l'histoire du premier theâtre espagnol qui m'attend sur la table, et une énorme lassitude m'envahit. Je déteste mon travail. Finalement, c'est pas la peine, vaut mieux un peu de détente. J'attrape à tout hasard le cadeau que m'a offert ma soeur à noël, Anagrammes, de Lorrie Moore, que je ne connaissais pas mais qui, d'après les éloges (impartiaux, bien sûr) sur le dos de la couverture, est une figure absolument incontournable de la littérature américaine contemporaine. Bon, on verra bien. J'avance tranquilement parmi des histoires d'amours et désamours, et ma foi, c'est fort plaisant. Chapitre IV, Benna est désormais prof à la fac (tiens donc, ça devient intéressant). Son vacataire lui assène une série de reproches : "Comment peut-elle dire qu'elle commence à penser qu'écrire sur l'art n'est autre chose qu'une masturbation linguïstique tellement intense que le langage lui-même devient aveugle?"
Où Asbel se demande si les homos sont vraiment malades
Hier soir, alors que des baillements incessants me signalent qu'il faudrait peut-être commencer à songer à eventuellement aller dormir, je tombe sur Pink Tv (décidément, cette semaine!) sur un réportage autour des soirées blanches à L. A. La fatigue m'empêche d'en profiter jusqu'au bout, mais le peu que je regarde est suffisant pour que je fasse connaissance d'une belle brochette de gens tristes, solitaires, parfois de vrais salauds, d'autres simplement un peu simplets, et tous faisant un usage totalement irresponsable du sexe et de la drogue.
Je pense immédiatement au post de Kubrart, qui la semaine dernière se demandait, en s'appuyant sur son expérience personnelle, si par rapport aux hétéros, les homosexuels n'étions pas un peu déséquilibrés. Bon, il suffit de lire régulièrement quelques pédéblogs pour arrriver à la conclusion qu'en effet, tout n'est pas toujours super folichon au pays des pédés. Sans tomber sur les considérations pseudopsychanalitiques de quelques commentateurs, il est évident qu'une certaine dose d'homophobie intériorisée et que certaines pratiques et codes d'homosociabilité héritées de temps plus durs n'aident pas au plus grand épanouissement de l'individu.
Mais je suis optimiste. Nous avons un atout pour changer la donne, qui est celui d'être constament entrain de produire des tonnes de pages de discours et de débats sur nous et notre sexualité. D'accord, Pink TV et Têtu ne constituent pas des sommets de réflexion autocritique. Mais leur discours traduit souvent une certaine lucidité. Je suppose que c'est le résultat de tout le travail des associations de prévention anti-IST pendant toutes ces années. Il faut dire qu'en tirant les enseignements de chaque échec, elles ont abouti à une connaissance solide des pratiques et des psychologies gays, et qu'elles ont su la diffuser et la vulgariser auprès d'un large public, par le biais de campagnes de plus en plus pertinentes.
Parallèlement, pour en revenir à nos hétéros, et en caricaturant, de quoi disposent-ils eux pour affronter et comprendre leurs fantasmes? De Mireille Dumas et Jean-Luc Delarue? Des conseils du sexologue de Marie-Claire ou de FHM? Je suis là de plus en plus pessimiste sur l'avenir du couple hétéro dans une société où le discours officiel prône simultanément l'impératif de la fidélité et du mariage d'amour d'un côté, et de l'autre, le culte du caprice, du plaisir immédiat et de la pornographie. Les gens qui ne seront pas armés affectivement ou culturellement pour décrypter les messages contradictoires et quasi schizophrènes des médias ne peuvent que développer une énorme et dangereuse frustration, décidément, le mal du siècle.
Je n'aimais pas beaucoup Ségolène. Oui, vous l'avez sûrement remarqué, j'emploie l'imparfait. C'était pas tant la question de sa méthode, ses compétences, son image, ou son envergure ou absence d'envergure, concepts qui me semblent flous et que j'en ai marre de voir structurer le débat politique. Moi, c'était plutôt ses déclarations sur les 35 heure ou l'éducation des jeunes délinquants qui avaient écorché ma sensibilité de gauche.
J'étais donc assez perplexe devant l'énorme élan de sympathie qu'elle soulevait.
La retombée perceptible de cette vague, ne m'inspire plus de la perplexité, mais de la colère. Je prends le Monde d'hier ou le Libération d'aujourd'hui, et que lis-je? Deux longs articles sur cette gauche tentée par le vote centriste, par Bayrou. Je parcours assez énervé les critiques adressées à la candidate socialiste : "manque de compétences... blablabla... populisme ('tain faudrait arrêter d'employer ce mot à tour de bras!)... bidibidou.... ton insupportable d'instit... patatipatata... et que les débats participatifs c'est de la merde". Bon, bah moi c'était la seule idée qui me plaisait, les débats participatifs. Non pas que j'ai confiance en eux en tant qu'outil décisionnel, je ne suis pas naïf à ce point, mais plutôt en tant qu'une nouvelle sorte d'éducation politique populaire, pour au moins donner une impression de vie citoyenne dans ce pays. Et je suis de ceux qui pensent qu'entre l'impression et la réalité, la distance n'est pas grande.
But back to our sheep : quel est le point commun entre toutes les critiques qu'on adresse aujourd'hui à la candidate? Je trouve la clé dans la dernier interview : "je ne me reconnaîs pas en elle". Eh oui, on sait tous que l'on ne vote pas dans une démarche réflechie, mais par réflexe identitaire. On vote de la même façon que le groupe social auquel on s'identifie le mieux. Et en 2002, par exemple, c'était tellement ringard de voter Jospin, dans mon entourage! Et aujourd'hui, les élites culturelles de ce pays n'aiment plus Ségolène. Ils se sentent trahis, leur vanité est blessée. Le ton professoral est une insulte à leur intelligence. Comment qu'elle nous parle celle-là! les débats participatifs, une belle connerie. Associer le peuple, ben voyons, et pourquoi pas les cochons tant qu'on y est! Elle est forcément incompétente, moins intelligente qu'eux, en tout cas. C'est peut être ça l'erreur de Ségolène, ne pas asez courtiser, ne pas flatter comme il faut l'ego de cette élite faiseuse d'opinion et totalement imbue d'elle-même.
Du coup, on va tous voir chez Bayrou, qui lui, au moins, nous comprend. Il est comme nous, il est fréquentable, on reste entre gens de bonne société.
Bref, je m'emporte, comme d'hab. On va me rétorquer que c'est complètement démago d'opposer comme ça classe populaires et élites, et on aura probablemet raison, mais pour une fois, ça me semblait pertinent, limpide même. Peut être que mon jugement se laisse perturber par l'agitation ambiante, je ferais donc mieux d'arrêter les posts politique quelque temps.
En rentrant ce soir d'une dure journée au ski, M affirme à moitié en rigolant, mais seulement à moitié, qu'il hésite entre voter pour Bayrou ou Besancenot. On pourrait mettre ça sur l'action conjuguée de la fatigue et d'une oxygénation insuffisante du cerveau en altitude, mais en fait non, c'est bien autre chose, c'est symptômatique du formidable nimportenawak de ce début de campagne présidentielle.
C'est un peu comme un épisode de Star Treck, tout peut arriver, car toutes les lois de la physique newtonienne sont déformables à volonté. Déjà, et ça me troue suffisament le cul, l'UMP a des chances de conserver le pouvoir malgré un bilan lamentable. Juste avec ça, c'est comme si on rentrait dans l'anti-monde, où les règles de cause à effet n'ont plus de valeur. Il ne faut donc pas s'étonner qu'un animateur télé qui a passé sa vie sous les cocotiers ou dans les pics de la cordillère des Andes puisse devenir un candidat crédible à la Présidence. Au moyen âge, on faisait bien faire la messe à un âne pendant le carnaval, donc plus rien ne m'étonne. Puis c'est tout à fait normal aussi que la gauche du non, bousille l'énorme boulevard dont il disposait dans une sorte de suicide collectif. Au moins on aura échappé à Clementine Autain, qui par je ne sais quelle logique tordue faisait à un moment figure de candidat potentiel de cette gauche. Pourquoi pas, euh, Isabelle Adjani, tant qu'on y est? Et que dire des militants du PS, qui ont d'abord été inexplicablement pris d'une ardente passion pour la plus belle d'entre toutes, avant de la lâcher tout aussi inexplicablement, car les ségolénistes, dans la rue, j'en ai pas encore vu beaucoup, et dans les réunions, on peut pas dire qu'ils aient vraiment la gnaque. C'était quoi tout ce cirque de l'année dernière, une amourette adolescente? Ça y est, un fois le mariage consommé, elle ne vous plaît plus la plus belle d'entre toutes? Et puis il y a aussi le coup du chanteur de Trust qui soutient le candidat de la Démocratie Chrétienne! C'est pas beau ça?
C'est peut être parce que je viens d'une jeune démocratie, où l'on croit encore, avec beaucoup de naïveté probablement, qu'il y a d'un côté la gauche, et de l'autre la droite, ou que se retrouver avec une vingtaine de candidats antisystème ce n'est pas dans l'ordre naturel des choses, c'est donc peut être pour ça que je regarde avec fascination ma première vraie campagne présidentielle dans ce pays, qui ne ressemble à rien de ce que j'ai pu vivre auparavant.
Où Asbel se cultive, et partage son érudition avec les potes
En regardant le Graham Norton Effect (oui, bon, quoi? ça arrive à tout le monde!), j'apprends que Sir Ian Mac Kellen, Gandalf pour les intimes, en a une très grosse. Et je ne parle pas de sa bibliothèque.
C'est bien la première fois que j'apprends quelque chose d'utile en regardant Pink TV.
Hier soir, ou avant-hier, je ne sais plus, petite séance de courts sur Pink. Le thème, les années lycée. Aïe. Je crains le pire, et ça se confirme à moitié : l'ensemble est assez mièvre est convenu. Chiant même. En effet, un garçon qui regarde son camarade de classe pendant 10 minutes, c'est assez réduit comme conflit dramatique. Le but de la plupart des courts est de montrer le désir à l'état pur, puisqu'il risque pas vraiment de se matérialiser. Seulement voilà : l'esthétique réaliste n'est pas vraiment la plus appropriée pour montrer l'éventail des mouvements et des hésitations dans l'âme d'un ado. Le désir homo à cet âge là est incommunicable, et donc, par conséquent, irreprésentable par des histoires classiques.
Quitte donc à tomber dans la mièvrerie et la lourdeur, autant l'assumer jusqu'au bout, autant en faire un atout. Un seul court-métrage a attiré mon attention. Puisque tout se passe dans la tête, plongeons-y gaiement et arrêtons de scruter des visages qui ne vont rien nous livrer :
Mention spéciale à la chorégraphie dance-yiddish, et à la dédicace finale, "to britney", que l'on voit pas sur You Tube :)
A chaque fois, je me suis fait prendre. Énervé parce que la machine à Coka ou le distributeur de chocolats m'avait à nouveau piqué un euro, je commence à leur donner quelques coups, légers bien entendu, je n'ai pas envie de me fracturer le poignet, et c'est là que systématiquement, comme par art de magie, apparaît le service technique qui fait sa tournée de remplissage, composé d'un jeune garçon et d'une grande camionneuse qui me dévisage d'abord méchament, puis me fout grave la honte en me grondant en public, et finit par m'annoncer que la prochaine fois qu'elle me voit faire ça elle m'éclate. Et elle en a manifestement les capacités physiques.
Bon, au bout de la énième fois le message commence à passer : En cas de problème, appeler le numéro sur la plaque. Ma chocolatine est restée coincée, j'ai plus un kopeck pour la décoincer, je suis affamé, j'appelle :
- Service technique bonjour?
- Oui, j'appelais parce que ma chocolatine est restée coincée dans votre putain de machine et que je suis vraiment affamé.
- Aucun problème monsieur, demain matin on vous envoie quelqu'un pour arranger ça.
Le monde est un endroit horrible, je pense très fort.
- Demain matin je serai déjà mort d'inanition, mademoiselle.
- Si vous n'êtes pas sur l'Université demain matin, laissez-moi votre adresse et on vous enverra un euro en timbres postaux (véridique!).
J'aurais du fracasser la machine, au moins ça soulage. Je mendie quelques centimes à l'étudiante sur la machine à café (c'est ça d'avoir l'air aussi jeune et pouilleux qu'eux, ils se doutent de rien!) et j'obtiens enfin de quoi soulager mon ventre qui grouille.
Je remonte à mon placard qui fait office de bureau, où j'ai lâchement abandonné une étudiante non-voyante, charmante par ailleurs, à qui je fais passer des examens. Être secrétaire et se faire dicter un texte est incroyablement ennuyeux, j'ai découvert ça hier. Il faut constamment allumer et éteindre sa concentration, et s'adapter au rythme de réflexion de l'étudiant en face, ce qui est très usant à la longue. Au bout d'un moment, lorsqu'elle réfléchit, je profite honteusement de son handicap pour gribouiller des formes sur une feuille de brouillon. Peu à peu, ces formes deviennent de plus en plus obscènes, et à la fin de l'épreuve, j'ai accouché d'un petit kamasutra homo :
Un grand merci aux posts torchons de Loracle & co, et surtout, à l'indignation ridiculement affectée qu'affichaient sur les plateaux télé ces jours-ci les gens de l'UMP : vous avez fini par me rendre symphatique notre candidate, ce qui n'était pas gagné d'avance.
Bon, et rendons au César ce qui lui appartient : merci aussi Ségo d'avoir remis à sa place cette insupportable grande gueule de Montebourg et de t'être engagée sans ambigüité pour l'exclusion de Frêche. Ça me rassure un tout p'tit peu sur l'avenir du PS. Tant que t'y es, tu voudrais pas mettre Lang à la retraite? Allez, tous unis vers la victoire !
Petite séquence de clips ce matin en me réveillant. Une affreuse reprise électro de Pink Floyd retient mon attention. Le clip me fait penser inévitablement à celui de Brûle, qui m'avait déjà troublé en son jour. Souvenez-vous! Les rappeurs trés énervés de Sniper, attirail paramilitaire et torche à la main, semblent amener tous les enfants de la té-ci vers une glorieuse révolution, une apothéose de feu et de sang qui purifiera notre société injuste. La marche s'arrête devant une mairie ou un autre symbole de cette république qui abandonne ses enfants, et le chanteur sort sa carte d'électeur. Ça y est, je me dis, il va la déchirer, le geste typiquement anarchiste de refus du vote, compris comme la légitimation de l'ordre établi. Bah en fait non :
"Mais c'qui est malheureux c'qu'on brûle le peu qu'on a,
quand il suffirait d'aller voter pour incendier ces connards",
nous assène un peu naïvement le même chanteur qui quelques secondes auparavant avait l'air vraiment méchant. Aïe les lendemains qui déchantent! C'est ça les dangers de pratiquer le grand écart entre l'incitation à la violence révolutionnaire et la volonté de participer à la vie citoyenne.
Même constat pour la reprise de Pink Floyd. Le clip commence de façon presque identique, avec des ados qui se retrouvent à la sortie du bahut, et qui ont l'air aussi vraiiiiiiment vénères. Distribution est faite de barres métalliques et de grosses briques, puis ils partent tous dans des directions différentes, pour, de toute évidence, aller casser de la propriété publique et privée. Et qu'est ce qu''ils sont cool ces casseurs! C'est des Yamakasy, ce qui signifie qu'au lieu de se déplacer comme tout le monde en marchant, il sautent d'étage en étage à base de sauts périlleux et autres figures acrobatiques. C'est pratique pour rentrer chez les gens, et ils s'en privent pas. Et une fois à l'intérieur, qu'est-ce-qu'ils font? Taggent-ils les murs de slogans révolutionnaires? Fracassent-ils la télévision, outil d'abrutissement des masses? Brûlent-ils les symboles d'appatenance à la classe des oppresseurs? Que chi! Ils se contentent de remplacer les ampoules traditionnelles par des économiseurs d'énergie, de baisser le thermostat et de débrancher les appareils électro ménagers. En fait, c'était la section choc des partisans Nicolas Hulot!
Révolution ou réforme? Alors que la question semble disparue du débat politique, c'est la culture populaire qui la reprend, sous une forme plus simple : faut-il tout casser? Et la réponse n'est pas celle que l'on imaginait!
Où Asbel constate l'ampleur des injustices dans ce monde
Quand je donnais des cours aux quatre étudiants d'Albi, l'échantillon n'était pas représentatif. Je me suis donc retenu prudemment de tirer des conclusions hâtives.
Désormais, après avoir passé un semestre dans ces grosses usines que sont les facs toulousaines, je me permets de m'inscrire en portefaux avec un préjugé tenace dans notre société. En effet, après une étude minutieuse dont personne n'osera contester le caractère rigoureusement scientifique, je suis forcé de constater que les très bons étudiants sont aussi les plus beaux garçons et les plus belles filles. Monde de merde.
Où Asbel n'en a plus rien à foutre des agitations du siècle, bis
A la lecture du JDI d'aujourd'hui, je me dis que la fin du monde approche, où du moins, ce qui revient au même pour moi, l'établissement d'un régime absoluto-pétainisto-antisémito-islamophobe.
Du coup, et au risque de me faire taxer par Herminien d'inconscient, allons-y gaiement, dans la joie et la bonne humeur. Vive la République-de-Weimar attitude! Moi aussi je veux être un citoyen de Rome 409, Bagdad 1257, ou même Barcelone 1936. Alors chantons tous ensemble : Do you take it ........ ?*
Où Asbel finit par se soumettre à la tyrannie de l'apparence.
Ça ne pouvait pas tarder à m'arriver à nouveau.
Hier soir, en rentrant à l'Ambassade, boîte que certes j'affectionne beaucoup mais dont la musique commence à m'ennuyer pas mal, le videur m'arrête. Monsieur, vous cachez quelque chose sous la veste? Après une soigneuse vérification, il ne s'agissait que de mon ventre.
Idem en sortant de l'innox l'année dernière, torché et euphorique. Tout d'un coup, je sens une grosse main agripper le cou de ma veste, me tirer violemment vers l'arrière, palper méthodiquement mon ventre à la recherche de verres volés puis, sans le moindre mot d'excuse, me cracher à nouveau vers les escaliers de sortie.
L'humiliation, ou une énième déclinaison de la pression normative qu'exerce la société sur tout écart.
Promis, demain je commence le sport.
Où Asbel est à nouveau victime d'obscures manoeuvres visant à le décrédibiliser.
Dans son engagement inflexible pour la vérité, rien que la vérité, et seulement la vérité, Asbel ne s'est pas fait que des amis. Certaines âmes noircies par la haîne se sont livrées à des montages grossiers visant à le présenter comme un individu que les mondanités et son cortège de réceptions alcoolisées ont fini par priver non seulement de jugement, mais même de tout langage articulé :
Personne dotée d'un minimum de sens critique ne se sera laissé abuser par une manipulation aussi évidente. Néanmoins, le silence pouvant être interprété par un public avide de scandales comme un aveu de faiblesse voire de culpabilité, ce blog tient aujourd'hui à établir de façon définitive la vérité sur cette affaire : NON, Asbel n'était pas complètement torché pour l'anniversaire de la Berte, et NON, il ne s'est pas livré à de ridicules interprétations sur cette musique moderne nous arrivant d'Outre Atlantique qu'acun homme sensible ne peut approuver.
Où Asbel n'en a plus rien à foutre des agitations du siècle
La famille X et la famille Y sont heureuses de vous annoncer....
Dans un mois je fête mon PACS, pour de vrai cette fois, genre réception hétéronormée, et pas la beuverie improvisée que l'on avait organisé le jour de la signature.
Du coup, la campagne, d'abord je m'en branle, et en plus elle commence à me les briser menu. Voilà. Nombrilisme power!
Bon pas tout à fait. Je reste asssez irrité, voire inquiet, devant le déferlement de propagande sarkozyste sur GA, et le manque de réactivité des socialistes. Ils sont où tous les ardents défenseurs de Ségolène lors de son investiture? Putain, je vous avez dit que c'était pas la bonne candidate!!! Faut que vous soyez unis pour la campagne!
En tout cas ça sera sans moi. Les semaines qui viennent, je risque d'être davantage au salon du mariage que sur le marché tracter :P
Putain,
Mais qu'est ce qu'ils ont fait à la porte de Versailles le week-end dernier?
Une formation ultra-accélérée "Militance et blogosphère pour les nuls"?
ou c'était peut être "Les fondamentaux de Dailymotion"?
En tout cas, c'est sûr que ce n'était pas "Les dangers de la sur-médiatisation".
Sur l'enseignement d'Aristote, les fous rires, et les prostituées thaïlandaises
Depuis que je suis prof, j'ai eu deux crises de fou rire en cours.
La première, c'était au tout début, et c'était touchant de candeur. j'avais proposé en traduction un extrait des Pájaros de Bangkok, de Vázquez Montalbán, où il est à un moment question d'une prostituée thaïlandaise qui projette des balles de ping pong avec la chatte (je sais, je suis très vicieux dans le choix de mes textes, hé hé). Je choisis donc une étudiante au hasard.
"Pouvez-vous me lire la phrase en espagnol, Mademoiselle?"
Elle commence à lire en voix haute, puis soudain elle devient toute rouge et trébuche sur le mot fatal.
"Euhhh.... por el coññññ.... el cccc.... el cccc...... " Rien à faire. Au début, je suis passablement irrité par tant de pudibonderie. Je lâche séchement :
"Allez, vous pouvez y arriver quand même!!".
Grosse erreur!!! La classe, qui se retenait aux prix de gros efforts de concentration, éclate dans une fou rire général et franc. Je ne tarde pas à les rejoindre, et décide, face à l'impossibilité de finir la lecture de la phrase maudite, de passer à la suivante.
La deuxième crise de fou rire c'était ce matin, et contrairement à l'antérieure, elle m'a laissé un petit arrière-goût amer. Je faisais un nouveau texte de civi XVIII siècle. L'auteur y regrettait l'influence de la vieille méthode d'apprentissage scolastique dans les facs espagnoles, où l'on n'enseignait qu'Aristote et on ignorait toujours Newton. Pour faire passer le message, de temps en temps je change de niveau de langue : "Autrement dit, l'auteur pense qu'il y en a marre de ces vieux profs qui font chier". Petit problème, au premier rang, toujours présent, toujours attentif, un vieux prof du secondaire à la retraite, que je regardais justement quand j'ai lâché le mot vieux. Mon visage se décompose pendant une fraction de seconde, avant de retrouver l'applomb nécessaire pour poursuivre. Trop tard! Les filles derrière ont tout de suite saisi ce qui se passait et sont mortes de rire. Ah, ça, pour ce genre de détails elles sont fortes. Si seulement elles affichaient le même sens de l'observation pour tout! Je tente de continuer malgré tout. " Et quelles méthodes propose l'auteur pour sortir les universités espagnoles de leur retard?? Bah il argumente que de toute façon, ils vont bientôt mourir les vi.. les anci... les universitaires." Je deviens livide en comprenant le sens de ce que j'ai dit. La classe n'arrive plus à se retenir. Je commence à mon tour à rire nerveusement et ne parviens plus à m'arrêter. Tierra trágame. Sol, avale-moi.
I. Plus c'est gros, plus c'est bon. La mesure et l'harmonie sont des qualités surestimées.
II. C'est toujous très difficile de savoir ce qu'il faut ressentir en regardant un Almodovar, car ce réalisateur joue constament avec la distance affective qui sépare le spectateur des faits racontés. Dans une scène assez connue, Victoria Abril craque et commence à pleurer au volant, à cause de son mari, qui est un gros con, et de sa mère, une grosse égoïste. Tiens, elle pleure, la pauvre, je me dis assez froidement, c'est beau une femme qui pleure au volant. En même temps, ce n'est ni la première, ni la dernière femme ravagée que l'on voit pleurer dans les films d'Almodovar. Un peu plus tard, dans une autre voiture, elle se remet à pleurer. Elle a tué son mari, et c'est vachement difficile à gérer tout ça, niveau psychologique. Mais cette fois, il y a un spectateur dans la voiture, un flic que les larmes de la belle assassine vont émouvoir et qui finit par lui tendre un kleenex. Magie du cinéma, à l'inverse de la première scène, je suis là sincèrement ému, avec la petite pointe au coeur et tout et tout. Comme dans cette autre scène de Femmes au bord d'une crise de nerfs, où Carmen Maura, qui avait cherché dans tout Madrid pendant toute une nuit son connard d'ex (parce que les hommes, c'est bien connu, sont nés pour nous faire souffrir), finissait par craquer dans le mambo taxi, et que le chauffeur versait lui aussi quelques larmes. Je pleure à chaque fois que je la vois, comme une vraie midinette! Mais je me rends compte à quel point je suis un spectateur assisté : il me faut qu'un personnage du film en situation de spectateur, ma doublure quoi, me montre ce qu'il faut que je ressente, sinon je suis perdu, je ne peux que produire de froids et inintéressants jugements esthétiques.
III. C'est pas donné à tout le monde de savoir porter des lunettes de soleil Coco Chanel en prison. Il faut avouer que Victoria Abril y réussit fort bien.
IV. Pleurer ou ne pas pleurer, telle est la question. Prenons une autre scène ultra connue du film : Marisa Paredes qui chante sur scène Piensa en mí. Ça commence mal. Trop de pression. Dès les premières notes du bolero, il y a eu plein de clignotants qui se sont allumés dans ma tête, genre, attention attention, scène importante, penser à s'émouvoir. Or moi je ne sais pas travailler sous la contrainte. Oui c'est joli, avec la trace du rouge à lèvre sur le parterre, et la larme qui tombe dessus, et le visage déformé de la chanteuse. Et alors? Heureusement Almodovar, qui n'est pas un idiot et qui sait qu'on est tous de gros insensibles, va me guider à nouveau. Milieu de la chanson, on change d'endroit et nous voilà en prison, avec deux lesbiennes qui écoutent religieusement la chanson tout en se faisant des câlins. Donc je n'ai qu'à les imiter et écouter à mon tour religieusement, en faisant des câlins à mon homme. Même astuce dans Volver. Penelope Cruz est certes resplendissante lorsqu'elle chante du flamenco au milieu de la soirée, mais moi, elle me laisse de marbre. Ce n'est que lorsque je vois sa mère pleurer dans la voiture, car c'est la chanson qui lui rappelle les jours heureux d'antant, avant qu'elle ne tue elle aussi son mari et sa maîtresse et qu'elle se fasse passer par un fantôme et toute l'histoire, ce n'est donc qu'en me montrant la valeur affective de cette chanson que je vais à mon tour être ému. Je vous l'ai dit, je suis un spectateur assisté, il faut qu'on me guide.
Tout compte fait, faut avouer que donner des cours c'est rigolo. Surtout les cours d'histoire (Ok, Manu, je l'admets, cette matière est supérieure à toutes le autres sciences humaines, satisfait?)
Je finis aujourd'hui le TD sur le XVIII siècle espagnol. Les deux derniers textes ont été particulièrement beaux, même si bizarrement, lorsque j'ai fait cette remarque aux étudiants, ils n'avaient pas l'air entièrement d'accord. La semaine dernière, c'était un texte de 1792. Un économiste espagnol commençait par disserter longtemps sur les réformes politiques à poursuivre dans le pays, relancer la croissance, modifier le régime de propriété, rééquilibrer la pression fiscale entre ville et campagne, faire un toilettage du code de commerce etc.
Soudain, il s'arrête, et doute de l'efficacité de ces rafistolages des l'Ancien Régime. Peut-il y avoir du progrès social tant qu'on ne s'est pas attaqué aux structures mêmes de la société? Tant que l'injustice sera institutionnelle par l'existence de la noblesse? Tant que l'on n'aura pas fait la révolution?
Il finit par baisser les bras, convaincu de la futilité de combattre contre une institution aussi éternelle que la noblesse.
Dans le texte d'aujourd'hui, un autre économiste arrive à des conclusions opposées. On est 1794, et au vu de l'anarchie dans laquelle est plongée la France, l'auteur prône l'abandon de toute velléité révolutionnaire, et la poursuite sur la voie réformiste, qui est certes lente, dont on ne voit pas toujours les fruits, mais qui est la seule efficace.
Je n'ai pas osé faire un comparatif avec le débat politique actuel. Je ne me sentirais vraiment pas à l'aise sur ce terrain. Du coup, je suppose que la plupart des étudiants ont du trouver les textes barbants : en quoi ça pourrait les concerner, un truc aussi vieux? Un jeune babos au premier rang, assez bon élève, fait figure d'exception. Il n'a pas l'air content de la condamnation sans appel de la voie révolutionnaire et me demande si dans un commentaire on peut critiquer ce qu'avance l'auteur. Avant de répondre, je jette un coup d'oeil à son classeur, où l'on peut voir deux gros autio-collants de la LCR et de Besancenot. Je finis par assumer le rôle de censeur de tout éducateur en lui recommandant de la prudence, tout en étant, je l'avoue, assez attendri.
Hier après-midi avec mon homme, nous attendons assis sur un banc l'ouverture d'un imprimeur de la Place Arnaud Bernard. En face, une boucherie Hallal va bientôt ouvrir ses portes, les propiétaires sont entrain de monter les derniers meubles et d'apporter les dernières touches à l'ensemble. Mais voilà, leur travail est considérablement gêné par un manège assez amusant. Des vieux du quartier rentrent régulièrement pour bavarder un peu et s'assoient sur autour d'une table improvisée, obligeant les futurs bouchers à interrompre leurs occupations et se joindre à eux. Labès? Labès. Et la famille? Bien, merci. Impossible de leur demander, même poliment, de quitter les lieux. Qu'en dirait-on dans le quartier? Et de toute évidence, ils sont là aussi pour évaluer un peu le futur commerce, une sorte d'espions envoyés en mission spéciale par leurs femmes. Faut donc soigner la clientèle.
Quand en voyageant j'arrive à une ville, je m'imagine toujours entrain de vivre là-bas. Je choisis mon quartier, mon immeuble, mon bar, et m'invente un petit quotidien exotique. Le mode de vie des villes arabes, et plus largement, des petites villes méditerranéennes, exercent, ça ne surprendra personne, une puissante séduction sur moi. Je ne sais pas malgré tout si je pourrais y vivre, du moins à long terme. Ce n'est pas pour une question d'homophobie, ou de conservatisme, ça ne me fait pas peur tout ça. Mais je pense que leur conception de la politesse et des rapports sociaux sont incompatibles avec ma façon d'être.
Il y a déjà sept ans, nous arrivions avec des amis, au bout d'un long voyage, en Catanie, une ville moyennement dynamique en Sicile. Nous étions logés dans une superbe auberge de jeunesse. Les propriétaires c'étaient une valencienne et un milanais, qui avaient acheté un vieil hôtel particulier du XVIII à moitié en ruines (comme la moitié des palais en Sicile) et l'avaient retapé avec un goût remarquable. Au milieu des maisons du centre ville, totalement noircies non pas par la pollution et par les voitures, car il y en avaient très peu, mais par la poussière que crachait en permanence l'Etna à quelques dizaines de kilomètres, les murs d'un blanc immaculé de l'auberge ne pouvaient que se faire remarquer. Du coup, c'est le même manège que dans la boucherie hallal d'Arnaud Bernard qui s'était installé. Les vieux désoeuvrés du quartier s'installaient confortablement sur les canapés du salon et y passaient l'après-midi. Après tout c'était leur ville, et ces nouveaux venus, ces étrangers, n'avaient qu'à faire des efforts d'intégration. La jeune valencienne était excédée. Ravi de trouver des compatriotes, elle nous avait vidé son sac pendant toute une nuit. Elle n'arrivait pas à dialoguer avec ces "parasites", qui de toute façon, la regardaient avec le mépris qu'ils réservaient aux femmes actives. Son co-propriétaire, le milanais, était un gros babos qui fuyait tout conflit et relativisait donc l'affaire. Elle voulait vendre ses parts et quitter cette Sicile qu'elle détestait désormais.
L'exemple de cette malheureuse expat revient souvent tempérer mes rêves d'une retraite paisible quelque part au bord de la Méditerrané-é-e...
Où un souvenir réussit à faire sourire Asbel dans un moment de crise
Je sors inconsolable de mon rendez-vous. Le très jeune et très beau dentiste, dont les yeux bleus m'avaient fait oublier, en novembre, la douleur des manipulations aux quelles il soumettait ma bouche, n'était pas là. Bizarrement, son père, en le remplaçant, ne m'a rien fait oublier du tout et la séance n'a été guère agréable.
Dans la rue, je noie mon inmense chagrin en écoutant le B'52 à fond sur mon I Pod, et je pense à la façon très distinguée dont ma soeur avait répondu à notre beau-père lors que ce dernier lui avait fait remarquer que le contenu I-pod c'était quand même un grand foutoir et du gros nimportenawak :
"Un I pod, c'est comme une pute, ça chope n'importe quoi chez tous les gens où il passe".
Dernier cours de la semaine, jeudi après-midi, je suis crevé, ils sont crevés, et le tout est assez chiant, surtout que la responsable de l'UE n'a jamais vraiment réussi à m'expliquer convenablement quels étaient les objectifs."Tu fais ce que tu veux", m'a-t'elle dit en guise de réponse. Grmff.
Je papotte pour meubler, et je raconte ce qu'est un "botellón", réunion de centaines de jeunes espagnols dans une place ou un parking pour bavarder et se saouler le vendredi soir. "Ah oui m'sieur, c'est comme dans Un, Dos, Tres, trop fort". Je suis fier de constater que dans la lignée de Cervantès, Goya et Lorca, mon pays continue à exporter de la grande culture, et de guider l'esprit universel vers son parfait accomplissement.
Qu'il est facile de taper sur les étudiants! Moi-même je le fais sur ce blog régulièrement. Mais comment s'en passer? Il sont tellement drôles... Il ya celui qui s'est juste trompé de deux millénaires en situant un évènement sur un axe chronnologique. Bouh qu'il est inculte! Il y a l'autre qui est tellement perdu dans la vie que pour les exams de septembre, il a confondu l'heure, le jour, la salle, et même le sujet de l'examen, et m'a pondu une belle traduction... en anglais. C'est les anecdotes qu'on se raconte tous les jours entre nous dans les placards qui nous servent de bureaux. Boudu ce qu'il a baissé le niveau! C'est ça la génération télé-console-Meuseuneuh (dont je ne fais évidemment pas partie, hi hi), que veux-tu? Et c'est tous les jours un petit rituel d'intégration qui nous soude, nous les profs, face à cet autre groupe hostile avec qui nous partageons le même espace.
Bon, c'est vrai, le niveau baisse. Un tiers de mes étudiants en première année ne savaient pas situer le Brésil sur une carte. Si si, je vous assure, je suis vraiment tombé de haut le jour où j'ai corrigé ce QCM de culture G. Le niveau baisse, d'accord, et alors? Qu'est ce qu'on fait nous, à part se plaindre? À part des cours de merde? Déjà étudiant, ma perception aiguë de la nullité des cours que je suivais se traduisait par un séchage systématique de trois quart des enseignements. La deuxième semaine de l'année universitaire j'avais déjà jugé et condamné les profs qui me semblaient incompétents et qui n'allaient plus revoir ma gueule sur leurs bancs. Taper sur les étudiants, c'est se dédouaner de notre responsabilité dans le marasme des facs de lettres françaises, et du fait qu'honnêtement, on s'en fout d'eux. De toutes façon, c'est pas nos activités pédagogiques qui vont assurer notre avancement de carrière! Au contraire, un prof trop consciencieux est plutôt suspect. "Faut que t'apprennes à bâcler tes préparation de cours", me conseillait un prof, quand je me plaignais de la difficulté de concilier recherche et enseignement. Et ben voilà, tout est là.
Pire encore, maintenir une grosse partie de la population universitaire dans l'échec, c'est une façon de s'assurer de ne pas avoir trop de travail. De toute façon ils sont nuls non? À quoi ça sert que je me casse le cul à bien expliquer? Aujourd'hui, je reçois dans mon casier le sujet d'examen d'une UE que j'apprecie particulièrement enseigner. "Finalement, j'ai du choisir moi-même le sujet", peut-on lire sur la note adjointe. Ah, ce beau verbe devoir! Que d'implicite! J'adore la façon qu'on mes collègues de toujours profiter pour montrer à quel point ils travaillent plus que moi! Dis-moi, ça n'a pas été trop dur d'ouvrir un livre et de photocopier un texte, le tout sans rien me dire? En tout cas, le sujet est mauvais. Pas qu'il soit inintéressant, mais il est évident que les étudiants ne vont rien comprendre, et qu'ils vont faire un mauvais commentaire qu'il sera pénible de corriger, mais bon, on pourra à nouveau se plaindre du niveau et de tout le tralala. On a cette détestable habitude d'aller chercher le sujet ou l'exercice piégé, qui va perpétuellement séparer les bons des mauvais et nous affranchir du travail de rendre bons les mauvais. Pourquoi faut-il qu'on "piège" les étudiants?
Au fond, les profs avons les étudiants que nous méritons.
Sur la procrastination, la philosophie aristotélicienne et la clé du succès des acteurs porno
Dernier Dimanche avant la rentrée rime avec correction à la hâte de copies. J'ai presque fini le paquet de commentaires de Civi espagnole, qui devient de plus en plus illisible. "L'auteur dénonce dans ce paragraphe l'influence de l'enseignement d'Aristote, célèbre philosophe français des Lumières". J'entoure ostensiblement, et je trace quatre gros points d'exclamation à la marge, mais je regrette aussitôt. J'imagine déjà la voix plaintive de l'étudiante : "mais monsieeeeeeur, Aristote n'était pas au programme, comment j'étais supposée le connaître????" En jeune prof je suis encore désarmée face à ce genre de remarques, j'espère que quand je serai vieux et aigri je saurai lui lâcher quelque méchanceté bien placée.
Vu la qualité décroissante des dernières copies, torchées en un temps record par des étudiants préssés de sortir de la salle, je décide de passer en mode "correction devant la télé". Sur Pink, un bilan de 2006, par des journalistes d'horizons divers. On a invité François Sagat, le célèbre hardeur, élu sans trop de surprise le garçon le plus sex de l'année. Et c'est un tour de table surréaliste qu'on entame autour de la question de la clé du succès de Sagat.
Le rédacteur des Inrocks parle de la mélancolie ineffable dans le regard de l'acteur. Celui de Têtu, de l'insatisfaction quasi existentielle qu'il semble ressentir et qui résonne en nous. Le tout sous le regard amusé de la présentatrice qui de toute évidence trouve hilarante (et incompréhensible) la forte impression que produit la présence du hardeur sur ses invités, obligés de justifier leur débordement légitime de libido par des raisonnements à deux balles.
Un vrai régal en somme, qui m'a mis de bonne humeur et a probablement valu aux dernières copies quelques points supplémentaires...
C'est fou le nombre de gens qui dans ce site déplorent avec ardeur l'impact des SMS sur l'orthographe française et même sur les relations humaines. Un conseil : qu'ils ne partent pas vivre en Espagne. Là-bas le texto est omniprésent et en bien parfois : les manifs spontanées du 13 mars 2004 qui ont fait chuter le gouvernement Aznar reposaient sur le relayage massif d'information via texto.
Dans les minutes qui ont suivi les 12 coups du nouvel an, une fois les 12 raisins mâchés et avalés, et vu que le réseau téléphonique était complètement saturé, des textos ont fusé sur tous les portables de la table. La mode de ce réveillon, le texto soit disant drôle. Mon préféré, d'un goût plus que douteux, repose sur un jeu de mots intraduisible :
"Qué haces por nochevieja? Yo sigo colgado! Firmado : Saddam"
Ce qu'on peut plus ou moins rendre par : "Tu fais quoi le jour de l'an? Moi je suis [toujours sans plan/toujours pendu]. Signé Saddam". Poésie quand tu nous tiens...
Mais le thème le plus populaire était sans doute le changement climatique. Des réveillons spécial rechauffement planétaire, des milliers de textos souhaîtant une heureuse fonte de la calotte polaire, tout y est passé. Faut dire que pour le repas du 25, je prenais l'apéro en T-shirt sur la terrasse de mon oncle. Je sais que comme on m'a répété mil fois en cinquième, les caractéristiques du climat méditerrannéen sont un hiver doux, un été sec et une forte amplitude thermique, mais doux ne signifie pas tropical! En gros, des centaines de barcelonais, dont ma mère, ont du annuler les vacances à la neige et se rabattre sur la plage. Aujourd'hui en traversant les Pyrénnées pour rentrer sur Toulouse j'ai compris pourquoi : les sommets étaient d'une verdure insultante.
Tout ce long préambule, pour souhaiter, à tous et à toutes, avec quelques jours de retard,
UNE BONNE ANNÉE
ET UN HEUREUX CHANGEMENT CLIMATIQUE
Asbel, prince impérial de Péjite, qui le lui gentiment prêté.
Il fallait que le surnom renvoie à un des personnages qui ont bercé mes nuits d'ado et de jeune adulte.
Ça aurait pu être aussi :
L'Homo Asbelus a son Oueb-univers :
L'Homo Asbelus aime les statistiques :
Don JOSÉ MARÍA AZNAR LÓPEZ, retraité, ancien président du gouvernement, ancien inspecteur des impôts, légionnaire du Christ et dépositaire de la mémoire du Caudillo, emploie dorénavant son temps libre et ses dons en comptabilité à surveiller mes visiteurs :
Il profite aussi de sa retraite pour bûcher son anglais. Jugez-en vous même :
L'Homo Asbelus aime la musique :
Pochettes clickables...
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"Wake up! Wake Up! On a saturday night!"
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"E'pain is different" (dixit Manuel Fraga, un jour où il était inspiré.)