Où Asbel bascule dans un univers Buñuelien
Dans une scène onirique du Charme discret de la bourgeoisie, Fernando Rey, qui joue l'ambassadeur d'un obscur pays de l'Amérique Latine, assiste à une grande réception très chic où il se fait importuner par un général avec cette politesse hostile tellement française. "Il paraît que votre pays est très corrompu?""Oh vous savez, il ne faut pas écouter tout ce qu'on dit, on a mis en marche un grand plan national, blablabla" Le général insiste. Fernando Rey, excédé, sort un pistolet et le descend au beau milieu de l'assemblée. Du Buñuel tout craché.
Hier, congelé sur un quai à Narbonne, j'attends impatient ma correspondance, qui a déjà du retard. A côté, une Bobo ennuyée cherche de la conversation. Heureusement, elle préfère la femme à sa droite à moi :
- Alors comme ça, vous êtes espagnole?
- Non, je suis vénézuelienne… (Sans blague? Très physionomiste la Bobo!)
- Oh? Justement ils en parlaient hier aux infos !
- Manifestement gênée Ah bon?
- Si si, ils parlaient, de votre président, vous savez, ce… euhhh… Chavez!
- Et ils en disaient quoi?
Roulement de tambours dans ma tête. Il y a quand même 60 % de chances pour que cette vénézuelienne vénère son Président, et 40 % pour qu'elle le haïsse. Consciente du terrain glissant où elle s'aventure, la bobo va exceptionnellement se montrer un peu habile :
- Oh, ils parlaient du pays, en général…
Mais pas pour longtemps, faut pas lui en demander trop :
- Il paraît qu'il y a du pétrole, c'est ça, du pétrole.Et avec une lueur dans ses yeux, laissant transpirer son écrasant sentiment de supériorité, mais aussi 80 % de pauvres, c'est un pays très pauvre, non?
Comment peut-on rester parfaitement poli et faire à ce point preuve d'une absence totale de tact?
Une deuxième scène de film me vient à l'esprit. Dans Baisers volés, la magnifique Fabienne Tabard apprend la vie au jeune Antoine Doinel :
- Un homme rentre par mégarde dans une chambre où une femme s'habille. En refermant la porte il s'excuse : "Pardon Madame". Il agit avec politesse. Un autre homme fait de même mais s'excuse ains "Pardon Monsieur". Il agit avec tact.
23/12/06 - 14:41
Du grand art de l'anecdote.
En attendant le beau talgo rouge! Asbel est un artiste de l'observation
manu (visiteur - site web)