Texte?
Elle chante le nom qu'elle aime bien,
qui est long et beau,
qui dit seulement :
Méditerra-né-é-e

04/12/2006

04/12/06 - 12:44

All the world is a stage *


Un des avantages indéniables de vivre à cheval sur deux pays, c'est de pouvoir se livrer sans vergogne à l'anthropologie comparative de comptoir. "Les espagnols sont comme ci" et "les français sont comme ça" ponctuent éhontément mon discours quotidien.

Au sujet de cette pratique sociale caractéristique des peuplades occidentales que l'on appelle politique, ma préférence était jusqu'à présent pour l'Espagne. Qui a suivi au moins une fois en Espagne le "débat sur l'état de la Nation", annuel et s'étalant sur plusieur jours, ne peux que s'ennuyer devant la morne vie parlementaire française. Le débat là-bas est retransmis en direct et en prime time sur la chaîne publique, et il constitue un vrai sommet de l'art dramatique, avec des répliques s'enchaînant parfaitement, des coups de théâtre, des effets soigneusement préparés, un chef d'oeuvre en somme.

A côté, les représentations à l'Assemblée Nationale font pâle figure. Et c'est pas étonnant : il manque le héros, le personnage principal. Toute la pièce s'articule autour d'une absence. En honneur à Beckett, on devrait la rebaptiser En attendant présidentot. Et moi, le théâtre de l'absurde, je trouve ça chiant, ça manque de punch.

Mais là je dois avouer que la campagne présidentielle me ravit. Et penser que j'avais raté ça en 2002! A l'époque je n'avais pas de télé ni d'ordinateur, c'est dire si j'étais déconnecté du monde. Ma scène préférée, par son originalité spécifiquement française, c'est la déclaration de candidature. Voyez-vous, en Espagne on n'a pas de scrutins uninominaux. On ne présente que des listes, dont la tête est naturellement le secrétaire général de chaque parti. On est donc privés de ce "rendez vous entre un homme et un peuple" (j'adôôôôôre!!). C'est le "E Lucevan le Stelle" de Tosca, le "c'est un peu court jeune homme" de Cyrano, le "punis-moi de cet odieux amour" de Phèdre, le morceau de bravoure, la tirade monologale que tout le monde attend et qu'il ne faut surtout pas rater.

Et voici que les journalistes te la décortiquent, mesurent la "carrure de présidentiable qu'elle met en évidence" (expression strictement intraduisible en espagnol et qui me laisse encore aujourd'hui perplexe), comparent avec le autres tirades célèbres, en bien comme en mal, comme Balladur en 95, Jospin en 2002, ou Miterrand en 81.

A défaut d'avoir un (ou une, héhé) candidate qui m'emballe vraiment, je sens que les mois qui suivent vont être particulièrement stimulants et drôles à regarder.


* Et tous les hommes et les femmes (politiques), de simples acteurs


commentaires

04/12/06 - 13:15

La comparaison politicienne doit être intéressante quand on a la chance de connaitre les deux cultures, les deux fonctionnements insitutionnels, les deux peuples et leurs attentes, leurs non-dits, leurs exigences sur la vie publique...

04/12/06 - 15:40

oui, c'est une chance :)

04/12/06 - 18:59

L'Espagne est un peu plus clivée non? Chez nous c'est moins net (et de moins en moins net d'ailleurs...) et ça donne des affrontements moins caricaturaux. Il faut avoir une connaissance parfaite des différentes mouvances quelquefois pour apprécier la finesse d'un positionnement et la hardiesse d'une estocade... C'est tout en nuances. Le débat entre Ségo et Sarko puisque c'est d'eux qu'il s'agit va se faire à distance et sur des échanges aussi osés que "J'entends parler d'ordre juste mais l'ordre juste c'est juste l'ordre." On dirait une réplique du Diner de cons. Il y a des scenarii plus palpitants quand même... Alors qu'une bonne empoignade, bien virile, c'est autre chose... ;)

04/12/06 - 19:10

"on devrait la rebaptiser En attendant présidentot."
> Ouais… ou alors : En attendant Lanquetot.
Pour qu'il soit plus coulant.


"C'est le "E Lucevan le Stelle" de Tosca, le "c'est un peu court jeune homme" de Cyrano, le "punis-moi de cet odieux amour" de Phèdre"
> pour un parallèle plus parlant avec les présidentielles, je choisis plutôt dans Phèdre : "Ah, cruel ! tu m'as trop entendue !"

(Au fait, docteur Asbel, les exemples de Cyrano et de Phèdre, ce n'est pas du tout du monologue : ils s'adressent bien à quelqu'un en scène, non ?)

04/12/06 - 19:24

@Farnese :
La tirade qui n'est adressée à strictement personne (cas extrême) est appelée plutôt solliloque.
La longue tirade, même celle qui est adressée (en apparence) à un autre personnage, peut être appelée monologue dans la mesure ou le locuteur exclut longtemps et volontairement son interlocuteur de l'espace des échanges...

Au fait, je ne comprends pas le jeu de mot sur présidentot.. Quelque chose à voir avec le camembert coulant? :-/

@D3log,
Je comparais en fait les débats parlementaires, pas les débats politique en général. Le débat politique français n'est certainement pas privé de punch, mais il se fait rarement à l'Assemblée, contrairement à l'Espagne. Si le Président était responsable devant les députés, et devait s'y rendre régulièrement, ça serait autre chose...

04/12/06 - 19:24

Connaissez-vous la politique britannique ?

04/12/06 - 19:44

Ah oui ? J'avais appris autrefois que le monologue, c'était quand un personnage parlait en étant seul en scène ou croyant l'être, c'est-à-dire ne s'adressant à personne présent sur scène.

De toute façon, dire que par exemple la tirade de Phèdre que tu cites "exclut volontairement son interlocuteur de l'espace des échanges" me semble inexact : le discours n'a de sens qu'adressé à Hippolyte. Elle dialogue avec lui, elle ne cherche que ça, l'échange, justement. Le fait que la tirade soit longue ne change rien au fait qu'il y a interaction entre les personnages présents en scène.

Je pensais que "soliloque" n'était pas spécifiquement un terme d'analyse théatrale.

Mais c'est loin, tout ça.

(Lanquetot, c'est un camembert)

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