All the world is a stage *
Un des avantages indéniables de vivre à cheval sur deux pays, c'est de pouvoir se livrer sans vergogne à l'anthropologie comparative de comptoir. "Les espagnols sont comme ci" et "les français sont comme ça" ponctuent éhontément mon discours quotidien.
Au sujet de cette pratique sociale caractéristique des peuplades occidentales que l'on appelle politique, ma préférence était jusqu'à présent pour l'Espagne. Qui a suivi au moins une fois en Espagne le "débat sur l'état de la Nation", annuel et s'étalant sur plusieur jours, ne peux que s'ennuyer devant la morne vie parlementaire française. Le débat là-bas est retransmis en direct et en prime time sur la chaîne publique, et il constitue un vrai sommet de l'art dramatique, avec des répliques s'enchaînant parfaitement, des coups de théâtre, des effets soigneusement préparés, un chef d'oeuvre en somme.
A côté, les représentations à l'Assemblée Nationale font pâle figure. Et c'est pas étonnant : il manque le héros, le personnage principal. Toute la pièce s'articule autour d'une absence. En honneur à Beckett, on devrait la rebaptiser En attendant présidentot. Et moi, le théâtre de l'absurde, je trouve ça chiant, ça manque de punch.
Mais là je dois avouer que la campagne présidentielle me ravit. Et penser que j'avais raté ça en 2002! A l'époque je n'avais pas de télé ni d'ordinateur, c'est dire si j'étais déconnecté du monde. Ma scène préférée, par son originalité spécifiquement française, c'est la déclaration de candidature. Voyez-vous, en Espagne on n'a pas de scrutins uninominaux. On ne présente que des listes, dont la tête est naturellement le secrétaire général de chaque parti. On est donc privés de ce "rendez vous entre un homme et un peuple" (j'adôôôôôre!!). C'est le "E Lucevan le Stelle" de Tosca, le "c'est un peu court jeune homme" de Cyrano, le "punis-moi de cet odieux amour" de Phèdre, le morceau de bravoure, la tirade monologale que tout le monde attend et qu'il ne faut surtout pas rater.
Et voici que les journalistes te la décortiquent, mesurent la "carrure de présidentiable qu'elle met en évidence" (expression strictement intraduisible en espagnol et qui me laisse encore aujourd'hui perplexe), comparent avec le autres tirades célèbres, en bien comme en mal, comme Balladur en 95, Jospin en 2002, ou Miterrand en 81.
A défaut d'avoir un (ou une, héhé) candidate qui m'emballe vraiment, je sens que les mois qui suivent vont être particulièrement stimulants et drôles à regarder.
* Et tous les hommes et les femmes (politiques), de simples acteurs
04/12/06 - 13:15
La comparaison politicienne doit être intéressante quand on a la chance de connaitre les deux cultures, les deux fonctionnements insitutionnels, les deux peuples et leurs attentes, leurs non-dits, leurs exigences sur la vie publique...
fabulous