Qui a peur de ses concitoyens?
Alors que j'amène mon père, en week ens sur Toulouse, faire un tour à l'expo Absolumental des Abattoirs (Musée qui cela dit en passant, est entrain de me réconcilier avec l'Art ultra contemporain), un vigile du musée nous entend parler catalan et s'approche visiblement ému.
On commence à bavarder avec lui, plus pour se montrer polis que par réelle envie. Il est espagnol, d'Albacete. Il nous décline avec fierté le fond du musée, riche en pièces d'art ibérique contemporain. Puis commence la vieille ranguaine que je ne connaîs que trop bien. Ça fait 30 ans qu'il vit en France et il ne supporte plus. Fort heureusement, le week-end il peut répartir se ressourcer à Lloret, sinon il en crêverait. Pour appuyer ses propos, il sort son portefeuilles et exhibe ses pièces d'identité délicatement entourées d'un ruban jaune et rouge (Arf), ainsi que ses cartes bancaires espagnoles, car tout son salaire est consciencieusement renvoyé vers la péninsule : il ne veut laisser un seul centime de ce côté-ci des Pyrénnées après sa mort.
Je me rappelle d'un coup pourquoi je décline poliment mais systématiquement les nombreuses invitations que m'envoient le consulat, la Casa de España ou l'Institut Cervantès. Je ne me sens vraiment pas à l'aise parmi ce groupe de pleurnichards nostalgiques que l'on appelle ex-pats, toutes nationalités et toutes catégories sociales confondues.
Existe-t-il un vice plus unanimement partagé que celui de critiquer ses voisins?
Un Français, fraîchement rencontré à une soirée, apprend que je suis espagnol. Vous pouvez être sûrs qu'une fois sur deux, il va m'expliquer en détail son voyage en Espagne, les emmerdes qu'il a eues, à quel point on n'est vraiment pas aimables chez nous, et qu'est ce qu'on crie fort, et qu'est ce qu'elle est grasse notre bouffe et qu'on ne sait pas cuisiner. J'acquiesse poliment, alors que j'aimerais lui fouttre mon poing sur la gueule.
Je rentre en Espagne, et je croise des voisins dans l'ascenseur. Au lieu de me parler de la pluie et du beau temps, il s'interessent à ma vie de gavatxo, et finissent par me demander d'où m'est venue cette idée saugrenue de me casser à l'étranger alors que l'on vit quand même dans le meilleur endroit de cette planète, et par s'inquiéter sur la qualité de la bouffe, parce que c'est bien connu, la cuisine française, c'est dégueulasse. J'acquiesse poliment, alors que j'aimerais leur fouttre mon poing sur la gueule.
Du coup, dès que je pars loin, j'évite soigneusement de croiser un concitoyen. Le choc n'en est que plus brutal quand je remonte dans l'avion et que je subis les conversations de mes voisins, faisant le bilan de leur affreux voyage. "Quelle déception, Istamboul! Moi qui m'attendais à une Vienne, ou à un Versailles!" Et mon poing sur ta gueule, connasse, il va te décevoir?
19/11/06 - 17:54
En réponse à al question-titre, je répondrais: MOI. Surtout en ce moment d'ailleurs... Putain, réveillez-vous!
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