Feuilleton familial (II)

J'en ai la confirmation définitive. Les histoires gay, c'est pas du côté des labels Rainbow, de Pink TV ou des amourettes de Brian, Justin et la bande de Pittsburg qu'ils faut les chercher, mais chez les auteurs de BD. Exit le petit minet qui tombe amoureux de son camarade de classe ou le célibataire endurci qui combat sa sollitude en enchaînant les plan culs mais qui cache un coeur gros comme ça. La BD sort des sentiers battus et offre une vision de la "question homosexuelle" bien plus personnelle.
Je viens de finir l'autobiographie Fun Home, lecture qui m'a passablement troublé.
Si j'avais lu ça il y a quelques années, j'aurais été remué pour de vrai.
Les coïncidences avec ma propre vie sont pour le moins surprenantes. Fun home raconte la façon dont Allison, alors qu'elle commence la fac, loin du foyer familial, découvre son homosexualité ainsi que celle de son père, puis reconstruit son enfance à la lumière de cette nouvelle donne.
Comme Alison, la représentation que je me faisait de ma famille a basculé soudainement à 19 ans, et j'ai du entamer un travail d'archéologue pour attribuer un sens nouveau à une série d'évènements de mon histoire familiale qui jusque là semblaient anodins.
A commencer par l'entourage de mon père, qui devient immédiatement suspect. Comme Alison, les "amis" de mon père ont pris une autre dimension. Ces même amis dont on s'était déjà méfié instinctivement à l'adolescence, dont on saisissait inexplicablement le danger qu'ils représentaient.
Souvenir personnel : ma mère est au lit, avec de la fièvre. On apprendra quelque jours plus tard qu'il s'agit d'une fièvre rare qu'elle a choppée au Maroc. Pour l'instant, ça n'a l'air que d'une petite grippe. En sanglots, elle tente de convaincre mon père d'annuler son week end en voilier avec son ami. Mon père ne fléchit pas.
Comme Alison, il ne s'agit que de conjectures. Cet "ami", je pense, n'était qu'un amour platonique. Mais le doute persiste.
Quelques séquences de la BD semblent directement tirées de mon expérience personnelle. Lorsqu'elle rentre pour noël, la narratrice fait une virée en voiture avec son père. La question est timidement évoquée, mais la honte réciproque coupe de façon abrupte cet échange de confessions intimes. Un été, j'étais aussi rentré de Gérone en voiture avec mon père. Il pleuvait (ça ne s'invente pas!). C'est la première fois qu'il m'a parlé de son amant. Pendant cinq minutes, grand maximum.
Dernier point commun, et pas des moindres, avec Alison : alors que nous deux avons réussi, comme on dit, à "s'assumer", à se contruire une identité homosexuelle relativement peu problématique, qui ne mérite finalement que peu d'attention, l'histoire de nos pères continue de se dresser comme un interrogant perpétuel, un sujet que l'on ne finira jamais de creuser.
06/11/06 - 15:07
"The Truman-Andreu's Show"....
Tu es filmé mon petit... ce monde n'existe que pour/par toi...
Ass belle (visiteur)