Printemps de Septembre, bilan

Quand on ne cuve pas des litres d'alcool de la veille, Dimanche, c'est bougeons notre cul du canapé et sortons rencontrer de la vie . Avec mon homme, on décide donc de se finir le tour des expo du printemps de Septembre. Je suis surpris de constater que l'art ultra-contemporain me plaît de plus en plus. Exit les retrospectives Rothko ou Klein, auxquelles David me traînnait émerveillé et pendant lesquelles je me faisait chier comme un rat mort. Là au moins, c'est grand, c'est drôle, c'est stimulant, c'est spectaculaire (les mauvaises langues diront c'est facile, mais je m'en branle). Il y a des fontaines qui crachent du sang. Il y a des voitures écartelées évoquant un viol. Il y a des bagages d'un avion explosé parfaitement réorganisés dans un nouvel ordre macabre. Il y a des rochers cadenassés renvoyant aux secrets intimes d'un paysage psychique.
Et il y a cette oeuvre à ne pas manquer : Asylum de Rosefeldt. C'est supposé être une réflexion sur l'immigration et le regard stéréotypé qu'on porte à ces populations, ou un truc commme ça. Ça consiste en une dizaine de grands écrans qui montrent des demandeurs d'asyle entrain de vaquer à leurs occupations habituelles, mais détournées au point d'en devenir absurdes. Des femmes de ménage albanaises passent ainsi l'aspirateur dans un jardin de cactus. Des kiosquiers turcs empilent des journaux et des papiers devant un moteur à réaction en marche. Des prostituées thailandaises font la poussière dans un entrepôt de bibelots, branlant lascivement les pattes des meubles. Et mon préféré, des gros blacks qui font peur zonent au milieu de statues grecolatines avant d'organiser un combat de poupées hawaïennes danseuses. Sur le coup, je n'ai pas reussi à étouffer un petit rire.

Bien moins drôle cette discussion un peu violente avec une des animatrices de l'expo au Chateau d'eau. Olivier Blanckart y a installé une douzaine de sculptures inspirées des photos qu'un militaire français avait pris des femmes algériennes enfermées dans des camps de concentration pendant la guerre d'Algérie. Pour les nécessités de la photo d'identité, on les avait obligées à enlever le voile. En jouant sur les mots, Blanckart a choisi pour son oeuvre le titre de "femmes déviolées", affichant ainsi une volonté de réhabilitation, de rendre sa dignité à des femmes humilliées. Du moins c'est ce qu'il y a écrit dans le catalogue. Mais l'animatrice de l'expo ne l'a pas lu apparemment, et préfère donner une lecture plus personnelle. Elle explique à un visiteur que si ces algériennes sont déviolées, c'est parce qu'on les a enfin libérées en leur enlevant le voile, et que le voile, c'est du viol. Arf. Elles ont du la sentir profond leur liberté, les paysannes des hauts-plateaux. Deux siècles depuis les guerres Napoléoniennes et cette bonne femme n'a toujours pas compris que les "idées des lumières" ne s'exportent pas à coup de baïonnettes. Bref, mon homme est du coup passablement énervé. Il fait intrusion dans la conversation, donne son point de vue, et passe je suppose aux yeux de cette connasse pour un barbu macho phallocrate voileur de femmes. La connasse en question, menacée dans son statut de détentrice du savoir, s'esquive en corrigeant des points de détail.
- Ah non Monsieur! Il ne s'agit pas de statues, mais de sculptures!
Ouf! L'ordre juste est rétabli à ses yeux. Elle devient à nouveau celle qui sait, face à son public ignorant. Quant à la vérité, qui en veut?