"J'étais livreur de Pizza, près de l'Hacienda"
Que le club des beaux-gosses-forts-en-ortographe cesse de s'assombrir à chaque faute lue dans le JDI ou à chaque SMS reçu. Leur sort, comparé au mien, est des plus enviables. En effet, existe-t-il torture plus insoutenable que celle d'être hispanophone en France? Depuis que Manu Chao a décidé dans les années 80 que l'espagnol était une sorte de langue universelle de la contestation, n'importe qui l'ayant choisie en LV2 au collège se prend pour Neruda ou Garcia Márquez.
Et encore, Manu Chao, lui, parlait très bien. L'ignoble coupable, c'est MC Solaar, dont la chanson Hasta la vista est une vraie leçon de n'importenawaklangue, un charabia strictement incompréhensible. N'y avait-il aucun hispanophone ce jour là dans sa maison de disques pour lui conseiller poliment de laisser tomber? N'y avait-il personne avec un minimum de culture pour lui signaler que non, la pizza n'est pas un apport hispanique à la gastronomie mondiale? Ne pouvait-il pas faire comme Rohff ou Kool Shen et aller se procurer une doublure de Tony Montana dans les banlieues de La havana?
Du coup, les anarcho-stalino-syndicalistes de mon université ont choisi eux aussi la langue de Cervantes pour transmettre leur message politique. En traversant cette après-midi l'arche interdimensionnelle qui sert d'entrée à Mirail Land, je lève la tête pour contempler une fois de plus les oeuvres d'art contestataire que nous avons héritées des combats anti CPE. Au milieu, trône un énorme "SOLA LA LUCHA PAGA", que l'on peut traduire par quelque chose comme "La lutte, quand elle se sent seule, elle dépense". Plus loin, à l'entrée de l'UFR d'histoire, une grande fresque dans le pur style Rivera, avec le Che, des manifestants, des patrons et tout et tout. Sur un coin, une légende : "Este mural lo realizarán los dignos universitarios rebeldes del Mirail, que dijerón basta". Fallait pas rater le cours d'accentuation, les gars! ni celui des conjugaisons verbales, parce que confondre futur et passé simple, faut le faire.. Eh oui, espagnolo, no tan facilo!
04/10/06 - 17:13
"Depuis que Manu Chao a décidé dans les années 80 que l'espagnol était une sorte de langue universelle de la contestation, n'importe qui l'ayant choisie en LV2 au collège se prend pour Neruda ou Garcia Márquez." C'est tellement vrai :°)
stevezissou