Où je tente des nouvelles formes de voyager
L'affaire commence mal. J'arrive à joindre mon contact à 15 h 30, comme prévu, mais il est en réunion, il me rappelle en sortant. Je poirote tranquilement devant mon ordi. 17 h, pas de nouvelles, je tente à nouveau de l'avoir. Toujours en réunion. Bordel. 17 h 30, il me rappelle enfin, méga speedé. Il veut partir de suite, il faut que je sois au Mirail en moins de 10 minutes. Mais bien sûr. Malheureusement, je n'ai pas le choix. Je joue donc la carte "j'arrive tout de suite". Et c'est parti pour un tour de contre la montre à courir dans les rues et les couloirs du métro, en bousculant les pauvres piétons sur ma route à coups de gros sac à dos.
L'affaire ne s'améliore pas par la suite. Le mec arrive avec un gros 4/4. J'avale ma fierté de militant antivoitures et je monte. Moi qui pensais faire la route avec un étudiant fauché, et je me retrouve avec le patron d'une boîte de nouvelles technologies, qui passe la première moitié du trajet à discuter au portable avec ses clients. J'ai l'impression d'être Claire Fisher lors de son premier rendez-vous avec Ted le républicain. Et il va falloir tenir quatre heures!
Puis comme Claire, c'est le déclic. On tente de trouver un terrain de discussion commun, ce qui va s'avérer plus facile que prévu. Déjà, ses enfants sont scolarisés au Lycée Français, où j'ai passé treize ans de ma vie. On peut lancer la conversation sur ça, ça fera un bon début. A mesure que l'on parle, je me rends compte que le gars est en fait super sympa. Probablement de droite, mais super sympa quand même. Le détail qui tue, il ne fait rien payer pour les frais de route, il a juste envie de quelqu'un avec qui bavarder. De plus, il semble vraiment curieux, et m'interroge sur les moindres détails de la vie à Barcelone, où il n'habite que depuis un an.
La deuxième moitié du trajet, je ne la vois même pas passer, et je me retrouve soudain en pleine Via Augusta. Le covoiturage, expérience validée et certifiée conforme. Faudra que je me refasse ça...