Qui a peur du mensonge?
Mon est homme est parfois mystérieux. L'habitude de parler peu, d'en dire le moins possible à son entourage immédiat, lui a laissé quelque tics communicatifs. Ne sachant pas bien mentir, il a opté pour une attitude evasive, qui s'accorde par ailleurs assez bien au caractère austère de sa famille ( de vrais musulmans calvinistes, je vous jure).
Comme lui, je ne sais pas mentir. Je mens mal et rarement. Surtout, j'en ai jamais vraiment vu ou ressenti l'utilité (d'où une incompatibilité de fait avec certaines pratiques politiques, mais ça c'est une autre histoire). Les rares fois où je me suis laissé embarqué dans un plan dissimulation, j'étais passablement gênée, ou au contraire, amusé. Avec M, par exemple, on s'était vus quelques fois. C'était un beau tunisien, fraîchement débarqué à Toulouse pour ses études et toujours stressé par l'heure : que penserait son colloc s'il arrivait trop tard? Un soir, après l'enchaînement cannonique /ça te dis de prendre un pot? ça te dis de passer chez ouam? miam miam slurp/, une idée lumineuse lui traverse l'esprit : allez, il m'invite à manger à la maison. Faudra quand même qu'au préalable on invente quelque chose de crédible pour son colloc. Je serai donc le cousin de Sandra, une fille imaginaire dans sa classe. Je commence à regretter avant même d'arriver, mais je me laisse emporter. Je suis dans une de ces époques de ma vie où la routine s'est évanouie, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Ça y est, on y est. En rentrant, je m'efforce à adopter l'attitude la plus virile dont je suis capable, je voudrais pas le griller le pauvre. Je pense à serrer la main de son colloc de façon énergique, comme un homme, un vrai. M ment étonnamment bien. Heureusement, parce que de mon côté, c'est une catastrophe. À chaque fois qu'on me parle de Sandra, je me contente d'acquiescer, tétanisé. La soirée suit son rythme, Sandra est oubliée. Avant mon départ, M n'oublie pas de me donner quelques exercices pour elle. Je suis bluffé. Alors que je descend les escaliers, une question me taraude. Comment (re)faire confiance aux homos quand la plupart ont appris, par instinct de survie, à maîtriser l'art subtil du mensonge?
13/09/06 - 12:12
j'adore le rapprochement du mensonge avec "certaines pratiques politiques"....
c'est un aveu signé !!!
cyrille-12