Où je remue le couteau dans la plaie
A mon arrivée en France, je ne connaissais rien à la politique de ce pays. Je débarquais dans un internat rempli de garçons anormalement politisés, qui m'infligeaient des débats interminables où des noms propres inconnus étaient pronnoncés sans arrêt. La salle télé passait en boucle des émissions ennuyeuses, comme les guignols, qui semblaient ravir mes camarades mais qui ne reussissaient pas à m'arracher le moindre sourire.
Aujourd'hui c'est quand je rentre en Espagne que je me sens complètement perdu. La sonnette d'alarme s'est déclenchée le mois dernier quand je n'ai pas reconnu le ministre d'affaires extérieures espagnol dans les jardins de la préfecture à Toulouse. Du coup, mes séjours sont en grande partie dédiés à l'absorption massive d'information, histoire de rattrapper le retard.
L'actualité politique espagnole est marquée ces derniers temps par le débat autour du référendum sur le nouvel "estatut" catalan, qui reprend dans des termes quasi identiques le débat référendaire de l'année dernière en France. Je m'explique. L'année dernière, le parlement catalan a voté à la quasi unanimité une charte très ambitieuse définissant un nouveau cadre autonomique (seul vote en contre, le parti populaire, marginal ici). Le texte a été ensuite envoyé à Madrid pour son adoption définitive, où il a été l'objet de très vives polémyques et de très dures négociations avant d'aboutir à un texte final largement amputé. C'est ce dernier texte qui nous est soumis à référendum aux citoyens catalans le prochain 18 juin.
Si le débat a un air de déjà vu pour moi, c'est parce qu'il reproduit les étranges alliances observées en France l'année dernière. Ainsi, le OUI est défendu au centre par les socialistes, les communistes-verts(!), et les nationalistes modérés. Ils considèrent que la nouvele charte offre des avancées très significatives par rapport à l'ancienne charte de 1979, avec, enfin, l'apparition du terme nation. Sur les extrèmes, le NON est défendu d'un côté par le Parti Populaire, par centralisme dogmatique et refus de toute évolution autonomique, et de l'autre, comble des paradoxes, par les Nationalistes radicaux qui jugent le texte final insuffisant et les amputations opérées à Madrid inadmissibles.
Un très bel article est apparu il y a quelques jours dans "La Vanguardia", qui aurait pu servir, mutatis mutandi, pour notre débat référendaire français. L'auteur avançait l'idée que les défenseurs du OUI auraient vu leur tâche facilitée si la question avait été posée dans les mêmes termes que sous la république romaine. En effet, sous la république romaine, lorsqu'une loi était soumise au vote, les électeurs pouvaient choisir de répondre par VR (uti rogas"tel que la loi a été énnoncée"), ou par A (Antiquo, c'est à dire, "je préfère ce qu'il y avait avant"). Il me semble que les évènements postérieurs ont prouvé que le Non de gauche avait tort, et que l'on est restés coincés dans cet "antiquo" qu'est l'Europe du traité de Nice. J'espère que l'on ne fera pas la même erreur en Catalogne.
03/05/06 - 03:51
N'est ce pas là la logique d'un "héritage" franquiste que le PPE défende le centralisme ?
N'est il pas logique que le PC défende le Oui ?
Historiquement cela s'explique...
Bonne chance à vous... et tous mes voeux acccompagnent le chant de la "nation" catalane...
lemarquis