

"Je ne crois pas en Dieu mais je crois en Billy Wilder". C'est le discours que pronnonça Fernando Trueba lorsqu'il reçut son Oscar, il y a dejà plus de dix ans. Billy Wilder n'est peut être pas Dieu, mais il a toujours été un des facteurs de cohésion de ma famille, aussi loin dont je puisse me souvenir. Aujourd'hui encore, la veille du départ de ma soeur à Mexico, on s'est recueilli les trois religieusement devant un de ses derniers chefs d'oeuvres, "Avanti". Dans le film, le personnage de Jack Lemon se laisse lentement séduire par les douceurs d'Ischia, la petite île qui ferme cet endroit privilégié de la Méditerranée qu'est le golfe de Naples.
C'était l'épilogue parfait à un week end de soleil, sel et sable dans un autre coin privilégié de la méditerranée, où j'ai passé d'innombrables étés, la côte qui s'étend de la frontière française jusqu'au golfe de Roses.
J'ai enfin pu montrer à mon homme quelques sites chargés pour moi d'une très forte valeur affective. Le pauvre. Son périple a commencé par un grand repas de famille avec oncles et cousins et tout dans la grande maison familiale de Platja d'Aro, une baie jadis paradisiaque, ravagée par le tourisme. La maison, entourée de pins, garde néanmoins tout son charme ancien, et tout son pouvoir d'évocation. Le souvenir le plus fort reste sans doute cette chambre fermée pendant des dixaines d'années, où ma soeur a longtemps cru naïvement que reposait en paix notre grand-mère. En effet, lorsque celle-ci mourut à un jeune âge, mon grand père, patriarche méditerranéen tyrannique et conservateur, fit fermer leur chambre à jamais. De quoi stimuler abondamment l'imagination d'une pléthore de petits fils qui n'avaient jamais connu cette femme.
Mon homme s'est probablement fait chier comme un rat mort pendant le repas, vu qu'il ne parle pas un mot de catalan, mais il a eu la delicatesse de ne pas se plaindre. En plus, ce n'est que monnaie rendue pour les longues discussions en arabe que l'on m'a infligé en Algérie. Nous sommes ensuite remontés en comité restreint vers les terres plus sauvages du nord, vers les criques désertes qui entourent le joli village de Cadaqués. Là je pense qu'il a été plus impressionné, tellement les paysages sont saisissants. Petite touche qui fait toujours son effet, je l'ai amené devant le resto de Ferràn Adrià (où nous ne sommes évidemment pas rentrés) et ma mère en a profité pour se vanter un peu, en racontant qu'en 1997, elle a pu manger là bas sans réservation, un jour où ils étaient arrivés à la crique en voilier. C'était avant la hype phénoménale qui a suivi.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et mon homme a le malheur de travailler demain. Cette après-midi, je l'ai donc vu filer dans notre voiture de location, le coeur serré comme à chaque séparation. J'espère que les nuits alcoolisées barcelonnaises qui m'attendent vont faire passer plus vite le temps.
02/05/06 - 11:13
Veinard, ils sont trop top dans ta famille, fan de Billy Wilder, un de mes préférés avec "Avanti", irrésistible, "Sunset boulevard" mélo extraordinaire avec la relation étrange de von Stroheim et Gloria Swanson et "Some like hot" à pisser de rire pour ne citer que ceux-là ! Bon séjour catalan :))
ras