Sur une nonne toxico, un colonel facho, et la rédaction de Têtu.
Vendredi soir, je continue de parfaire l'éducation hispannique d'Az (il faut faire bonne impression à mes parents!), et je l'initie à l'époque la plus underground d'Almodóvar. Parmi les nombreux films déjantés qu'il a tourné au début des années 80, l'heureux élu est "Entre Tinieblas", que je n'avais pas revu depuis un bon moment. Je suis agréablement surpris. Je me souvenais du côté le plus trash, drôle, blasphématoire et libérateur du film. J'en découvre le côté touchant, le grandeur du personnage de Julieta Serrano. Les paillettes sublimées par une sensibilité hors du commun...
Je me souviens alors d'une interview d'Almodóvar, où le réalisateur se défendait de faire de la politique. D'après lui, les années 70 avaient été péniblement politisées, et il avait reçu la légereté de la décennie suivante comme une bénédiction. Il concluait enfin sur le ton de la provoque, en affirmant que la frivolité était un engagement politique. J'adhère entièrement à ce dernier point. Malgrè leur frivolité, les films du réalisateur sont un chant à la liberté et un doigt d'honneur à l'Espagne Franquiste qui continue de nous pourrir la vie à travers son fils bâtard, le PP.
Quelques mois après la sortie de son premier film, Pepi, Lucy, Bom, où trois jeunes filles sautaient d'orgie en orgie dans un Madrid qui se cherchait, l'Espagne connaissait, pour l'énième fois de son histoire, ça :

L'armée tente encore de dissoudre l'Assamblée des représentants du peuple souverain. Je ne m'en souviens évidemment pas. D'après les sempiternelles histoires familiales, en apprenant la nouvelle mon père a courru me récupérer à la crêche et s'est enfermé chez les voisins écouter les marches militaires qui passaient à la radio. Ma mère, comme d'habitude plus inconsciente, est restée bloquée par les barrages à son hôpital de Gérone. Avec des collègues dans la même situation, ils ont commandé une paella, débouché le champagne, et fêté la dernière nuit de démocratie (Oui, en effet, je ressemble plus à ma mère). Pendant ce temps, les cadres des récemment légalisés PCE et PSOE brûlaient les archives dans leurs cheminées et filaient à 180 km par heure jusqu'à la frontière la plus proche.
C'étaient des temps troubles. L'actualité était ponctuée d'attentats meurtriers de l'ETA, des milices d'extrême droite et des milices d'extrême gauche. Et pourtant, Almodóvar a continué courageusement à faire ses films, qui transformaient lentement mais sûrement l'Espagne.
Il y a quelques années, la rédaction de Têtu, dans son obsession de séparer les bons pédés des mauvais et de distribuer les bons et les mauvais points, a jugé bon de s'attaquer à Almodóvar, dont ils avaient trouvé le discours politique ambigu.
Le jour où un seul d'entre eux fera un dixième de ce qu'a fait Almodóvar pour la visibilité gay, il aura le droit de l'ouvrir. En attendant, qu'ils la ferment.