La révolution n'existe pas que dans les livres....
Mardi c'est Albi. Je suis un des rares à UFR d'espagnol à ne pas considérer une corvée de passer une heure en TER pour aller donner des cours dans notre satellite tarnais (je me demande comment ils feraient à Paris..). Du coup tout mon volume horaire est cédé à l'université de cette charmante petite ville.
Mais aujourd'hui, c'est Mardi, mais c'est aussi perturbation dans le réseau ferroviare. Et dans ces cas, on se serre les coudes. A midi, Mr M*, un prof du Salvador que j'ai vaguement croisé à la fac se propose de me ramener en voiture, ce que j'accepte volontiers.
Après les cours et un peu de manif, on rentre. Il a manifestement envie de parler, et je le laisse faire. Il me raconte en long et en travers combien il draguait à l'université, et les vestes qu'il se prenait parfois. Il pronnonce cette phrase qui me semble l'essence même de l'Amérique du Sud :
"-La première fois que j'ai été à Seville j'ai eu une impression extrêmement intense. Je savais que j'avais déjà été là bas"
Puis je commence à me faire chier. D'autant plus que j'ai très mal dormi la nuit d'avant et que la voiture produit sur moi un effet soporiphique. Et il n'en finit pas de me raconter un longue histoire d'amour avec une indienne qui a fini par épouser l'attaché culturel de l'ambassade de Suède. Alors que je suis à l'agonie, il me semble entendre ça :
" Et heureusement que mon frère a eu la présence d'esprit de l'appeler quand j'étais prisonnier au Chili..."
Je fais semblant de ne pas être surpris, alors qu'il vient de me tirer brutalement d'un état de semi-torpeur. Il présente la chose comme étant Vox populi, et effectivement je dois êttre le dernier con de l'UFR à ne pas le savoir.
Je réponds froidement :
"- ah bon?
- Oui, car c'est elle qui a réussi à me sortir du stade national...
Là, je n'arrive plus à faire le blasé.
- mais vous étiez au chili en septembre 73????
- oui, l'ambassade de suède a réussi à me sortir et m'a mis dans un vol pour la France..."
Boudu con. Je suis assis à côté d'un authentique révolutionnaire, qui a vécu dans la clandestinité pendant 2 ans au Salvador, avant de fuir au Chili, pays qu'il a dut à son tour quitter pour se réfugier en France.
Je suis bluffé.
09/03/06 - 09:18
Comme quoi, on peut sortir de la torpeur. Il suffit d'un mot !
edeion