Spéciale casse-dedi à Dibi, qui outre les listes à la con, et les jeux débiles, adore aussi le football, et qui à cause de son voyage à la noix est entrain de rater le début de saison de championnats européens, dont plusieurs exploits du TFC
Je retire tout ce que j'ai pu pester contre le jacobinisme de Libération, incapable de lire la vie politique des autres pays autrement que sous un angle franco-français.
Cet article... c'est trop. J'en suis presque gêné. Je pense que mon père jouirait en le lisant. Faudrait que je lui envoie d'ailleurs..
Le journaliste Jean Damien Lesay a bien appris la leçon. Il résume à la perfection la lecture onaniste que faisons les catalans de notre histoire contemporaine, où se mélangent allègrement le vrai et le faux. Une lecture mythique quoi, comme toutes les histoires officielles.
Je sens qu'Eluá le periquito appreciera moyen le link... ;)
Pour un Espagnol, cette histoire du professeur Robert Redeker a comme des airs de déjà vu. Pendant ses décennies de terreur, l'ETA a menacé de mort une bonne moitié des profs universitaires du Pays Basque, et un bon nombre d'ailleurs aussi. Elle en a tué aussi. En 96, Francisco Tomás y Valiente, prof de droit et président du conseil constitutionnel est assassiné dans son bureau à la fac, alors qu'il assurait une consultation de copies. Je déteste cette opposition, mais pour l'universitaire que je suis, il s'agit sans doute du plus beau symbole de la victoire de la barbarie sur la civilisation. En 2000, ils remettent ça. Ernest Lluch, prof d'histoire économique, ancien activiste antifranquiste plusieurs fois emprisonné, et ancien ministre de la santé socialiste est assassiné dans son garage. Juste parce qu'il venait de pondre une tribune où il donnait son opinion personnelle sur ce qui arrivait au Pays Basque. Un électrochoc à Barcelone, où il était très aimé. Des manifstations montres pour exiger l'arrêt immédiat de la violence.Le dégoût.
Puis arrivent les dérives. L'instrumentalisation de la situation par le gouvernement Aznar, ravi de trouver un bouc émissaire parfait, responsables de tous les malheurs de l'Espagne, qu'il ne lâchera pas jusqu'au 14 Mars 2004. La haine. Les pancartes exigeant la peine de mort pour les etarras qui se multiplient. Une foule aggressive et effrayante dont les yeux traduisent une envie incontrôlable de lynchage. Les amalgames : cette désagréable impression que j'avais dès que je traversais l'Espagne d'être perçu comme un nationaliste radical dangereux, capuche et cocktail molotov à la main, simplement parce que je parlais ma langue maternelle, le catalan, avec mes amis. L'impression d'être au milieu de deux groupes de tarés qui n'ont rien de mieux à faire que de se taper dessus par tous les moyens possibles, violents, médiatiques, politiques, etc.
Il semble désormais que la terreur integriste islamiste prenne le même chemin que l'ETA ou l'IRA, à savoir, une relative stabilisation, pointillée de pics de violence. Elle s'installe donc dans un conflit de longue durée. La démocratie ne doit évidemment pas fléchir, et la liberté d'expression doit être défendue à tout prix. Ce n'est pas discutable. Mais bordel, quand je lis les commentaires sur le post de Furyo, rapportant la tribune de Redeker, je me dis qu'on n'est pas sortis de l'auberge. La tribune était outrancière. Monsieur Redeker avait tous les droits de la publier, mais elle reste outrancière. Dire de l'Islam qu'il "tient la générosité, l'ouverture d'esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence," c'est très peut connaître l'histoire de cette religion. Qu'elle soit applaudie par certains gaïens comme "une analyse sans langue de bois" me sidère. Qu'elle soit défendue par un nombre croissant de personnes, y compris à gauche, me terrorise. J'ai à nouveau cette désagréable impression de flotter naïvement au milieu de deux groupes de tarés prêts à tout pour en découdre. D'être ce pauvre intello-fêtard de la fin de la République de Weimar, qui ne s'imagine pas ce qui va lui tomber dessus.
Qui a dit que les socialistes étaient lents à réagir?
Même pas 12 heures d'écoulées depuis que Lionel Jospin a fait ses funestes déclarations, et surprise surprise! Que reçois-je dans ma boîte à lettre électronnique?? Bingo! Ma première lettre de Socialisme et Democratie 31 !! Ce que je suis touché par leur délicate attention...
Heureusement qu'il ne s'agissait pas des autres Indésirables 31, car je les aurais fortement soupçonné de vouloir remuer le couteau dans la plaie...
Finalement, je suis heureux de ne pas avoir le droit de vote. Car ça doit pas être évident d'être français et de gauche, ces dernières années. Voter Chirac en 2002 et Segolène en 2007, voilà un devoir dont je me passe volontiers.
Mais vaut mieux ne pas faire trop le malin. Au rythme où avance la machine à perdre, c'est pour l'autre imprésentable de Malvy que je devrai voter aux municipales de 2008. Je me demande si j'ai vraiment intérêt à m'inscrire sur les listes électorales.
Réunion de section hier soir à la fédé. Le thème, le militantisme et le fonctionnement interne de la section. Une métaréflexion, donc. Et comme toute métaréflexion, la réunion déborde de bonnes volonté, de "il faudra travailler dorénavant à établir les outils de réflexion critique" ou de "il faudra réflechir aux outils de travail dont on se dote" (ces trois mots, "outils" "travail" "reflexion" étant combinables à l'infini). Beaucoup de bonnes volontés, un vaste programme à tenir, et l'impression donnée que l'on fournit un travail monstre, avec toutes ces comissions et tous ces ateliers créés.
Mais depuis me rencontre avec la critique universitaire, je me méfie des métaréflexions. J'ai lu trop d'articles, assisté à trop de conférences où le professeur machin exposait en détail ses problèmes méthodologiques pour aboutir en conclusion à un plan de recherches ambitieux. Un plan, c'est tout ce que ça donne in fine, parce que les vraies recherches, c'est chiant, c'est du travail. C'est toujours plus rigolo de préparer son travail que de travailler.
Je me demande même si la réflexion méthodologique ne se résume pas dans le fond à un cri incantatoire pour se convaincre soi-même et les autres, pour donner l'apparance du travail. Je me demande en fait si les plus gros efforts de l'homme ne sont pas destinés à faire croire à son entourage, à ses supérieurs, à ses subordonnés, que l'on est effectivement en train de bosser.
Et que l'on me dise pas qu'il s'agit seulement d'un tic de fonctionnaires. J'ai tombé des nues le jour où je suis rentré dans une petite entreprise. Auparavant, je croyais sincèrement à tout ça. Notre monde tournait parce que les gens en chiaient grave pour produire de la richesse. C'est ce que m'avaient dit mes parents, mes enseignants, et ce que j'entendais à la télé. Plus t'en chiais, plus tu méritais, plus tu montais. Même quand j'ai fait ma crise d'adolescence, et que j'ai poussé ma gueulante légèrement ridicule contre tout ça, je continuais à croire à la réalité de ce fonctionnement. Il s'agisait d'un jugement de valeur, pas de réalité.
Puis à 20 ans, je me mets à tracter pour une petite boîte de com, qui fait de la soustraitance pour une grand boîte parisienne. Et là, surprise! Entre 75 % et 90% des tracts des commandes reçus ne sont même pas déballés, et finissent directement à la poubelle. Par contre, les rapports d'opération que l'on envoie aux boss parisiens sont vraiment nickel, avec photos et graphiques et tout et tout. A les feuilleter, on croierait toute la ville rose cadrillée par nos fidèles soldats distributeurs. Moins t'en chies, plus tu présentes bien, plus tu montes.
Parallèlement, mes copains barcelonais s'offrent comme cobayes à des étududes de marché, sur les goûts et attentes du consommateur. En fonction de l'entreprise qui a passé la commande, et des indication de la personne en charge du recrutement, David s'improvise fan de tunning, lui qui n'a même pas le permis et Nico se fait passer par un jeune chef d'entreprise dynamique à la recherché des meilleures prestations internet. Bordel, ils avaient les yeux où à cette reunion? Suffit de jeter un coup d'oeil à Nico pour comprendre qu'il ne saurait être un jeune chef d'entreprise dynamique.
Autant dire que même un littéraire comme moi, habitué à la malhonnêteté intellectuelle, est choqué par le manque de rigueur et de méthode scientifique des études (hors université) en Marketing et en Communication, qui pourtant se veulent le comble du sérieux.
Faut dire que je ne comprends rien à l'économie moderne. Le bluff, les parties de poker, très peu pour moi. On me l'a expliqué mil fois, mais mon esprit cartesien ne conçoit toujours pas que l'on puisse payer un billet d'avion Barcelone-Berlin à 1 euro. J'ai juste compris que le futur, c'est de fournir des services aux entreprises. Ne pas produire des biens matériels, mais du discours. Peut être c'est ça la clé du problème. Il est tellement facile que le discours bascule en jolies paroles, en vent, en rien.
Où des impératifs professionnels m'empêchent de profiter pleinement de mes retrouvailles
Quelle est l'obligation d'un jeune homo en retrouvant son homme et son lit après 4 jours dehors et presque 9 heures de train? Vous avez tous deviné, oui. Il doit en en effet se speeder parce qu'il arrive en retard au dîner de rentrée de son équipe de recherche. Funky mon arrivée à Toulouse!
Rasage, habillage et parfumage express et me voici à nouveau dans la rue. Dernière hésitation avant de remonter vers le capitole. Et si j'appelais pour m'excuser? Faut dire que je suis complètement crevé. J'ai dormi à peine 2 heures, enchaînant la soirée de clôture des fêtes de Barcelone et un horrible train de cercanías aux sièges en plastique dur. Note pour moi même : cette fois, c'est vraiment la der des der. Désormais, je hais le train. Et je pèse mes mots. Je dois être dans la phase sadistico-haineuse du processus de rupture affective. Je me surprends en effet à rêver voluptueusement de privatisations et de licenciements de masse. Dans quelques années j'en rirai peut être et me souviendrai avec nostalgie de ces heures à attendre en mangeant les sandwitch déguelasses du bar Terminus.
Je suis donc plus que crevé en rentrant dans le petit resto où on s'est donné rendez-vous. Ma directrice de recherche est de très bonne humeur. Apparament, les dernières feuilles que je lui ai envoyées sont très bien. Ouf. Je me demande si je ne devrais pas l'inviter à ma fête de PACS, celle-là. Je réussis le tour de force de ne pas ouvrir la bouche pendant troute la première moitié du repas. Heureusement, les membres de mon équipe s'avèrent plus pochtrons que prévu, je n'ai donc aucune honte à me resservir du vin à souhaît. Devant, un prof me pond une tirade sur l'enthousiasme de la jeunesse, en particulier en qui concerne la recherche littéraire, et sur son relativisme à lui, issu d'un long parcours qui l'a amené à accorder que très peu d'importance à ses travaux et à la critique en général. S'il savait. C'est pas moi qui va lui en donner, de "l'enthousiasme de la jeunesse en ce qui concerne la recherche". J'argumente vaguement. J'avance qu'il faut bien s'occuper. Et, accessoirement, gagner sa vie, je pense très fort.
Mon Dieu, à 27 ans je dois être aussi désabusé que ce gentil monsieur qui frise la soixantaine. Faudrait peut être que je fasse enfin le bilan sur "mon projet profesionnel", que j'ai soigneusement évité à ce jour.
Sur la baise à l'extérieur, la philosophie straight edge et les permissions de minuit
J'ai compris que je n'étais plus barcelonais quand les rues de la ville ont perdu leur dimension utilitaire, qu'elle ont cessé d'être dans mon esprit cet ensemble de droites permettant de me déplacer d'un point A à un point B, et qu'elle sont devenues une sorte de moteur à évocations, un générateur de souvenirs.
Aujourd'hui, j'avais rendez-vous à 21 h avec Eloy devant Correos. Il pleuvait sur le vieux port, mais une Festa Major barcelonaise ne serait pas digne de ce nom sans la traditionnelle averse de fin septembre. En 96, il y a dix ans jour pour jour, il pleuvait aussi sur le vieux port. Diabologum défiait le ciel en refusant d'interrompre son concert. C'était mal connaître le climat méditerranéen. Au milieu du monologue plaintif de la Maman et la putain, une trombe d'eau bien épaisse s'abat sur le public, qui court s'abriter sous les entrées des bâtiments environnants. Alors que nous tentons de sécher nos vêtements, Marc me fait remarquer qu'à quelques mètres de nous, sous la pluie battante, un couple fait rageusement l'amour contre un mur. Les adolescents asexués que nous sommes restent hypnotisés un bon bout de temps par le spectacle.
En 95, pour mon premier BAM, il n'avait pas plu il me semble. On arpentait les rues bondées de monde du centre ville, en tenant une canette de bière à la main avec la fierté naïve des premières fois. Sauf Rafa. Il avait refusé, car, avait-il déclaré, on peut parfaitement s'amuser sans alcool. Faudra que je lui ressorte ça un jour, tiens. A cette occasion mes parents, qui n'étaient pas vraiment habitués à me voir traîner dehors la nuit, m'avaient donné la permission de trois heures et un billet de 1000 pts pour prendre un taxi en rentrant. Mais va trouver un taxi en centre ville un jour de Festa Major. Va trouver une voiture tout court, même. Ce jour là, les piétons reprennent les droits qu'on leur a usurpés. Pas de taxi donc à l'heure de rentrer. Et c'est à pied qu'il m'a fallu parcourir les quelques kilomètres qui séparent Plaça Catalunya de mon ancien chez moi. En arrivant, avec plus d'une heure de retard, ma mère m'attend réveillée. Pas d'engueulade pourtant. Pour ne plus s'inquiéter inutilement, il est décidé que dorénavant je n'ai plus de limite horaire.
Les BAMs s'enchaînent, rythmant les entrées universitaires. Alaska chante devant des milliers de personnes qu'elle veut être sainte pour avoir des stigmates et se faire fouetter. Une décision funeste de la Mairie décide de réduire les concerts en centre ville et amener les plus bruyants à l'Estació de França. Alec Empire s'évanouit sur scène. Lee Skratch Perry nous annonce qu'une navette spatiale va bientôt se poser sur terre. Marc et moi ne sommes plus asexués depuis longtemps. Rafa boit désormais des litres de bière.
Arf.
Difficile à 6 heures de rassembler toutes les pièces d'une soirée…
Cela a commencé quelque part dans l'après-midi, alors que je rentabilisais à donf mon nouvel I-pod en saccageant l'impressionnante cédétèque du copain de mon père (bientôt mari, faudra que j'assimile un jour quand même).
Quelques heures après, j'ai rendez-vous à Canaletes. Sur un des bâtiments de Plaça Catalunya, une gigantesque pub pour H&M avec Madona. Un illuminé a réussi, par on ne sait quel moyen, à balancer un pot de peinture blanche sur la lèvre inférieure de la diva. Ça lui fait une belle gueule de salope-j'avale-tout. J'adore. Je me sens enfin à la maison.
Les gens arrivent au fur et à mesure. Arola s'est ramenée avec deux amis belges, dont l'accent est tellement exotique pour le toulousain d'adoption que je suis, que je me suis même demandé s'il ne s'agissait pas de flamands avec une maîtrise imparfaite de la langue française. Mais il s'agit de wallons 100% pur jus. Concrètement, de dessinateurs de BD travaillant pour l'hebdomadaire Spirou. En l'apprenant, j'ai du mal à cacher l'émotion. Faut dire que j'ai été abonné pendant des années à ce magazine, et que les aventures de Spirou, Fantasio, et le comte de Champignac m'ont accompagné pendant toute mon adolescence.
24 heures, on danse à Rambla del Raval. Des Touaregs jouent de la guitare électrique sur scène. Parmi l'énorme foule, des dizaines de vendeurs ambulants proposent des morceaux de noix de coco des samoussa, et des packs entiers de bière fraîche. Manifestement, la campagne de la mairie contre la vente clandestine n'a pas connu, à ma plus grande satisfaction, un grand succès. Par contre, la campagne contre la dégradation du mobilier urbain semble plus efficace. Après s'être pris quelques amendes disproportionnées, plus aucun de mes amis n'ose uriner dans les rues. Surtout qu'heureusement, le volet répression de mes couilles s'est accompagné d'un volet prévention matérialisé par l'apparition un peu partout en centre ville de pissotières modèle préfabriqué. Faut espérer que les hooligans anglais et allemands qui arrivent par milliers chaque jour pour participer à la fiesta à l'espagnole sauront en faire usage.
3 heures, la salle d'en haut du MOOG continue son ode imperturbable à la pansexualité. Le DJ se rend t'il compte au milieu de ses trémoussement qu'il est une des figures proues de la nuit barcelonaise des 10 dernières années? En tout cas, les vodkas redbulls s'enchaînent sans arrêt, dosés à l'espagnole, et c'est à peine si je réalise un peu avant la fermeture que c'est Common people qu'ils sont entrain de passer depuis quelques minutes. Bordel, ça faisait vraiment longtemps, ça me rajeunit pas tout ça.
L'affaire commence mal. J'arrive à joindre mon contact à 15 h 30, comme prévu, mais il est en réunion, il me rappelle en sortant. Je poirote tranquilement devant mon ordi. 17 h, pas de nouvelles, je tente à nouveau de l'avoir. Toujours en réunion. Bordel. 17 h 30, il me rappelle enfin, méga speedé. Il veut partir de suite, il faut que je sois au Mirail en moins de 10 minutes. Mais bien sûr. Malheureusement, je n'ai pas le choix. Je joue donc la carte "j'arrive tout de suite". Et c'est parti pour un tour de contre la montre à courir dans les rues et les couloirs du métro, en bousculant les pauvres piétons sur ma route à coups de gros sac à dos.
L'affaire ne s'améliore pas par la suite. Le mec arrive avec un gros 4/4. J'avale ma fierté de militant antivoitures et je monte. Moi qui pensais faire la route avec un étudiant fauché, et je me retrouve avec le patron d'une boîte de nouvelles technologies, qui passe la première moitié du trajet à discuter au portable avec ses clients. J'ai l'impression d'être Claire Fisher lors de son premier rendez-vous avec Ted le républicain. Et il va falloir tenir quatre heures!
Puis comme Claire, c'est le déclic. On tente de trouver un terrain de discussion commun, ce qui va s'avérer plus facile que prévu. Déjà, ses enfants sont scolarisés au Lycée Français, où j'ai passé treize ans de ma vie. On peut lancer la conversation sur ça, ça fera un bon début. A mesure que l'on parle, je me rends compte que le gars est en fait super sympa. Probablement de droite, mais super sympa quand même. Le détail qui tue, il ne fait rien payer pour les frais de route, il a juste envie de quelqu'un avec qui bavarder. De plus, il semble vraiment curieux, et m'interroge sur les moindres détails de la vie à Barcelone, où il n'habite que depuis un an.
La deuxième moitié du trajet, je ne la vois même pas passer, et je me retrouve soudain en pleine Via Augusta. Le covoiturage, expérience validée et certifiée conforme. Faudra que je me refasse ça...
La rupture est définitive, 10 ans d'expériences partagées balayées.
En sortant, je me retrouve sans transition dans la surbondée rue Peyras. C'est la cerise sur le gâteau. Je suis là, à tirer un tronche pas possible au milieu de tous ces heureux consommateurs.
Putain merde, cagüen la puta! Ils ont supprimé le seul train qui me permettait de parcourir les misérables 350 km qui séparent Toulouse de Barcelone en moins de huit heures. Le bonheur aura été bref mais intense, un an à tout casser. Une sorte d'été indien, d'épilogue heureux dans la relation d'amour-haine qui me lie à la SNCF et qui maintenant touche à sa fin.
Longtemps, tout ça me semblait le comble du romantisme. C'était tellement glamour toutes ces gares, ces trains, ces promenades solitaires à la Tour de Carol, à Narbonne ou à Cerbère, en se trimballant un gros sac à dos, car plan vigipirate oblige, on avait fermé les consignes. C'est bien connu, la Tour de Carol ou Cerbère sont des objectifs stratégiques prioritaires du terrorisme international.
Désormais, je trouve ça uniquement chiant. Il est hors de question que je continue à perdre mon temps, alors qu'il est évident que la situation ne va pas s'améliorer. Il n'y a aucune volonté politique pour rapprocher le Sud de la France et le Nord de l'Espagne, et ce n'est pas en jumelant Casteldary-sur-garonette avec St Jaume de Lleirca que ça risque de changer.
Fini donc La SNCF. Ils n'ont pas réussi à me faire préférer le train, et pourtant, j'ai été patient. Place à l'aventure, à l'inconnu. Ce soir, j'ai rendez-vous avec un contact internet croisé sur un site célèbre (un site de covoiturage évidemment, bande d'obsédés!). L'idée me trottait dans la tête depuis un bon moment, mais les cris au ciel terrifiés de mes parents m'avaient jusqu'à présent arrêté. Plus maintenant. Rendez-vous demain pour le compte-rendu...
Mon homme me vantait dernièrement les mérites de la biennale de danse à Lyon. D'après ce que j'en ai compris, le festival est un succès incontestable, aussi bien au niveau de sa projection internationale que de ses retombées locales, faisant intervenir tous les acteurs de la ville dans une construction collective qui vient soigner à sa petite échelle les déchirements du lien social (c'est d'ailleurs la première fois que je lui entends, en parlant de Barre, quelque chose qui pourrait ressembler de loin à l'éloge d'un homme politique de droite). Mon homme finit son panégyrique sur une note provocatrice : "C'est quand même autre chose comme fête que vos défilés paléocatholiques du KKK!". Pffff, petit con va.
Au risque de subir le courroux des plus ardents défenseurs de la laïcité républicaine, si je devais choisir, je garderais sans hésiter les fêtes traditionnelles à l'espagnole, avec tous leurs cortèges de saints, de monstres, de bruits et de lumières. Je redescends d'ailleurs demain à Barcelone pour assister aux festivités de La Mercè, que je n'ai raté auparavant qu'en deux occasion : lors de mon année à Paris, car les cours avaient eu l'indélicatesse de débuter le 10 septembre, et l'année dernière, car un bon ami m'avait fait clairement comprendre que si je ratais encore une fois sa fête d'anniversaire il m'en voudrait éternellement. Outre ces rares exceptions, j'ai mis un point d'honneur à participer tous les ans à ce grand rassemblement citadin, souvent mal compris de ce côté des pyrénées.
En effet, loin d'être une célébration à la gloire de la religion, ou, certains diraient, un inadmissible débordement du catholicisme sur la place publique, La Mercé est bel et bien une célébration à la gloire de la cité. Et Barcelone étant une ville onaniste s'il en est, elle se devait d'organiser des fêtes à la mesure de son égo. Pendant que les cathos iront faire leur messe solennelle devant l'image de la Mare de Deu de la Mercé, des parents montreront à des gamins émerveillés un défilé saugrenu de géants et decapgrossos, les ados et préados danseront sous le feu que crachent les troupes de diables et l'adulescent que je suis ira bouger son cul sur Asian Dub Foundation, Juan Atkins et les autres groupes du BAM. Enfin, de toutes les innombrables traditions que ces quatres jours mettront en scène (parmi lesquelles, avouons-le, la moitié sont indéscriptiblement chiantes...) la plus belle est sans doute celle des castellers. Dans une allégorie vivante de la société et des liens qui la structurent, des dizaines d'hommes et femmes, de tout âge et de tout horizon, se dressent les uns sur les autres pour essayer de dépasser, enfin, cette limite aujourd'hui infranchissable de dix étages.
Bref, en résumé, vive la République, vive la laïcité, et tout ce qui va avec, mais ils ont quand même merdé en faisant décliner la fête populaire, formidable outil de cohésion sociale.
Argh, Ra-ma-dan J-5 déjà!
Cette année encore, je n'ai pas réussi à dévoyer mon homme (cette tentative me vaudra, je sais, de brûler éternellement en enfer, mais je ne suis pas à ça près..).
C'est donc parti pour un mois au ralenti. J'avoue, l'intérêt de la chose m'échappe, surtout quand on n'est pas croyant. L'ascétisme, et moi, ça fait quatre. Il est vrai que je suis quelque part admiratif, ou du moins intrigué par ce genre de pratiques. Mais je ne les comprends pas. Si le monde est une vallée de larmes, à quoi bon rajouter de la souffrance auto-infligée? Ne souffre-t-on pas déjà assez comme ça?
C'est comme cet ami qui comptait donner à son futur fils une éducation sévère, pour l'endurcir et le préparer à brutalité du monde. Pauvre enfant, la vie lui réserve suffisament de coups, pour partir de surcroît avec un bagage affectif bancal.
Pourtant j'aimerais croire au travail sur soi. Aux sagesses. A la spiritualité. A la psychanalise. A la perfectibilité de l'homme. A devenir meilleur.
Mais tout ça reste bien trop sérieux pour moi, et s'il y a quelque chose que je fuis, c'est bien le sérieux. Animula, vagula, blandula...
Corriger les exams de Septembre c'est toujours pénible et ennuyeux, à force de décrypter des copies écrites dans un espagnol très approximatif et véhiculant un réflexion parfois légère, souvent confuse. Par contre, surveiller, c'est vraiment super fun. Les étudiants, dont une partie non négligeable n'a mis les pieds à la fac qu'à des rares occasions, sont complètement paumés. Non Mademoiselle, ce n'est pas l'épreuve de pédopsychologie ici. Non Monsieur, on n'a pas droit au dictionnaire en thème (mais il croit que c'est la fête tous les jours celui-là?). Le bigwinner d'aujourd'hui c'est quand même ce pauvre blondinet fort bien foutu qui est venu me voir à la fin de l'épreuve, car il venait de comprendre qu'il s'agissait de traduire le texte en espagnol et pas en anglais comme il s'était appliqué à faire pendant 120 minutes.
Même les enseignants sont en pleine forme à la rentrée, et fournissent en guise de sujet des QCM surréalistes, avec des possibilités de réponse tel que les populations noires sont arrivées en Amérique du sud parce qu'elles s'ennuyaient en Afrique, la Dama de Elche c'est l'épouse d'Ernesto Guevara, ou /café/ s'accentue en Espagnol parce qu'il s'agit d'une boisson très tonique. C'est incroyable, mais il y a toujours un étudiant fûté qui tombe dans le panneau...
Sur une plaquette marron caca, André Viau, préfet de la régon Midi Pyrénées me souhaîte la bienvenue à cette 23 ème édition des journée du patrimoine. Avec un tel hôte, l'après-midi s'annonce sous les meilleurs augures. Il y a intérêt d'ailleurs : j'ai eu le plus grand mal à extraire mon homme de ses dimanches léthargiques.
Dans la rue, un monde fou, dans l'ensemble gai et excité par l'évènement, mis a part tous ces pauvres gamins et préados qui tirent une tronche pas possible et traînent des pieds. Devant chaque hôtel particulier, un guide assaine à une foule studieuse les mêmes renseignements botanico-économiques sur le pastel et la région. On fait donc un coup d'oeil éclair à toutes ses belles demeures et à la petite maison Callas, avant d'arriver à ce qui devrait être le clou du spectacle : la préfecture.
Faut dire qu'il ne se fait pas chier le préfet. Depuis les saisies révolutionnaires (j'adoooore ce mot. C'est tellement exotique pour un non-français ou un non-russe!), il s'est installé dans le palais de l'Archévêque. Mention spéciale aux beaux jardins avec petits pavillons romantiques inachevés permettant de réflechir à l'inévitable écoulement du temps, jardins que j'avais déjà pu visiter à cette occasion. La préfecture a cru bon y organiser des animations un peu kitchos, avec une sorte de village des métiers médiévaux, où se battent en duel des aristocrates tout droit sortis des Trois mousquetaires. L'anachronisme est pardonnable, et l'ensemble est agréable et bon enfant, et plus important, semble plaire beaucoup aux visiteurs. Restent quand même ces gardes à chaque porte, dont l'attirail est un croisement entre les Orcs du Mordor et les gardes egypto-extraterrestres de Stargate. Et les elfes et lutins qui nous ont accueilli. Manifestement, les organisateurs n'ont pas lu les mêmes manuels d'histoire que moi.
Dans la catégorie "je ne me fais pas chier dans la vie", le Recteur et le Général commandant des parachutistes ne sont pas à plaindre non plus. Le premier, je pense, doit avoir un bel appartement de fonction à l'Hotel Lestat, demeure du XVI eme siècle, dont on a ouvert que la cour intérieure. La plaquette distribuée est à l'image des universitaires que le rectorat encadre : chiante et laide. La vulgarisation n'est apparament pas une priorité. la plaquette est constituée d'un long pavé indigeste, qui s'ouvre sur des considérations d'ordre méthodologique dont l'ensemble des mortels s'en branle.
Quant au Général, c'est dans un grand palais Empire qu'il habite. Entrée par la facade Nord, "sévère et martiale" (sic), encadrés par des militaires quelque peu gênés de remplacer le "circulez, s'il vous plaît" par un beau sourire. L'opération de com est savamment orchestrée : la visite débute avec les explications fournies par une charmante militaire d'origine asiatique qui est censée véhiculer, je suppose, l'image d'une armée française jeune et dynamique.
Bref, c'est pas fini que j'en redemande déjà. Je me suis pris une overdose salutaire de salons, luxe et volupté, et l'impression surement fausse mais oh combien rassurante de vivre encore dans le pays de l'opulence.
Hier soir, repas de couples avec des amis socialistes de mon homme. Ça parle évidemment beaucoup politique, et je commence enfin, à force de discussions, à bien cerner ce qui oppose leur conception de la politique à la mienne (faudra qu'un jour je creuse tout ça d'ailleurs). Fort heureusement, ça ne parle pas que de politique. Le moment le plus hilarant de la soirée, c'est sans doute l'inévitable tour de table sur les histoires familiales et les folies de jeunesse des frères et soeurs des uns et des autres. J'excelle dans cet exercice : ma famille est une mine d'histoires drôles. Et ma soeur ne fait pas exception.
A 19 ans, elle s'est plantée un jour à la maison avec son copain de l'époque et une grosse balise. "Maman, papa, L vient de se disputer avec sa famille, et il va s'installer ici pour une durée indéterminée". Comme il est très difficile de refuser quelque chose à ma soeur, mes parents héritent pendant plusieurs mois d'un troisième fils. L était vraiment adorable, on a d'ailleurs beaucoup regretté quand ma soeur l'a finalement largué. Mais L était un gros consommateur de cannabis. Fauché comme il était, plus possible de se fournir correctement. Il est donc décidé de cultiver de la beuh sur la terrasse.
Comme je l'ai déjà dit, il est très difficile de refuser quelque chose à ma soeur, qui sait se montrer extrêmement persuasive dans sa façon d'imposer ses choix à la famille. Mes parents ferment les yeux une fois de plus. Pendant un printemps et un été, la première chose qu'ils verront en se levant et en ouvrant leurs volets, c'est une demi douzaine de plants de beuh. Les plants poussent, avec leur lot de parasites autres problèmes, ils sont enfin arrachés et mis à sécher dans mon armoire à moitié vide. A la rentrée, ma soeur est sur un tournage de son école d'audiovisuel. Coup de fil à ma mère : "maman, il faudrait que tu m'amènes une des tiges qui sèchent dans l'armoire d'Asbel, parce que je suis sur un tournage, et le metteur enscène, il lui faut absolument fumer de l'herbe pour pouvoir se concentrer (sic)". Ma mère, obéissante, s'exécute. Mais d'une, elle est complètement autiste, comme moi. Et de deux, elle est complètement bourgeoise. Elle ne saurait concevoir de tomber un jour sous le coup de la Loi. La Loi, c'est bien connu, elle est faite pour protéger les honnêtes gens comme elle.
Ma mère, blouse, jeans et sac Loewe à l'épaule, se prommène donc dans les rues de Barcelone, une grosse tige de beuh à la main. Quand on lui signalera, a posteriori, le danger potentiel de la situation, on n'aura en guise de reponse qu' un naïf :
"moi? mais que veux-tu qu'on me dise à moi??".
Le seul avantage d'un régime présidentiel à la française, avec un chef d'État bunkérisés à l'Elysée, c'est que si par une funeste hasard Sarkozy est élu en mai prochain, on ne se le tapera plus en permanence à la télé.
Parce que moi, Aznar, c'était tous les jours que je devais me le farcir pendant le JT.
Comment tourner l'affaire pour choquer le moins possible les chastes oreilles de mes lecteurs hétéros? J'ai beau essayer plusieurs angles d'attaque, ça ne change strictement rien au fond. Je me contenterai de la précaution d'usage : ce post peut heurter la sensibilité, pas pour mineurs, etc.
Revenons-en à nos tons-mou. Après un an d'abonnement à Pink TV (pour des raisons qui continuent à m'échapper, mais passons), je dois me rendre à l'évidence : je n'aime pas les films de boules homo. Pourtant j'ai fait des efforts. Conscient qu'il s'agissait d'un élément important de la subculture gay et sachant que je suis inévitablement attiré par toute forme de subculture, je me suis appliqué à retenir le nom des studio célèbres et des hardeurs connus, j'ai lu avec attention les rubriques et les reportages de Têtu, et je me suis régulièrement arrêté sur la séance du dimanche soir, le carnet à la main pour noter ce qui me semblait digne d'intérêt. J'avais vraiment envie de briller au prochain évènement mondain, en exhibant toutes les connaissances péniblement acquises sur la matière. Mais rien n'y fait. Le porno, c'est chiant.
Petite correction : le porno, tel qu'il est fait actuellement en Occident , c'est chiant. Cet été, j'ai découvert par hasard, dans une librairie barcelonnaise, le manga homo x-rated. Pas ces niaiseries yaoi avec des corps masculins nus, sublimés entre des pétales de fleur de cérisier et des plumes sanglantes d'anges déchus. En effet, le sublime en général et la mièvrerie kitch en particulier sont totalement incompatibles avec mon imaginaire érotique personnel. Pas de vampires androgynes donc, ni de princes de Bavière, mais un évantail de petits pêcheurs, des danseurs traditionnels, des judokas, des lutteurs de sumo, et même des kamikazes. Leurs stéréotypes YMCA à eux, je suppose. C'est évidemment très exotique, sans tomber dans l'orientalisme cheap, genre Ali Baba et les 40 hardeurs, ou les mille et une sauteries. En gros, malgré les fantasmes grossiers mis-en-scène, ça fait vrai dans l'ensemble. Avantages du dessin (épargnez-moi, je vous en prie, une psychanalise sur ma libido enfantine), les personnages sont toujours joyeux, toujours expressifs, et bandent toujours dur. Sans parler des implication éthiques : exit l'industrie du sexe broyeuse de petits minets.
En rentrant sur Toulouse, petit tour sur le net, et je tombe sur des histoires supplémentaires d'étudiants faisant une pause dans leurs révisions pour leurs énièmes concours d'entrée à la fac, et mes préférées, des salarymen qui sortent épuisés de la sacrosainte entreprise japonaise et vont s'envoyer en l'air dans les bars à saké. Deux exemples (très softs, en surfant vous trouverez mieux) ici et là.
Bref, j'ai toujours su inconsciemment que les japonais étaient un peuple supérieur, j'en ai enfin la confirmation.
Je sens que je vais faire péter les moteurs de recherche avec ce post, moi...
Ça va mieux.
Mais quelle idée de me lancer dans des manipulations informatiques compliquées (ce dernier adjectif étant, cela va de soi, éminemment subjectif) alors que je n'avais pas encore bu le premier Coka de la journée!!!
Bref, il vaut mieux arrêter la casse. Charcot lui-même serait surpris des états dans lesquels un simple ordinateur arrive à me mettre. Et vas-y que je l'insulte dans un mélange incompréhensible de trois langues (la colère et la défonce ayant ce point en commun de m'empêcher de construire un discours grammaticalement cohérent). Et vas-y que je tappe des pieds par terre et du poing sur la table, en regardant avec volupté le sursaut effrayé des objets posés dessus.
Il est écrit qu'aujourd'hui je n'arriverai pas à maîtriser mon nouveau serveur FTP. Je maudis la connexion synaptique qui a insuflé dans mon esprit l'idée de changer de serveur. Je maudis l'interface pourrie de Lycoos multimedia et l'incapacité des hebergeurs à faire des tutoriels compréhensibles pour l'ensemble des mortels.
Mes amis étant tous sans exception des brêles confirmées en informatique (je les défie d'ailleurs de me prouver le contraire :P), je serai éternellement reconnaissant à celui qui m'expliquera comment instaler un lien qui marche avec une chanson sur ma base de données Multimedia.
Spéciale casse-dédi à Manu, aux autres géographes, et à Dibi, car il est de notoriété publique qu'outre les listes débiles, il adore aussi les jeux stupides.
Il s'agit de lancer la fléchette sur les capitales qu'on vous annonce à droite, en bochien (fallait pas choisir espingouin!). Ça a l'air tout con comme ça, mais j'ai quand même cumulé 2300 km d'erreur. Bordel de stockholm de merde...
Mon est homme est parfois mystérieux. L'habitude de parler peu, d'en dire le moins possible à son entourage immédiat, lui a laissé quelque tics communicatifs. Ne sachant pas bien mentir, il a opté pour une attitude evasive, qui s'accorde par ailleurs assez bien au caractère austère de sa famille ( de vrais musulmans calvinistes, je vous jure).
Comme lui, je ne sais pas mentir. Je mens mal et rarement. Surtout, j'en ai jamais vraiment vu ou ressenti l'utilité (d'où une incompatibilité de fait avec certaines pratiques politiques, mais ça c'est une autre histoire). Les rares fois où je me suis laissé embarqué dans un plan dissimulation, j'étais passablement gênée, ou au contraire, amusé. Avec M, par exemple, on s'était vus quelques fois. C'était un beau tunisien, fraîchement débarqué à Toulouse pour ses études et toujours stressé par l'heure : que penserait son colloc s'il arrivait trop tard? Un soir, après l'enchaînement cannonique /ça te dis de prendre un pot? ça te dis de passer chez ouam? miam miam slurp/, une idée lumineuse lui traverse l'esprit : allez, il m'invite à manger à la maison. Faudra quand même qu'au préalable on invente quelque chose de crédible pour son colloc. Je serai donc le cousin de Sandra, une fille imaginaire dans sa classe. Je commence à regretter avant même d'arriver, mais je me laisse emporter. Je suis dans une de ces époques de ma vie où la routine s'est évanouie, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Ça y est, on y est. En rentrant, je m'efforce à adopter l'attitude la plus virile dont je suis capable, je voudrais pas le griller le pauvre. Je pense à serrer la main de son colloc de façon énergique, comme un homme, un vrai. M ment étonnamment bien. Heureusement, parce que de mon côté, c'est une catastrophe. À chaque fois qu'on me parle de Sandra, je me contente d'acquiescer, tétanisé. La soirée suit son rythme, Sandra est oubliée. Avant mon départ, M n'oublie pas de me donner quelques exercices pour elle. Je suis bluffé. Alors que je descend les escaliers, une question me taraude. Comment (re)faire confiance aux homos quand la plupart ont appris, par instinct de survie, à maîtriser l'art subtil du mensonge?
Voilà, c'est fait, hier j'ai enfin accédé à la catégorie de vieux con, et plus concrètement à la sous-catégorie de vieux prof aigri. Et pourtant, je n'enseigne que depuis trois ans, j'espérais naïvement que les tics du métier tarderaient quelques années supplémentaires avant de dicter mon comportement quotidien. Mais la tentation l'a emporté sur ma volonté. J'étais là, devant mon écran, entrain de lire cet article sur Wikipedia, quand soudain, paf, une faute historique m'attend au détour d'une phrase. Une petite faute, pardonnable, mais désormais je ne vois qu'elle. Elle m'obsède. Et où qu'il est passé mon marqueur rouge, il me faut mon marqueur rouge! Laissant le champ libre à des pulsions correctrices déchaînées, je décide de m'inscrire sur le champ, rejoignant ainsi la grande famille Wikipedia pour participer à la grande aventure du savoir. Grâce à mon apport, l'humanité pourra enfin dormir tranquille : elle sait à présent que la Generalitat n'a pas été créée en 1977, mais restaurée.
Pour un Barcelonnais, le 11 septembre ne renvoie pas au triste anniversaire des attentats du World Trade Center, ni même au triste anniversaire du coup d'état de Pinochet au Chili, mais au triste anniversaire de l'entrée à Barcelone en 1714, après 14 ans de guerre civile et internationale, des troupes de Philippe V de Bourbon, anniversaire dont en tant que citoyen du XXIème siècle, je n'ai strictement rien à fouttre, mais dont le souvenir continue apparament de traumatiser des générations entières de petits catalans, à tel point qu'il a été institué fête nationale de notre belle communauté autonome. Il est en effet de notoriété publique qu'avant l'arrivée des Bourbons tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu'après c'était vraiment la merde.
Mais j'arrête de me moquer de mon peuple, il me serait aussi aisé de tourner en dérision l'histoire officielle espagnole, ou l'histoire officielle française.
A l'heure qu'il est donc, des milliers de foyers catalans jouissent d'un jour de congé, et peuvent se consacrer à une bonne sieste devant la télévision, sans subir par ailleurs le matraquage d'images abrutissantes montrant deux tours entrain de tomber. Ce qu'ils subissent à la place, c'est un matraquage d'images abrutissantes montrant les cérémonies officielles devant le fossé des martyrs de 1714, et les street fights entre groupuscules néofascistes et séparatisto-communistes en pleine Ramblas. Un de ces groupuscules (lequel cette fois?) aura tenté de perturber, sans succès, le dépôt de gerbes de Pasqual Maragall, président de la Generalitat. Pauvre Pasqual Maragall, poignardé dans le dos par son propre parti, c'est la dernière gerbe que tu déposes. En novembre prochain, des elections autonomiques anticipées vont vraissamblablement redonner une majorité aux nationalistes modérés. On a mis 24 ans à obtenir un gouvernement de gauche en Catalogne, et il aura duré à tout casser 3 ans, sacrifié entre autres aux impératifs des coalitions à Madrid. Si ce n'est pas triste, tout ça...
Ce soir, sur le Capitole, gros concert gratuit à la mémoire de Claude Nougaro. Programme moyennement aléchant, avec Zebda, Diams, et M. Mais bon, a caballo regalado no le mires el dentado, n'est ce pas? Nous choisissons comme point de rassemblement, vous l'aurez déjà deviné, l'incontournable terrasse du Tchin. Point de rassemblement mon cul oui. J'arrive donc un peu à la bourre, alors que la cuite collective est déjà bien entamée. Bon, le temps que les retardataires arrivent, et que l'on réussisse à décoller, va falloir être patient, donc je m'applique consciencieusement à rattraper mon retard éthilique. Le temps passe, les derniers arrivants font apparition, et il devient de plus en plus évident que le décollage est largement compromis. En effet, pourquoi donc essayer quelque chose de nouveau, de différent, alors qu'on peut parfaitement refaire la même soirée qu'hier, avant-hier, que mardi, samedi et vendredi derniers? Qui a dit que la routine n'était pas source de plaisir? Je tente quand même de sonder les éléments de l'assamblée les plus susceptibles de m'accompagner au Capitole. Leur réponse est invariable : on finit la bière puis on y va. Tu parles. Je jette donc l'éponge et finis par me rendre corps et âme à cette énième soirée tchinienne. Devant moi, Y., que je connais à peine, ouvre la conversation par un "la méditerranée ça pue, il ya que du béton et des poissons morts". Toi, mon grand, tu vas pas être mon ami si tu continues. Mais faut pas se fier aux apparences : Y. va s'avérer particulièrement sympa, avec son flegme inalterable alors qu'il disserte sur l'invraissemblance dans Dawson, car il est bien connu qu'un ado se pose peu de questions métaphysique et "ne rêve que de péter la foufoune à sa voisine". J'apprends par ailleurs que le personnage de Mme Cruise finit la série avec Pacy, la salope! Pendant ce temps, C. boit plus que raisonnable. C., la seule personne que je connais à s'être fait jeter à l'entrée de la Paillotte, la boîte la moins classe de Toulouse, c'est dire. Des verres (mon verre!) sont renversés. Des chaises tombent. Des embrouilles de pochtron éclatent. Faîtes chier les mecs!
Et puis il y a Stef, le patron. Celui-là, honnêtement, je me demande s'il nous prend pas pour des cons des fois (oups! hérésie! provocation! blasphème!). Bref, les gars, un peu de variété serait la bienvenue...
Pour une fois je ne vais pas gueuler, ou petit guide à l'intention des étrangers voulant conclure un Pacs (2)
J'ai rompu mon Pacs avec J. en Juin dernier, à l'arrache complet et en suppliant les secrétaires du Tribunal d'instance, car il partait s'installer à Istamboul (salaud!) et que ça risquait d'être bien plus compliqué après son départ.
Je rêvais naïvement que l'attestation de rupture fournie à ce moment là servirait encore de preuve en Octobre. Réveil douleureux : la durée de validité d'une telle attestation est d'à peine un mois, car il est bien connu que la rapidité des services admnistratifs aidant, on peut conclure un Pacs tous les 32 jours en France.
Je dois donc me procurer une nouvelle attestation au Tribunal de Paris. Je regarde les pièces à fournir : photocopie de la carte d'identité. Fastoche. Un p'tit tour chez Monoprix et le dossier est bouclé. Je regarde avec plus d'attention les pièces à fournir : " Si le document est en langue étrangère, il doit être traduit en Français, par un traducteur assermenté près d’une Cour d’Appel".
C'est vrai. Les cartes d'identité sont des documents teeeeellement complexes. Impossible de trouver par déduction qu'Asbel c'est ma date de naissance, 07/07/79 mon lieu de Naissance et Barcelone mon prénom. Je devrai donc débourser une cinquantaine d'euros supplémentaires à quelque heureux traducteur pour une dizaine de mots à tout casser.
Soudain, la lumière se fait dans ma petite tête. Et mon passeport? Il ne sont pas écrits dans toutes les langues de l'UE, les passeports? Après trois pièces fouillées, plusieurs chemises passées au peigne, et quelques jurons balancés aux puissances invisibles qui s'amusent à chacher nos objets quotidiens, je tombe sur le petit carnet couleur bordeaux qui m'attendait bien à la vue sur l'étagère. J'ouvre avidemment. Merde, c'est pas dans toutes les langues : "nombre/given names/prénoms". Oh, mais c'est du français en trois! Du FRANÇAIS! En temps normal, j'aurais poussé une gueulante, trouvé inadmissible que les français cassent comme ça les couilles à Bruxelles pour imposer ce genre de conneries. Mais pour une fois...
Attention! risque de rechutte imminente! Ma consommation de chaînes musicales dépasse depuis quelques jours les bornes du raisonnable. Et j'en retiens quoi, de cette avalanche d'images souvent incohérentes? Puis-je me rappeler seulement ce que j'ai ingurgité hier soir? Il y avait bien un joli garçon en larmes qui courrait derrière un taxi, non? Avec Seal répétant sans arrêt que l'amour aide à connaître son nom, comme si on le connaîssait pas. Et il y avait aussi la robe rouge d'une Madonna rêvant la nuit dernière de San Pedro, robe qui ferait assurément fureur dans la Feria de Abril à Séville, avec une échancrure plus que généreuse. Et les petit minets de Test icicles entrain de signer l'arrêt de mort par excès de réchauffe du revival post punk (c'est moi qui vieillis ou il s'agit vraiment de gamins?). Et Britney entrain de demander à son bébé comment elle était supposée savoir que quelque chose ne tournait pas rond tout en faisant des figures de gymnsatique.
Et du rap à Gogo. Même pour quelqu'un comme moi, qui tourne systématiquement tout à la rigolade, s'infliger à la suite quelques clips de rap Hardcore c'est basculer soudainement dans un monde moins marrant. Même si Sniper a malgré tout réussi à me faire bien rire avec Brûle! La chanson réussi le tour de force d'inciter simultanément la jeunesse à tout brûler parcequ'on est trop vénères, et à participer à la vie citoyenne de leur pays. Au début, je comprennais mal pourquoi ces jeunes avec tout leur attirail militaro-révolutionnaire faisaient yo! yo! avec leurs cartes d'électeurs. Vont-ils les brûler aussi? Bah non, à la fin ils posent tous fièrement avec leurs cartes, sur le slogan "en 2007, votez".
Décidemment, comme dirait la grand-mère de Népo, tout fout l'camp, même la révolution et l'anarchie!
Pourquoi faut-il qu'il gâche toujours mon plaisir...
Mai dernier, je rentre surexcité à la maison, et je commence à agresser mon homme à coup de "tavutavutavutavu???????! il y a un nouveau festival à toulouse! Et ya des panneaux indicateurs sur les boulevards, beh c'est des fakes, avec le même design que la signalisation sur les autoroutes et tout, mais en fait, en vrai, c'est des vers de poésie!!! Tavutavu???"
Regard réprobateur. Silence gêné. Puis il me répond sèchement qu'il était au courrant, que ça s'appelle le Marathon des Mots et que c'est nul : la Mairie a rompu tout dialogue avec les associations et le tissu culturel local et a commandé l'intégralité du festival à une boîte parisienne, c'est leur façon à eux de dynamiser la ville. Et merde. Mi gozo en un pozo.
Même topo avant-hier. On se balade le soir le long du canal de Brienne, et je remarque, en arrivant à la place Saint Pierre, que l'on a déjà installé le jeu de lumières pour le Printemps de Septembre. J'adôÔÔôre le jeu de lumières du Printemps de Septembre, violet, bleu, vert, et surtout rouge, transformant certaines rues du centre ville en vrais lupanars. J'adôÔÔôre le Printemps de Septembre, toutes ces expos à voir, tous ces concerts gratuits, au bord de la Garonne, Miss kittin & the Hacker ou Chicks on speed restant deux sommets des précédantes éditions. Mais à nouveau, mon homme affiche son regard réprobateur. Méeuuuhhhh! C'est pas un festival local le Printemps de Septembre? (bon, il a été volé à Cahors, mais on tentera d'oublier ce regrettable incident) C'est pas le Musée des Abattoirs et l'école des Beaux Arts qui l'organisent? C'est pas un truc integateurmachin ouvert à tous les publics?
Je finis ma tirade, satisfait, et il enchaîne. Non ce n'est pas un festival intégrateur. Non il n'est pas ouvert à tous les publics. Toutes les animations ont lieu dans le minuscule périmètre du vieux centre ville, excluant de fait les populations de la périphérie. C'est du gadget évènementiel. Alors qu'à Lyon, monsieur, le festival des Lumières se déroule sur l'intégralité de la ville, et que l'école et la biennale de danse ont permis de redynamiser jenesaisplus quel arondissement et patatipatata.
Qu'est ce que je deteste quand il a raison.
Où je découvre que la politique, finalement, c'est pas vraiment mon truc
Je ne réussis toujours pas à être vraiment passionné par la politique. Hier soir, mon homme me propose d'aller boire un coup avec des "camarades". Je m'assure dans un premier temps qu'aucune de mes bêtes noires de la section ne sera là, puis j'accèpte avec plaisir. Allez, ce soir, je fais péter la barraque, je vais même tenter de parler! J'ai préparé un argumentaire contre ségolène qui va déchirer sa race! Peine perdue, Ségolène, ce n'est pas à l'ordre du jour. Il faut ménager un peu les sensibilités des uns et des autres, ne pas se montrer trop véhément. Sauf que ménager la sensibilité des ségolénistes, c'est une peu leur permettre d'arriver au vote d'investiture sans-débat, mais passons.
Bref, il vaut mieux parler du programme des municipales, c'est plus concret et plus constructif apparament. Et là, je suis bluffé. Mais comment ils font tous ces gens pour avoir un avis argumenté sur tout? "L'édifice du Conseil Général, comme mode de représentation du pouvoir, c'est un ratage complet" "La nouvelle médiathèque, niveau urbanistique ça merde complètement, elle n'est pas assez intégratrice du tissu urbain environnant et pas assez génératrice de lien social" "Les possibilités structurantes du canal sont complètement sous-exploitées, alors qu'on a la chance d'avoir plusieurs axes fluviaux qui ordonnent l'accès à la cité". Et moi qui continue de me prommener naïvement dans Toulouse, sans évaluer constamment les infrastructures!
La palme, elle est pour L., qui peut broder indistinctement sur les variations dans la taille des exploitations dans les Hautes-Pyrénnées, les avancées technologiques dans le fuselage des nouveaux Airbus ou les effets de la LOLF sur les admistrations des collectivités territoriales, le tout sur un ton juste et clair, un peu trop arrêté néanmoins lorsqu'il s'agit de valorations esthétiques. Arrêté, c'est ça l'adjectif que je cherchais. Les politiciens, les gros hierarques comme les simple militants, sont d'infatigables producteurs d'avis arrêtés. Attends, il ne faut surtout pas être pris au dépourvu! On peut leur demander leur opinion sur l'ergonomie de l'accès handicapé de la bibliothèque de quatier aux minimes, et ils auront à coup sûr une réponse toute prête.
Je finis donc la soirée à siroter mon demi, en me demandant si j'ai vraiment ma place dans le parti, et en regardant avec admiration mon homme débattre. Au moins lui ça lui plaît, et c'est une raison suffisante.
Putain de rentrée de merde, ou les vacances, c'est quand même bien
M'abandonnant à la nostalgie de Septembre, un top five des mes souvenirs de voyage *
(En spéciale casse-dédi au Dibi, qui, je l'ai déjà dit, aime bien les listes)
*ou je me la pète comme c'est pas permis.
I. Meknès, Août 2003
Arrivés à Meknès joyeusement à l'arrache, comme tout ce voyage avec Nico d'ailleurs. Les premiers hotels bas de gamme visités s'avèrent être en fait des maison closes. Damned. Puis, au détour d'une petite ruelle, c'est le coup de coeur. Une auberge sans prétentions, mais ça a l'air bien sympa. Dans un premier temps, la jolie gérente nous annonce qu'il n'y plus de place, avant de nous proposer de dromir sur la terrasse. On monte voir, et on tombe immédiatement sous le charme. On passera une inoubliable soirée, à fumer le cadeau rammené du riff, à regarder les étoiles et à écouter la musique qui monte de la médina, où la vie ne s'arrête décidémment jamais l'été.
II. Istamboul, Août 2004
Taxim, un des rares endroits que j'ai visité avec une vie nocturne comparable à celle de Barcelone (Là, je me la pète vraiment grave, hé hé). Ma soeur se fait draguer gentiment par le DJ du bar. Son service fini, il nous propose de nous montrer les meilleures boîtes du coin. On ne regrettera pas. Une heure après, en effet, je suis passablement ivre, sur une énorme terrasse parsemée de coussin, de la techno orientalisante qui passe en boucle, et la Corne d'Or qui s'étend à mes pieds, parfaitement illuminée. Pendant une seconde, je me prends pour Mehmet le conquérant, près à déferler sur la capitale byzantine.
III. Rome, Août 2001
Les autres sont allés se coucher depuis belle lurette, mais David et moi nous débordons encore d'énergie. On enchaîne les bars jusqu'à leur fermeture, puis c'est le dilemme. On rentre? David, qui a regardé trop de films dans sa vie, tient à rendre hommage à Anita Ekberg. On décide de faire le détour, mais malheureusement, à côté de la Fontana di Trevi, une voiture de carabinieri surveille toute la nuit les illuminés comme nous. Par contre, assis sur le rebord de la fontaine, un petit groupe d'italien vient de déboucher une bouteille de champagne et nous fait de gros signe pour qu'on les rejoigne. Dit i fet. Au fur et à mesure que j'enchaîne les verres, je me lâche avec mon italien. Bordel, c'est la première fois que je parle cette langue, et j'ai l'impression de l'avoir fait toute ma vie...
IV. Alger, Août 2005
Par un concours de circonstances, je me retrouve à me prommener tout seul dans les rues de la Casbah algéroise. Soudain, je tombe devant le mausolée de Sidi Abderrahmane. Habitué à l'hostilité et à la méfiance justifiée des musulmans envers les occidentaux qui visitent leur lieux de culte, je décide de ne pas m'arrêter. Mais l'Algérie, c'est différent. Le gardien et les vieilles femmes qui l'entourent tiennent absolumment à me montrer cet endroit. Leur fierté est touchante. Pas d'arrière-pensées, pas d'embrouilles : de l'amabilité désintéressée. Ils ont sincèrement envie de faire connaître leur pays aux rares visiteurs. "chebb, eh?!" me lance une mamie. Joli, n'est-ce-pas? Ce jour-là, j'ai entre-apperçu ce que ça devait être de voyager dans un monde que le tourisme de masse n'avait pas encore ravagé.
V. Athènes, Août 2006
La visite de la journée, je l'ai un peu faite en mode pilote automatique. Je n'arrive pas encore à m'installer dans l'état d'esprit voyage. Pour le coucher du soleil, je propose à mon homme de monter à l'areopage. L'endroit est remarquable. Une lumière parfaite baigne la vielle et l'acropole. Puis le déclic se fait. Bordel, je suis en Grèce, avec mon homme. Fuck les papiers que je n'ai pas envoyé au rectorat, le travail que je n'ai pas fini pour ma prof et mon colloque d'Octobre. Je suis en Grèce.
Parmi d'autres extravagances, mon homme tente de me faire gober qu'il est parfaitement naturel, après une partie de jambes en l'air, d'avoir une pêche monumentale. A l'écouter, il se sentirait presque prêt à attaquer le versant nord de l'Everest, en hiver, et sans bouteille d'oxygène.
De mon côté, je tente de lui faire prendre conscience d'à quel point son extraordinaire métabolisme contredit aussi bien les plus éminentes études scientifiques sur la question, que les lieux communs les plus banals, les deux coïncidant pour une fois. Je tente en conséquence de lui faire remarquer que mon métabolisme à moi, excusez le manque d'originalité, s'inscrit dans la droite lignée de l'écrasante majorité des hommes de cette planète, hétéros et homos confondus.
Mais rien n'y fait. Il est écrit que je ne réussirai plus jamais à dormir tranquil, avec la satisfaction du travail bien mené.
Après la mauvaise surprise de lundi dernier, et après des engueulades conjugales à répétition (Du "je t'avais dit qu'il fallait s'y prendre avant!" au "je t'avais dit qu'il fallait commencer à économiser et pas tout claquer en restos"), on a réussi, la tête-froide, à fixer une date pour la fête du PACS, qui ne coincidera pas, de toute évidence, avec sa signature effective. Mais de toute façon, vous ne seriez jamais tous rentrés dans les trois mètres carrés du bureau du tribunal d'instance, donc pas la peine de bouder.
La date fixée c'est donc le dernier week end de Février, le deuxième anniversaire de notre rencontre, car un peu de symbolisme et de cucul ça n'a jamais tué personne. C'est dans plus de 5 mois, donc vous avez largement le temps de noter ça dans vos agenda sur-chargés.
Pour l'instant c'est définitif mais pas trop, on vous préviendra en bonne et due forme lorsque le tout accèdera au statut de définitivement définitif.
Les premières fois où nous dormions ensemble, mon homme ne fermait pas l'oeil de la nuit. Ses trente années de célibat s'étaient traduites par une incapacité à partager son lit. Longtemps, il m'a même interdit de le toucher la nuit.
Aujourd'hui il veut me faire gober l'inverse. Seul, il lui serait apparament difficile de trouver les voies de Morphée. Impossible de résister à certains chantages : je tente donc dans la mesure de possible de faire coïncider mes horaires de thésard coupé du monde avec les ses horaires de trimmard exploité par le grand capital (euh, les puissances d'argent c'est apparament plus à la mode).
Mais pas de coïncidence possible les dimanches soir. Après la cure de sommeil intensif du week end, je sais d'avance qu'une bonne insomnie m'attend, pas la peine de faire semblant. Du coup, c'est soirée solitaire devant la télé. Sur PinX, Revolución Sexual complète ma culture historique en m'apprenant que Pancho Villa, outre une fausse moustache ridicule, en avait aussi une très grosse (armée bien sûr). Et qu'il s'est fait fusillé par une demi-douzaine de soldats bien armés. "Ce film changera durablement l'image du Mexique" conclut un des guerrilleros rassassié, dans une mise en abîme ultra cheap. J'adôôôôôre.
Puis c'est l'inévitable séquence "cinq-minutes-encore-et-je-vais-au-lit", allongeable à l'infini. Parmi le flot d'images à peine enregistrées dans ma rétine, ce clip certes hyper cucul, mais qui a comme mérite non-négligeable d'être tourné dans ces petits villages italiens tellement charmants au bord des lacs au pied des Alpes, et moi, les petits villages italiens tellement charmants, et en particulier, leurs palais renaissance au bord des lacs, au pied des Alpes, bah c'est vraiment mon fantasme ultime de luxe et volupté (je sais, enfant, j'ai trop regardé la Mélodie du Bonheur).
Dans la blogosphère, les postulats de la géométrie euclidienne ne fonctionnent pas. En effet, les parallèles se coupent, et pas qu'à l'infini : je suis linké par un jeune UMP de la Moselle, à l'autre bout du monde. Cette perturbation dans l'équilibre délicat des dimensions parallèles risque d'entraîner un desastre cosmique sans précédants.
Je pourrais presque recycler une vieille photo du Tchin, tellement les soirée s'enchaînent et se ressemblent, mais une fois n'est pas coûtume, je vais miser sur l'honnêteté intellectuelle
Terrasse du Tchin donc, un Samedi soir, avec les habitués du lieu (désolé Manu, pas de bombasses en rut). Un échange anodin sur nos impressions réciproques autour duVent se lève dérive une fois encore vers ce débat qui n'en finira vraiment jamais et que l'on peut baptiser par quelque chose d'aussi abordable que "Critères et discours produits dans la hierachisation des produits culturels de -8000 à nos jours". Faut toujours se donner des objectifs abordables.
La discussion bat son plein, on déballe à tour de rôle des arguments qui commencent à sentir grave le réchauffé, quand mon homme me signale que la table d'à côté est entrain de se foutre bien gentiment de nos gueules. Et à raison. Bordel, j'étais à fond et me voilà bloqué d'un coup. Je me revois, quelques années auparavant, devenir rouge dans le métro, alors qu'un Dibi surexcité (oui, je sais, c'est un pléonasme) m'expliquait émerveillé, avec son superbe accent tarnais et sa voix peu discrète, que des récents études avaient rapproché les juifs d'Égypte au temps de Moïse et les adorateurs du Dieu Aton. Tout en écoutant le Dibi, j'avais soudainement pris conscience que tous les usagers avaient les yeux rivés vers nous, et devaient se demander de quelle planète lointaine avions-nous débarqué.
Bref, en revenant à la terrasse du Tchin, j'aurais pu, dans un effort surhumain, envoyer chier (dans ma tête évidemment) les quatre fashion victims de la table d'à côté et leur censure à la noix. Mais voilà que pour m'achever, les deux garçons du groupe, assez bogosses de surcroît, commencent à s'embrasser langoureusement et sans arrêt, signant ainsi la victoire définitive et sans appel du corps sur l'esprit. À quoi sert en effet de débattre quand on peut baiser?
Il y a de la provoc dans l'air, le plaisir à peine voilé de bousculer un peu la clientèle hétéro du bar. Les deux minets, de plus en plus expansifs, se rapprochent progressivement de notre table, et l'image est assez surréaliste d'un Manu nous parlant de discours produits et de chaisplusquoi (désolé, je ne t'écoutais plus), et à quelques centimètres à peine de sa tête, les deux amants qui se violent à moitié.
Vaincus, nous quittons les lieux.
Que peuvent faire deux homos en rentrant chez eux un vendredi soir, disons, vers deux heures du matin, passablement éméchés, pour inaugurer le week-end? La réponse peut sembler évidente mais ne l'est pas apparament pour mon homme, qui, à peine arrivés, allume la télé et s'installe devant l'édition de nuit d'I:télé. Attends, t'imagines, il n'a pas vu les infos depuis 13 heures! Une bombe atomique a pu tomber quelque part dans le monde et nous on ne sait rien parce qu'on buvait naïvement nos demis sur la terrasse du Tchin. Nous faisons de beaux inconscients!
Plus tard, dans le lit, je pose question qui tue. et si tu devais choisir entre ne plus jamais baiser, et ne plus jamais avoir accès à l'actualité politique? Mon homme hésite quelques secondes. Je me rends compte à ma plus grande surprise, que la recherche d'information est passée, chez lui, du statut de simple plaisir à celui de nécessité impérieuse, voire à celui de besoin physiologique. J'imagine en effet son cerveau entrain de sécréter des endorfines de plaisir à chaque fois qu'il se branche sur les chaînes d'info, pour calmer les synapses endolories après quelques heures de sevrage...
Remarque, je peux parler moi. Dans ma vie, j'ai cumulé une gamme d'addictions à faire pâlir un héroinomane, et GA n'est pas une des moindres. Vive le monde moderne et son rapport obsessionnel aux choses!
Je précise, au cas où un médecin passerait pas là, que ce post n'avait aucune visée scientifique...
J'ai réussi a tenir pendant une année entière. Exit la vie à l'heure new yorkaise : quand je me suis installé avec mon homme, j'ai mis un point d'honneur à me réveiller tous les matins avec lui et prendre ensemble un micro petit déjeuner tout en commentant l'actualité politique débitée par Bruce Toussaint et Stéphanie Renouvin sur Canal +. Bon, en fait commenter c'est un bien grand mot, vu l'état de nos connexions neuronales à 7 heures du matin, nous étions plutôt allongés en silence sur le canapé. Mais le rire pour le moins particulier de Marie Colman essuyait systématiquement un ou deux commentaires. Et la sexualité du présentateur faisait aussi débat, jusqu'au jour fatidique où il a commencé à parler de sa fille adorée.
Evidement, à la longue, un tel horaire a supposé un effort bien trop important pour la grosse feignasse que je suis, d'où un abandon progressif du rituel. Mais ils me manquent aujourd'hui, ces cons de la Matinale. On n'invite pas des gens déjeuner chez soi tous les jours sans conséquences...
Les impératifs horaires s'étant évaporés, je peux me consacrer assez régulièrement à une de mes activités nocturnes préférées, particulièrement abêtissante, à savoir, zapper sur les nombreuse chaînes musicales du cable. A-t-on déjà mesuré les pics d'audiance que doivent se faire MTV & co grâce aux insomniaques? Bref, hier soir j'ai encore succombé et alors que je me répétais pour la énième fois qu'un dernier clip et basta, au lit, je tombe sur ça :
Je ne me souviens plus exactement quand, mais un jour l'insuportable hooligan montreur de fesses issu d'une bande de minets insipides est devenu quelque chose d'autre, difficile à définir. En fait si, je me souviens, la première fois qu'il avait attiré mon attention c'était avec le truc en français, tout le monde a besoin d'amour ou quelque chose dans le genre. En tout cas, vive le postmodernisme, ou comment revisiter le phantasme masculin par excellence, sur un ton légèrement moins vulgaire que le rappeur entouré de bombassent qui trémoussent du cul.
A l'opposé, en somme de Nausicäa, que j'ai enfin réussi à voir hier soir. Pas de deuxième degré, pas de distance, pas de reflexion métadiscursive, ce serait complètement incompatible avec le souffle épique que veux donner Miyazaki à ses oeuvres. Et pourtant, c'est la classe ultime. Au placard les seigneurs des anneaux et autres stars wars. Miyazaki, ou comment faire de l'épopée intelligente.
Une précision s'impose néanmoins : je suis le prince de Péjite, pas de Péjité. Ces traducteurs, vraiment!
Asbel, prince impérial de Péjite, qui le lui gentiment prêté.
Il fallait que le surnom renvoie à un des personnages qui ont bercé mes nuits d'ado et de jeune adulte.
Ça aurait pu être aussi :
L'Homo Asbelus a son Oueb-univers :
L'Homo Asbelus aime les statistiques :
Don JOSÉ MARÍA AZNAR LÓPEZ, retraité, ancien président du gouvernement, ancien inspecteur des impôts, légionnaire du Christ et dépositaire de la mémoire du Caudillo, emploie dorénavant son temps libre et ses dons en comptabilité à surveiller mes visiteurs :
Il profite aussi de sa retraite pour bûcher son anglais. Jugez-en vous même :
L'Homo Asbelus aime la musique :
Pochettes clickables...
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"E'pain is different" (dixit Manuel Fraga, un jour où il était inspiré.)