Comment un sceptique, indécis, peureux et allergique aux épanchements lyrico-révolutionnaires se retrouve un samedi à 5 heures du matin à tenir un mur humain en priant qu’une des balles en caoutchouc qu’on entend depuis des heures ne s’égare et vienne lui déchirer le tympan ou, pire, que les hooligans du Barça qui ne cessent de courir autour ne décident de semer un peu plus le désordre dans ce soir de victoire en forçant l’entrée dans la Place Catalogne ?
D’autant plus qu’Acampadabcn, le nom dont s’est doté le campement d’indignés à Barcelone, est l’incarnation du cauchemar cartésien, le discours de l’anti-méthode. Le seul postulat théorique est « l’intelligence collective de la place », qui fait la même fonction que « la main invisible du marché » chez les libéraux, la CIA chez le noyau dur de cocos, ou « l’impénétrabilité des chemins du Seigneur » chez les cathos, c’est à dire, l’arme à tout expliquer, la grille de lecture ultime. Mais aussi ce qui permet de surmonter toutes les contradictions (infinies) du mouvement. Les indignés sont à la fois radicaux dans leurs méthodes et leur esthétique, et d’une modération surprenante dans leur propos (Avec trois axes principaux, démocratie transparente et participative, régulation et sanctions au secteur financier, régulation et sanctions au secteur immobilier, bref tout ce que devrait faire la social-démocratie et qu’elle ne fait plus). Ils sont prévisibles dans leurs dérives et imprévisibles dans leurs succès. D’une ringardise affligeante dans les slogans neuneus (non, mais pas John Lennon !!!) et résolument à l’avant-garde dans l’utilisation des réseaux sociaux et virtuels. Un enfer bureaucratique kafkaïen avec des sursauts de spontanéité. Un espace intégrateur et agrégatif avec des réflexes d’isolement paranoïaque. Une caricature à peine forcée de notre société et une dimension parallèle à l’autre bout de l’univers.
Mais comment ne pas en tomber amoureux ? Amour c’est le premier mot qui vient à l’esprit quand on pense à la Place. Et pas à cause des hippies de la commission « Spiritualité et Révolution », avec leurs séances de méditation collective et leur chaman qui nous aspergeait d’eau bénite le soir du Barça. Simplement parce que comme dans tout mouvement jeune, ça drague à tour de bras, les garçons avec les filles, les filles avec les filles et les garçons avec les garçons. Et évidemment, dans un premier temps, j’y suis aussi allé pour draguer et socialiser. La commission électorale venait d’interdire les rassemblements, première erreur qui a décuplé en quelques heures, via internet, le bruit médiatique des indignés, remportant l’adhésion massive d’une société espagnole où le discours institutionnel est complètement discrédité.
Je sors du boulot, tout près du campement, je décide de faire un tour pour voir si je croise H le jeune communiste qui m’avait expliqué avec des yeux pétillants l’enfermement à la fac lors des grèves, pendant que je pensais à la meilleure façon de l’amener chez moi, ou A, le jeune anarchiste, éducateur moniteur, qui veut passer les vacances en Cisjordanie et dont je garde aussi de très bons souvenirs. Arrivé à la place, premier constat, ça va pas être facile : il y a plus de 10 000 personnes, qu’aucun parti, syndicat ni association n’ont convoquées et qui font un bruit monstrueux. Je suis sur le point de laisser tomber, quand, le hasard fait bien les choses, H apparait au détour d’un des stands. Présentation à ses amis, tous nés après la chute du mur et que je double donc en âge, mais peu importe, je ne suis plus le marginal qui se promène le regard hagard au milieu des groupes de jeunes heureux et socialisés, j’ai désormais un point de chute. Pour peu de temps. Le salaud de H finit par « disparaître », pendant trois heures, avec un minet à dreadlocks et aux jolis yeux. Petit veinard va. Je me retrouve donc avec sa colloc végétalienne qui nous propose fortement d’assister à la première réunion de la toute fraiche sous-comission « droits des animaux ». À ce moment là je me dis que je suis au bout du gouffre, et que je devrais rentrer en France, intégrer une vie bourgeoise et faire des apéros-dînatoires.
Mon passage éclair chez les bouffeurs de soja restera dans le top 5 des grands moments surréalistes à acampadabcn. La sous-commission est « modérée » par un gourou dont on apprendra plus tard qu’il s’agit d’un gros activiste avec quelques succès de lobbying à son compte à Bruxelles. J’ai tellement honte d’y être associé aux yeux des passants que j’essaie de marquer une distance physique et kinésique par rapport au reste, mais après j’ai honte de cette attitude par rapport à la colloc de H, et je finis par me résigner et par calculer au bout de combien de temps il est poli d’abandonner la réunion. Mais si les amis des animaux m’ont bien fait sourire à coup de reconversions progressives de l’industrie de l’élevage, c’est sans doute aux amis des plantes que revient la première place du top 5. Le jour suivant, en effet, je croise M, ex-ingénieur de l’INRA, reconverti en spécialiste de la permaculture, très mignon mais qui avait eu le mauvais goût de m’infliger pendant des heures des vidéos de paysans chelous avant de bien vouloir passer au lit. M est descendu exprès de sa ferme-labo au bout du monde pour faire avec des amis un « commando ensemencement urbain », ce qui consiste à jeter de grandes quantités de graines sur toutes les surfaces cultivables de la ville. Il insiste pour que je participe, je décline l’offre, il insiste à nouveau (mais putain je t’ai dit NON, on n’est pas à la petite maison dans la prairie mais à Barcelone !), il ouvre ma main manu militari et y dépose des graines que je me retrouve à lancer un peu partout dans l’ancien parterre de fleurs qu’on a détruit pour laisser place au futur potager du campement, décision unilatérale de la commission environnement, sans mandat ni approbation de l’AG, polémique âpre ce jour là qui aurait bien pu finir avec le mouvement.
Mais trêve de folklore babos, qui certes est une partie non négligeable du campement, assurément la plus drôle, mais qui ne saurait rendre justice ni, bien sûr, expliquer pourquoi j’y suis resté. La place est magnétique. En témoignent la quantité de passants qui s’arrêtent, demandent et flânent ou le succès des débats et groupes de réflexions ouverts organisés aux marges de la place et qui attirent une foule de curieux. Pourtant elle est d’une laideur plutôt repoussante. Construite à partir des matériaux de récup les plus disparates, ça évoque les camps cyberpunks à la Mad Max. Elle est protéiforme, son aspect changeant sans arrêt, ce qui invite à y passer tous les jours. Les premiers jours, avant l’intervention musclée de la police et le rasage des structures, une activité frénétique de construction régnait sur la fourmilière. Le petit stand de communication avec trois volontaires sans matériel est devenu une grosse salle de presse où cinquante scribes de l’époque moderne s’abîment en permanence les yeux sur les ordis à rédiger, blogguer, imprimer, faire des schémas, des organigrammes, des manifestes, des sondages internet, etc (800 000 clics en 15 jours à la page d’acampadabcn). Des hauts parleurs ont été installés un peu partout. Puis un écran géant sur une toile. Puis des maisons sur des arbres, confirmant l’imaginaire robinsoncrusoesque sur lequel repose une partie du mouvement, le rêve d’une île isolée sur laquelle reconstruire la civilisation. La structure de la place aide. À Madrid, Sol est trop petite, enclavée au milieu de rues de taille moyenne. Place Catalogne est une cercle fermé (encore l’île) de verdure et bêton au milieu de quatre grandes avenues qui servent d’interface avec l’extérieur. D’où le succès du logo, qui est en fait un schéma de la place, que le stand graff reproduit à la chaine sur les T-shirt, de même que le tout nouveau stand tatoo , sur la peau de jeunes inconscients qui ne vont pas tarder à regretter.
Nous avons donc une île en ébullition, des interfaces physiques et virtuelles avec l’extérieur. Reste à savoir ce qu’on y fait et ce qu’on y dit, mais ce sera pour un autre épisode….
Tous les matins, en direct de ma douche, je me retrouve comme le joli monsieur ci-haut. À cette différence près que la pub est totalement mensongère. J'ai connu, enfant et adolescent, un Âge d'Or où l'eau chaude de mes douches venait d'un réservoir chauffé électriquement. Depuis que je suis en France, j'ai été expulsé de ce paradis, et j'ai développé une haine sans limites envers les chaudières marchant au gaz. Si je ne risquais pas d'exploser avec, je réduirais en poussière la mienne à coup de batte de baseball.
Sinon, je dois admettre que garder ce blog me semble de plus en plus dépourvu de sens. Plus grand chose à dire, à part commenter la dernière boîte de biscuits achetée. Et la politique, ne m'en parlez pas, avec le sacre annoncé de Ségolène, j'ai perdu foi en la possibilité d'un salut collectif.
Mais c'était bien quand même.
J'avais déjà tenté d'ouvrir un blog thématique, ça a échoué car hébergé sur une plateforme de merde (faut dire qu'avec le recul, gayattitude c'était vraiment la classe niveau fonctionnalités, Garoo nous a bien gâté). Je retente l'aventure, et ça se passe par là :
Au plaisir de retrouver certains en vrai, d'autres sur le net!
Pourquoi Lewis trondheim va réussir à détruire le monde
En voyant le paquet de biscuits qu'avait ramené mon homme d'Auchan, j'ai perdu foi en la "nouvelle" BD, en l'économie sociale et solidaire, et en l'homme.
Voilà. À l'image de la candidate malheureuse aux élections présidentielles, la très photogénique ministre de la défense espagnole vient de faire tomber le rideau sur la mise en scène savamment calculée et parfaitement réussie de sa grossesse et de son accouchement.
Bon, le site commence à ressembler à quelque chose, le programme est clôt, flyers et affiches sont imprimés, les invitations sont envoyées, il semblerait donc qu'au bout du compte, on va le faire ce festival.
C'est donc le moment d'en faire ici l'annonce officielle, alors attention attention, ta da dam, roulement de tambours!
Du 31 mai au 8 juin
Des IMAGES aux MOTS
1 er festival de Films LGBT de Toulouse
- Cliquez sur le zoli dessin ! -
Viendez nombreux, et priez pour que tout se passe bien, car on s'est embarqué dans quelque chose d'un peu trop gros pour nous, simples amateurs!
En ce moment, Xavier Darcos sur la cinq.
S'il répète encore un fois que le taux d'encadrement aujourd'hui en France est de 12 élèves par enseignant, je balance la télé par la fenêtre.
Ce que je peux être crédule, ça m'étonnera toujours.
Tenez, aujourd'hui j'arrive en cours, je commence à rendre des exercices corrigés, et je laisse tomber au détour d'une phrase qu'il faudra faire mieux pour le DS de la semaine prochaine. Vent de panique dans la classe. Comment ça un DS la semaine prochaine? Mais je n'avais rien dit! Mes étudiantes sortent le grand jeu de choeur de suppliantes grecques. Et il faut réviser quoi? L'ensemble du programme !!? Et en plus il faudrait aller voir ailleurs que dans les notes des cours, dans un manuel !!?
Je me défais en excuses. Je suis sincèrement désolé. Je suis confus. Je croyais sincèrement l'avoir déjà annoncé. J'ai l'impression d'être le plus abject des tortionnaires nazis.
Je me dis pour moi même que je suis un prof nullissime, que comment ai-je pu oublier de donner cette information, que promis, l'année prochaine c'est fini cette désorganisation, que je vais m'acheter un agenda tout beau et tout sexy en cuir et tout y consigner, et même que je préparerai mes cours à la seconde près, en notant soigneusement tout ce que je dois dire, c'est fini l'approximatif.
Fin du cours, une Erasmus un peu plus âgée que les autres, et probablement atterrée par l'infantilisation des étudiants qui règne dans les facs françaises, s'approche de mon bureau. Est-ce que je me souviens du mail qu'elle m'avait envoyé en s'excusant de ne pas être présente pour le DS de la semaine prochaine? Je commence à faire le recoupement. J'en avais donc parlé du foutu DS... Elle n'a pas voulu intervenir pour ne pas s'attirer les foudres vengeresse de ses camarades. Sacrées étudiantes, elles cachent bien leur jeu sous leurs airs d'extras de la petite maison dans la prairie.
*****
Deuxième surprise de la journée, en partant de la fac, on me tend des trillions de tracts, puisque c'est le printemps les élections au Crous et au CA, et que les syndicalistes, livides après des mois enfermés à faire des réunions et des trucs de syndicalistes, sortent dehors prendre un peu d'air. Et les tracts que je lis ne me plaisent guère. Sud étudiant fait liste commune avec les crétins obtus de l'Aget-FSE
La Cé fait liste commune avec les crétins obtus de LibertaFac.
Il ne faut pas avoir des dons de voyance pour deviner que todo esto va acabar muy mal, et que la prochaine grève, dans cette université qui n'a pas fini de panser les plaies des deux derniers conflits, risque d'être vraiment funky.
1200 photocopies (soit 6 kg de papier, et je ne sais quelle surface de forêt défrichée)
80 adresses manuscrites
64 enveloppes
80 signatures
32 lettres de motivation
128 agrafes
174 euros dépensés (faudra rajouter une cartouche d'encre)
et une semaine enfermé.
Les dossiers de candidature sont enfin partis. Certains pour des destinations aussi exotiques que Dunkerque, le Havre, Boulogne-sur-mer, Saint-Étienne, Orléans, Dijon, ou Nancy. Juste en les énumérant j'ai un noeud à l'estomac.
Sur le J.O, il y a un poste publié en Corse. Et j'ai toutes mes chances...
Arf.
Là pour le coup je l'aurais mon île méditerranéenne, éloignée des convulsions du siècle, éternellement égale à elle même, etc.
Mais je crois comprendre enfin cette histoire des fantasmes qui se doivent de rester inassouvis.
La vie en Corse ça doit être hardcore quand même.
Que tous ceux qui n'ont pas répondu à mon mail désespéré de mercredi (c'est à dire, 90 % de ses destinataires) et qui depuis sont submergés par les remords cessent de culpabiliser ! Qu'ils chassent enfin les cauchemars obsédants qui les terrassent la nuit ! Contrairement à leurs craintes justifiées, en ce moment je ne sers pas de nourriture aux poissons de la Garonne. Une âme charitable (et motorisée surtout) m'a sorti quelques jours du long et étouffant hiver toulousain.
Ainsi, au lieu de passer les heures à voir la pluie tomber sur le Capitole j'ai pu passer des heures à voir la pluie tomber sur la Méditerranée.
307 réactions! Plus de trois fois ce que fait un article à succès sur Libération.fr ...
Arf.
De très nombreux ségolâtres (les chemins de l'âme socialiste sont impénétrables)
De nombreux ségophobes aussi,
Both alike in virulence
Et moi, partagé entre la tentation du tous des pourris, et le sentiment d'avoir le devoir moral de faire tout mon possible pour empêcher cette catastrophe ambulante d'arriver à la tête du PS.
Je sens que je vais devoir encore prendre ma carte en 2008.
Méfiez-vous des promesses politiciennes, qui, c'est bien connu, n'engagent que ceux qui y croient.
Moi et ma crédulité avons l'honneur d'être les premières victimes des promesses de campagne non-tenues par l'équipe de Pierre Cohen.
Après les élections je serai à nouveau à la maison, qu'il me disait. Je serai entièrement à tes ordres, un esclave soumis à tes moindres caprices, au moindre claquement de doigts. Je serai Sacher-Masoch devant sa Venus à la fourrure, le professeur Humbert aux pieds de la jeune Dolores Haze, Marc-Antoine obéissant aveuglement à Cléopâtre. Promis juré craché sur la tête de mes ancêtres et le Coran de la Mecque.
Pfffffff.
Coup de fil à l'instant. Il y a un vote à la fédé. Après les cantonales partielles de dimanche, il faut confirmer à la tête du conseil général de la Haute Garonne cette momie shootée au pouvoir, cette illustration exemplaire de la gauche cassoulet made in the South West qu'est Pierre Izard. Vote passionnant s'il en est, qui risque de mobiliser à peine 1% des militants socialistes (de toute façon, vous vous en doutiez, il n'y a pas de candidature rivale), mais parmi ce 1%, mon homme, trésorier adjoint et donc responsable de l'urne. Et du dépouillement. Heure de retour prévue : non-communiquée.
Sans doute une des caractéristiques communes à la plupart des militants et cadres des partis politiques, toute couleur confondue, est la tendance à la paranoïa et à la méfiance injustifiée, caractéristique qu'ils partagent avec la plupart des personnes exerçant une responsabilité et/ou prenant trop au sérieux leur petit nombril et qui explique, plus sûrement que n'importe quelle lecture marxisante, pourquoi le monde peut être un endroit horrible.
Dimanche soir, ambiance bon enfant rue de Metz, devant le local de campagne de Pierre Cohen. Les résultats définitifs viennent de tomber, le futur maire va parler. Deux jeunes au look vaguement underground sortent des pancartes qu'ils arborent fièrement : "Cohen, maintenant réouvre le Clandé !", le clandé étant un ancien squat tendance plus artiste que punk à chiens, dans une ancienne maison close, ce qui donnait aux concerts sur place une ambiance très baroque.
- Voilà des sous-marins de la Ligue venus récupérer la victoire de Cohen, s'exclame L. à mes côtés.
Mais bien sûr.
Comment ai-je pu concevoir l'idée rocambolesque qu'il s'agisse d'anciens du clandé venus faire pression pour la réouverture d'un lieu qui les tient à coeur?
Il est tellement plus simple d'imaginer la LCR entrain d'essayer de saboter la victoire d'un maire pour lequel ils ont implicitement appelé à voter au moyen d'une plateforme écran qui prend comme prétexte la réouverture d'une ancienne gloire des nuits toulousaines...
Mais j'oubliais qu'une grille de lecture pour un militant ne peut être que politique, tout est politique, et la culture et l'art ne sont évidemment que des armes politiques...
Voilà, c'est fait. Ça a été chaud, on est passés ricrac, mais le paradoxe toulousain n'est plus. Moudenc m'a même fait un peu de peine quand au bord des larmes il a évoqué ces trois années qu'il a sacrifiées à la ville. Et c'est vrai, faut être honnête, qu'il a tenté ces derniers mois de réveiller une droite endormie depuis 10 ans. Puis il a une dernière fois accusé Cohen de "sectarisme, démagogie, esprit partisan", et je me suis dit, dans ton cul mauvais perdant!
Sur la Place du Capitole, il y a foule, ils attendent, disciplinés, silencieux, que Cohen apparaisse. Les français n'ont vraiment rien dans le sang.
Cohen arrive enfin mais ne rentre pas dans la Mairie. Le préfet lui proposait de monter au balcon, il a décliné. Petit speech express sur un podium improvisé, et on renvoie tout le monde se coucher, car demain faut commencer à travailler. Arf. Un vrai calviniste le nouveau maire de Toulouse (le portrait du monde est assez juste), exactement comme mon homme, ça ne m'étonne pas qu'il ait adhéré dès le départ à son projet.
Fin du discours, rendez-vous au Bikini, lieu mythique de la nuit toulousaine, soufflé par l'explosion d'AZF, que Cohen à d'abord accueilli puis reconstruit dans sa commune de Ramonville devant l'indifférence du capitole.
Au début de la soirée, je pense à James Deano. On dit que les socialos savent pas danser et c'est vrai! Mais l'alcool aidant, on commence à se sortir les balais dans le cul, et on oublie pendant un moment la préparation du futur congrès, les rumeurs sur les rapprochement entre montbourgeois et strauss-khaniens (Dios los cría y ellos se juntan!) ou entre délanoéistes et aubristes. À 3 h, Cohen tombe enfin sa veste sur House of pain. On passera sous silence les quelques pas de danse qu'il a ensuite improvisé. Comme ceux de la plupart des cadres du parti. Seuls Kader Arif et Carreras s'en sortent brillamment, sur De la Soul : le sens du rythme irait-il de paire avec le savoir-faire un tantinet magouilleur des apparatchiks?
Voilà, pour tenter de convaincre les les abstentionnistes potentiels ce Dimanche :
- Le discours colérique de Pascal Dessaint, ou la politique culturelle à Toulouse selon la droite. Tiens, hier j'étais à un des pots que le cinéma ABC organise avec les associations amies, et sa présidente ne décolère pas non plus.
- Le discours émouvant de Magyd Cherfi, ou la politique d'intégration selon la droite. Disparue de la version papier, la blague sur les sandwichs au jambon que De Verynas amenait en banlieue... Dommage. Du coup, à la relecture, l'ensemble fait un peu convenu. En direct, l'émotion de M. Cherfi était contagieuse.
Toute coincidence avec une personnalité politique, etc.
Je sens d'ici les cris scandalisés dénonçant l'amalgame facile, mais ce que lisais hier pour mon cours de civi est trop savoureux pour le garder pour soi :
" Francisco [Franco] lui, s'efforce de ressembler le moins possible à son père : il ne boit pas, il ne fume pas [1]. Il aurait voulu entrer à l'École navale, mais, l'année où il comptait se présenter, le concours est annulé. Il opte pour l'Académie d'infanterie. Sa petite taille (1,64 m) son aspect malingre et sa voix fluette suscitent la raillerie de ses camarades; il se replie sur lui même."
" Comment expliquer une ascension aussi rapide? Franco ne possède aucune des qualités qui prédisposent à devenir un conducteur de peuples. Il ne brille ni par ses capacités militaires ni par ses dons intellectuels."
" Le caudillo n'est pas davantage un esprit capable de concevoir des théories originales sur l'organisation de la société et l'évolution du monde. La lecture et la méditation ne lui ont jamais pris beaucoup de temps. Après son installation au Pardo, en 1939, ses distractions favorites sont la chasse, la pêche, le golf, le cinéma, à l'occasion la peinture. Les diplomates qui ont eu l'occasion de le rencontrer ont relevé la banalité de ses propos, ainsi que sa tendance à fuir toute discussion sérieuse. Il n'entend pas grand-chose à l'économie; dans ce domaine on lui fait croire n'importe quoi. Quant à ses idées politiques, elles sont simples, voire simplistes."
" Son autorité ne repose ni sur des succès exceptionnels, ni sur la rigueur de son argumentation, ni sur l'éloquence de ses discours. Et pourtant Franco fascine son entourage et ses auditoires ; on ne discute pas ses ordres. Le secret de sa réussite est là : il s'est convaincu et il a convaincu les autres que la Providence l'a chargé d'une mission : sauver l'Espagne. [...]. Franco compense ce qui pourrait passer pour des insuffisances ou de la médiocrité par l'ambition, par l'obstination et par la confiance en soi."
Joseph Pérez, Histoire de l'Espagne
[1] Ma mère a raison : faut toujours se méfier des gens qui ne boivent pas, ou, dans le cas de notre président, qui disent ne pas boire...
1- Heureusement que Toulouse, contrairement à ce pays croulant qu'est la France, est une ville jeune et étudiante.
2- Les 24-35 ans me font chier. Déjà l'année dernière c'était, avec le collectif alzhaimer & parkinson, une des rares tranches d'âge à avoir voté majoritairement Sarkozy. Je suppose qu'il s'agit de golden boys aux dents longues et pleins d'énergie qui viennent de débouler sur le marché du travail et qui voudraient gravir vite les échelons mais vous comprenez, tout est verrouillé par la gauche...
Heureusement à 35 ans ils ont enfin compris que le monde injuste, que malgré leurs efforts ils resteront toujours en bas de l'échelle, et que se tuer à la tâche ne sert qu'à se faire exploiter.
3- Tous les grands maîtres du roman d'anticipation se sont trompés. La troisième guerre mondiale n'opposera pas les américains aux russes, ni le monde chrétien au monde musulman. Elle aura à nouveau lieu en Europe, lorsque la population à la retraite, majoritaire, assurera par son vote l'exploitation de la population active, minoritaire, qui, dans un acte de rébellion, prendra les armes et commencera à égorger ses propres parents. À Toulouse, la ligne de front passera très exactement entre l'Université du Mirail et le Cancéropôle, après que la sanglante bataille de la rocade ait stabilisé la position des uns et des autres.
Comme toutes les nuits, les discussions à la table des négociations sont âpres. Une nouvelle fois il sera question, d'un côté, de la lumière qui empêcherait de dormir, et de l'autre, d'un besoin de faire le vide dans son cerveau à la fin de la journée en partant loin, très loin, au pays des caractères imprimés. Comme toutes les nuits, on assiste au même marchandage.
Avec une précision suisse, la lecture est régulièrement ponctuée d'injonctions (Allez, Asbel, éteins!), prononcées d'une voix d'outre-tombe. Comme toutes les nuits, la même réponse se fait entendre (allez, Malone, 5 minutes de plus!).
Mais même les mécanismes suisses peuvent s'enrayer. Hier, fatigué, je pose exceptionnellement mon livre sans qu'on m'y oblige : le patronat n'a plus besoin de passer en force, désormais les syndicats s'auto-censurent.
Puis, 5 minutes après, dans la chambre noire : allez, Asbel, éteins!
Ah ah! Je jubile. Enfin la preuve irréfutable de l'arbitrariété des attaques du patronat, que la lumière n'empêche nullement de dormir mais qui ne pense qu'à assoir sa domination. Le troisième tour social sera chaud mon grand!
C'est fou le nombre de centristes qu'il y a dans les forums politiques dans cet entre-deux tours! Ainsi, quand on surfe sur Libétoulouse, on a l'impression que 90 % des toulousains ont voté Modem, alors qu'ils étaient à peine 5 %. Et le plus surprenant c'est leur acharnement à faire campagne pour l'un ou l'autre des candidats toujours en lisse...
Asbel, prince impérial de Péjite, qui le lui gentiment prêté.
Il fallait que le surnom renvoie à un des personnages qui ont bercé mes nuits d'ado et de jeune adulte.
Ça aurait pu être aussi :
L'Homo Asbelus a son Oueb-univers :
L'Homo Asbelus aime les statistiques :
Don JOSÉ MARÍA AZNAR LÓPEZ, retraité, ancien président du gouvernement, ancien inspecteur des impôts, légionnaire du Christ et dépositaire de la mémoire du Caudillo, emploie dorénavant son temps libre et ses dons en comptabilité à surveiller mes visiteurs :
Il profite aussi de sa retraite pour bûcher son anglais. Jugez-en vous même :
L'Homo Asbelus aime la musique :
Pochettes clickables...
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